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Comme l'amarre glisse à l'eau de
Sept de L`Essaim
Situé à deux pas du château des Ducs de Bretagne, le restaurant La Fourmi offrait une vue imprenable sur les pelouses fleuries qui entouraient les douves et qui, à cette heure, étaient largement occupées par les croqueurs de sandwiches, les flâneurs, les photographes et autres touristes de tout poil.
En attendant leur Martini, Marcelle et Philippe s’amusaient à les observer.
- Regardez, Marcelle, ce groupe de Japonais là-bas, près du pont-levis. Ils sont tous en train de faire des photos en même temps, on dirait une escouade de paparazzi !
- Oui, il y en a même un qui filme la pancarte où il est écrit de ne pas nourrir les canards !
L’humeur joyeuse de Philippe, associée au soleil de ce milieu de journée, eut tôt fait de détendre complètement Marcelle. Comme elle aurait été bête de ne pas venir !
- Vous savez, dit-elle, Yanis était aux anges hier soir. Ils vont répéter toute la journée avec le synthé que vous leur avez apporté.
- Ils ont vraiment du talent, j’espère qu’ils vont trouver des dates de concert pour cet été ?
- Non, pas cet été. Mais ils ont déjà une prestation prévue pour le Rock’n roll party XI à Kergrist, l’an prochain. Et peut-être, ensuite, dans un festival à Montfort-sur-Meu, précisa-t-elle.
- Je trouve vraiment bien que vous les encouragiez. Il y a beaucoup de parents qui ne s’intéressent pas assez à la passion de leurs enfants.
Marcelle sourit en pensant que son intérêt pour ce que faisait son fils était vraiment récent. Elle décida de changer de sujet.
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Comme l'amarre glisse à l'eau de
Sept de L`Essaim
La fête de Kergrist se terminait toujours par un gigantesque lâcher de ballons qui égayait pendant quelques minutes le paysage aérien au-dessus du petit bourg. Les invités commenceraient alors eux aussi à s’éclipser et les départs s’échelonneraient jusque tard dans la soirée. (...) L'énorme grappe colorée prit soudain son envol. Ses reflets irisés illuminèrent l’espace gris-bleuté du ciel de Kergrist. Massée sous ce spectacle, têtes tendues en arrière, la foule retint un instant son souffle avant de s'époumoner en écho :
- Vive les Kergrist ! Vive les Kergrist !
Emporté dans ses pensées, chacun se mit à rechercher son petit protégé qui ne fut bientôt plus qu’un point perdu au loin.
- Maman, cria Virgil, je le vois encore. C’est lui, là-bas, le petit point rouge qui monte ! Tu le vois,
dis, tu le vois ?
- Oui, mon chéri. Je le vois.
Sonia pensa qu’elle se serait bien envolée elle aussi avec son fils en voyageant ainsi accrochés au ballon si léger. Peut-être le vent les aurait-il poussés vers le lieu où se trouvait son mari disparu ?
Maryline et Guillaume pensaient aussi à Loïc. Cela faisait si longtemps maintenant qu'il avait disparu. Peut-être était-il mort ? Maryline ne pouvait s’y résoudre. Mais si son frère était vivant, pourquoi aucun message, ni aucune bouteille à la mer ? Ou bien, comme ces ballons qui emportaient avec eux un peu de leur mystère, Loïc avait-il cherché à les joindre d’une façon ou d’une autre et eux n’avaient rien vu, rien compris.
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Comme l'amarre glisse à l'eau de
Sept de L`Essaim
Lorsque Maryline était arrivée avec la boîte en fer contenant les photos, Henri, dans un premier temps, n'avait pas voulu les regarder. Il les avait rangées au fond d'une armoire dans un sursaut de colère. Comment son fils avait-il pu faire une chose pareille ? Abandonner femme et enfant. Il croyait lui avoir
transmis le sens des responsabilités. On ne peut pas disparaître comme cela, laissant tout son entourage dans l'incertitude. C'était inconcevable qu'un homme qui aimait sa femme et son fils puisse quitter les siens de cette manière. Petit à petit, les interrogations avaient fait place à la colère, puis l'inquiétude peu à peu l'avait rongé.
Il ouvrit la boîte après le départ de Maryline. La première photo qu’il saisit était celle de sa mère. Elle avait l'air si vivante avec son très léger sourire. En examinant les clichés, de nombreux souvenirs surgissaient, des joyeux et des tristes. Il alla replacer la boîte au fond de l'armoire. Il décida de l'oublier. Il
resta assis la tête entre les mains. La disparition de Loïc l’avait atteint en plein cœur. Il revivait le moment où Sonia l'avait appelé en larmes en lui demandant s'il avait des nouvelles de Loïc, le moment où, malgré les paroles apaisantes distillées à sa belle-fille, l'angoisse lui avait étreint le ventre.
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Comme l'amarre glisse à l'eau de
Sept de L`Essaim
- Gwen, écoute ! Tu te rappelles l'histoire de Loïc Kergrist ?
- Oui, bien sûr ! Quoi ? Tu as du neuf ?
- Oui et non... Aujourd'hui, j'avais un groupe de photographes au bar, ils exposent aux Pérots-Quais, tu sais, le resto près de la Coursive. Je leur ai demandé si le nom de Loïc Kergrist leur disait quelque chose, comme ça, pour voir.
- Et alors ?
- La plupart l'ont connu, ou connaissent bien son travail. Il paraît qu'il avait créé l'événement au Carré Amelot, il y a dix ou douze ans. Il était dans le zoom à l'époque. Mais personne ne l'a vu depuis un sacré bout de temps. Eux aussi se demandent ce qui s'est passé. Il avait du succès, du fric, la belle vie quoi ! Et du jour au lendemain, black-out ! Game Over ! Plus de Loïc Kergrist chez les people !
- Damned ! Dommage... J'aurais tellement aimé aider Virgil. Il est trop, ce gamin-là, si sérieux...
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