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Brûlée vive de
Souad
Préface
Je vivais dans l' anonymat et la souffrance d' une injustice que je pensais incommunicable. Les femmes victimes de " crimes d' honneur " meurent ou se taisent à jamais.
Lorsque j' ai pu enfin l' exprimer dans ce livre, et ensuite dans les médias, mon existence a été transformée. J' ai survécu par miracle et retrouvé mon fils perdu dans les souffrances de ce drame. J' ai refait ma vie alors que d' autres meurent ou se terrent même jusqu' en prison pour garantir une survie toute relative. Les associations humanitaires se battent dans certains pays contre cette coutume masculine et barbare et je veux encore redire que sans la fondation Surgir, je serais morte. Seule, une femme n' a aucun espoir d' échapper à la vengeance d' une famille qui considère sa virginité comme l' honneur de tout un clan. Des fondations et associations locales se battent toujours dans l' anonymat, car sans cet anonymat, celles qui osent braver le clan sont condamnées à vie, recherchées, et parfois exécutées froidement. Il faut continuer à aider la fondation Surgir car c' est la vie de jeunes innocentes qui est en jeu. C' est essentiel.
Jeune fille illetrée, premier témoin vivant parlant de " crimes d' honneur ", j' ai découvert non seulement la liberté d' expression, mais l' acceptation d' un corps que je croyais meurtri à jamais. Je me dois d' utiliser cette chance qui m' a été offerte.
Je parle au nom de toutes celles qui en souffrent aujourd' hui dans le monde et je ne cesserai d' en parler le reste de mes jours, jusqu' à mon dernier souffle.
Ce récit a été traduit dans plus de vingt pays, mon témoignage a donc entrepris de parcourir les librairies du monde entier, à la portée de toutes les femmes et de tous les hommes.
Ce livre est mon plus grand espoir, je souhaite qu' il redonne à d' autres femmes la liberté de vie, qu' il pénètre dans le coeur des hommes et les arrache enfin à cette barbarie d' un autre âge.
Au nom de toutes mes soeurs victimes et en mon nom personnel, je remercie tous ceux et celles qui ont permis d' abord ma survie, puis ma nouvelle vie, et qui m' ont donner le pouvoir d' informer. Je rêve d' un monde dans lequel les hommes auront pris conscience de l' atrocité de la coutume des " crimes d' honneur ", d' un monde où les femmes ne seront plus soumises.
Souad, Janvier 2004
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Par x-Kah-mi, le 22/12/2010
Brûlée vive de
Souad
Je voudrais tellement être en paix, ne plus faire de cauchemars ! Mais mes sentiments ne sont jamais calmes : émotions, angoisse, incertitude, inquiétude permanente de la vie. Quelque chose est casé en moi, et souvent les gens ne s'en rendent pas compte, parce que je souris toujours par politesse, par respect des autres.
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Par Steeph76, le 20/05/2012
Brûlée vive de
Souad
Il est revenu, c'est tout ce qui compte pour moi. Il est là, et je l'aime encore plus. Ce qu'il fait de mon corps n'est pas important, c'est dans ma tête que je l'aime. Il est toute ma vie, tout mon espoir de quitter la maison de mes parents, d'être une femme qui marche avec un homme dans la rue, qui monte à côté de lui en voiture, pour aller dans les magasins acheter des robes et des chaussures, et faire le marché. (p87)
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Brûlée vive de
Souad
Je suis sur un lit d'hôpital, recroquevillée en chien de fusil sous un drap. Une infirmière est venue arracher ma robe. Elle a tiré méchamment sur le tissu, la souffrance m'a paralysée. Je ne vois presque rien, mon menton est collé sur ma poitrine, je ne peux pas le relever. Je ne peux pas bouger les bras non plus. La douleur est sur ma tête, sur mes épaules, dans mon dos, sur ma poitrine. Je sens mauvais. Cette infirmière est si méchante qu'elle me fait peur quand je la vois entrer. Elle ne me parle pas. Elle vient arracher des morceaux de moi, elle met une compresse et elle s'en va. Si elle pouvait
me faire mourir, elle le ferait, j'en suis sûre. Je suis une sale fille, si on m'a brûlée c'est que je le méritais puisque je ne suis pas mariée et que je suis enceinte. Je sais bien ce qu'elle pense.
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Par 0xygene, le 04/01/2013
Brûlée vive de
Souad
Il avance vers moi. C'est mon beau frère Hussein en tenue de travail, un vieux pantalon et un tee-shirt. Il arrive devant moi, il me dit : « Salut, ça va ? », avec le sourire. Il a dans la bouche une herbe qu'il mâchonne en souriant toujours : « Je vais m'occuper de toi. » Ce sourire... Il dit qu'il va s'occuper de moi, je ne m'y attendais pas. Je souris un peu moi aussi, pour le remercier, n'osant pas dire un mot. « T'as un gros ventre, hein ? » Je baisse la tête, j'ai honte de le regarder. Je baisse encore plus la tête, mon front touche mes genoux. « Tu as une tâche, là. Tu as mis le henné exprès ?
- Non, j'ai mis le henné sur mes cheveux, j'ai pas fait exprès.
- Tu as fait exprès pour le cacher. »
Je regarde le linge que j'étais en train de rincer entre mes mains qui tremblent. C'est la dernière image fixe et lucide. Ce linge et mes deux mains qui tremblent. Les derniers mots que j'ai entendu de lui, c'est : « Tu as fait exprès, pour le cacher. »
Il ne disait plus rien, je gardais la tête baissée de honte, un peu soulagée qu'il ne me pose pas d'autres questions. Tout à coup, j'ai senti un liquide froid couler sur ma tête. Et aussitôt le feu était sur moi. J'ai compris le feu, et le film s'accélère, tout va très vite dans les images. Je commence à courir pieds nus dans le jardin, je tape mes mains sur mes cheveux, je crie, et je sens ma robe qui flotte derrière moi. Est-ce que le feu était aussi sur ma robe ? Je sens cet odeur de pétrole, et je cours, le bas de ma robe m'empêche de faire des grands pas. La terreur me guide, instinctivement, loin de la cour. Je cours vers le jardin puisqu'il n'y a pas d'autre issue. Mais je me souviens de presque rien ensuite. Je sais que je cours avec le feu et je hurle.
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Brûlée vive de
Souad
Je suis une fille et une fille doit marcher vite, la tête courbée vers le sol, comme si elle comptait ses pas. Son regard ne doit pas se lever, ni s'égarer à droite ou à gauche de son chemin, car si son oeil rencontrait celui d'un homme, tout le village la traiterait de « charmuta ».
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Brûlée vive de
Souad
J'ai une mémoire pleine de vides.
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Par Steeph76, le 20/05/2012
Brûlée vive de
Souad
Je l'ai cru, tellement je voulais le croire. Parce que je l'aimais, et j'avais aussi de bonnes raisons d'espérer puisqu'il m'avait déjà demandée à mon père. (p92)