Par Melopee, le 18/08/2012
Mon caméléon de
Francis de Miomandre
J'ai dit qu'en son état habituel, il était vert, d'un beau vert précieux de minéral. Mais quand rien ne le troublait, quand, absolument rassuré, il se laissait aller au simple bonheur de vivre : soit après un excellent déjeuner, soit quand il s'apprêtait à s'endormir dans le creux de notre main, alors nous assistions à un spectacle vraiment merveilleux : il changeait de couleur pour rien, pour le plaisir. On voyait passer sur toute la surface de ses flancs, comme des reflets légers venus de je ne sais quel couchant invisible, des tonalités absolument indescriptibles, qui changeaient sous nos yeux, certes avec lenteur mais cependant de façon insaisissable. C'est de lui, vraiment de lui, du jeu mystérieux de ses couches d'iridocytes que venaient ces nuées, ces nuances ; elles affleuraient à la surface grenue de son petit corps ; elles le vêtaient d'une robe bariolée, ravissante. (p. 53)
> lire la suite
Par Melopee, le 18/08/2012
Mon caméléon de
Francis de Miomandre
J'avais lu, je ne sais où, que les caméléons peuvent nager. Je voulus vérifier si le fait était exact. Il est exact. Mais je vous supplie, lecteur, de ne jamais renouveler cette expérience. Une fois suffit. Séti, introduit (oh ! combien délicatement !) dans l'eau du lac, manifesta aussitôt un déplaisir, que dis-je, une peur intense. Mais il tint bon. Il se gonfla à bloc, pour mieux flotter et faisant force de rames avec ses petites pattes, entreprit de rallier au plus vite le rivage. [...]
Aucun animal n'est aussi émotif que le caméléon. Un rien le bouleverse, et je vis bien non seulement que ce bain forcé n'était pas de son goût, mais encore, qu'il lui avait donné une angoisse terrible. (p. 124)
> lire la suite