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Par Piling, le 04/08/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
Fuyante et incorporelle, la réalité change incessamment et ne comporte rien de stable. Est-on mort ? Est-on vivant ? Le ciel et la terre ne sont-ils qu'un ? Les esprits et les intelligences supérieures, où s'en vont-ils ? Où va-t-on aveuglément ? Où arrive-t-on brusquement ? Devant tous les êtres qui se déploient dans l'univers, on en découvre aucun qui mérite qu'on fasse retour à lui. Il y avait de cela dans la méthode du Tao des Anciens. Tchouang-tseu qui a eu vent de la chose y trouve son plaisir.
Il s'exprime dans les discours extravagants, dans les paroles insolites, dans les expressions sans queue ni tête, parfois trop libres mais sans partialité, car sa doctrine ne vise pas à traduire des points de vue particuliers. Il juge le monde trop boueux pour être exprimé dans des propos sérieux. C'est pourquoi il estime que les paroles de circonstances sont prolixes, que les paroles de poids sont vérité, mais que seules des paroles révélatrices possèdent un pouvoir évocateur dont la portée est illimitée.
Bien qu'il communique avec l'âme de l'univers, il ne se montre pas dédaigneux à l'égard des êtres. Il se garde d'approuver et de blâmer ; aussi vit-il en paix avec tout le monde. Ses écrits, bien que pleins de magnificence, ne choquent personne, parce qu'ils ne mutilent pas la réalité complexe. Ses propos, bien qu'inégaux, renferment des merveilles et des paradoxes dignes de considération. Il possède une telle plénitude intérieure qu'il n'en peut venir à bout. En haut il est le compagnon du créateur ; en bas il est l'ami de ceux qui ont transcendé la mort et la vie, la fin et le commencement. La source de sa doctrine est ample, ouverte, profonde et jaillissante ; sa doctrine vise à s'harmoniser avec le principe et à s'élever à Lui.
Et pourtant, en répondant à l'évolution du monde et en expliquant les choses, il offre une somme inépuisable de raisons qui viennent sans rien omettre, mystérieuses, obscures et dont personne n'a pu sonder le fond.
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Par Piling, le 30/07/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
Tseu Sang-hou, Mong Tseu-fan et Tseu-K'in-tchang allaient nouer amitié en proposant : qui peut garder son indépendance et agir indépendamment des autres, qui peut s'élever dans le ciel, se promener au-dessus des nues, errer dans l'infini, oublier sa vie et sa mort ?
Les trois hommes se regardèrent en riant, tombèrent d'accord et furent amis.
Peu de temps après, Tseu Sang-hou mourut. Avant qu'on ne l'enterrât, Confucius apprit la nouvelle et envoya son disciple Tseu-kong pour seconder les funérailles. Quand Tseu-kong arriva, l'un des amis du défunt composa une chanson que l'autre accompagna avec le luth ; tous deux chantèrent :
Ah ! notre cher Tseu Sang !
Ah ! notre cher Tseu Sang !
Tu retrouves déjà ta vraie nature,
Nous deux restons encore des hommes.
Tseu-kong s'approcha rapidement des deux hommes et leur dit : "Est-il conforme aux rites de chanter en présence d'un cadavre ?"
Les deux hommes se regardèrent en riant et dirent au visiteur : "C'est que vous ne connaissez pas le sens profond du rite."
Tseu-kong retourna vers Confucius, lui fit part de ce qu'il avait vu et lui demanda : "Quels sont ces deux hommes ? Ils sont sans éducation et sans tenue. Ils chantent devant un cadavre et leurs visages restent impassibles. Leur conduite est inqualifiable. Qui sont-ils donc ?
- Ces deux hommes, dit Confucius, vivent en dehors de notre monde, tandis que moi je vis au-dedans. Entre le dehors et le dedans, il n'y a point de contact. J'ai été stupide de t'envoyer leur présenter mes condoléances. Ils sont les compagnons du créateur et ils sont unifiés à l'énergie cosmique.
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L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
un petit sac ne peut contenir un grand chapeau,
une corde trop courte n'atteint pas le fond du puits
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Chaque chose se limite à sa propre valeur.
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Par Piling, le 01/08/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
La vie conduit à la mort. La mort débouche sur la vie. Qui donc connaît l'ordre qui préside à ce cycle de vie et de mort ? L'homme naît d'une condensation du souffle. C'est le souffle qui en se condensant produit la vie et le même souffle qui, en se dispersant, amène la mort. Si la mort et la vie s'accompagnent ainsi, quel malheur y a-t-il pour nous ?
A vrai dire, tous les êtres du monde ne font qu'un. Ce qu'on trouve beau est considéré comme miraculeux et merveilleux, ce qu'on trouve laid est considéré comme puant et pourri. La vérité est que la puanteur et la putréfaction se métamorphosent en miracles et en merveilles, et que le miracle et le merveilleux se métamorphosent en puanteur et en putréfaction. C'est pourquoi il est dit : "Il n'y a dans l'univers entier qu'un seul et unique souffle, aussi le saint vénère-t-il l'unité.
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Par Piling, le 29/07/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
A vrai dire, tout être est autre, et tout être est soi-même. Cette vérité ne se voit pas à partir de l'autre, mais se comprend à partir de soi-même. Ainsi, il est dit : l'autre sort de soi-même, mais soi-même dépend aussi de l'autre. On soutient la doctrine de la vie, mais en réalité la vie est aussi la mort, et la mort est aussi la vie. Le possible est aussi impossible, et l'impossible est aussi possible. Adopter l'affirmation, c'est aussi adopter la négation ; adopter la négation, c'est adopter l'affirmation. Ainsi, le saint n'adopte aucune opinion exclusive et s'illumine au Ciel. C'est, là aussi, une manière d'adopter l'affirmation.
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Par Piling, le 29/07/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
Supposons qu'il y ait un vrai maître. On ne voit aucun indice de son existence. On constate son action, mais sans voir sa forme visible. Ainsi, par exemple, un corps se compose de cent os, de neuf orifices, et de six viscères. De tous ces composants, lequel dois-je aimer ? Les aimez-vous tous ? En préférez-vous certains ? Sont-ils tous des serviteurs ? Ces serviteurs sont-ils incapables de se régir eux-mêmes ? Faut-il qu'ils deviennent chacun à leur tour maître et serviteur ? S'il y a un vrai prince, notre connaissance et notre ignorance à son égard n'augmentent ni ne diminuent en rien sa vérité.
Après avoir reçu sa forme propre, chacun de nous la conserve jusqu'à la fin de son existence. Lui et les autres êtres se blessent et se polissent ; leur voyage d'ici-bas fuit comme le galop d'un coursier ; personne ne saurait arrêter une course aussi rapide. N'est-ce pas misérable ? Chacun de nous se surmène sans voir aucun succès ; affairé et exténué, il ne sait où il va. N'est-ce pas déplorable ? Une telle vie qu'on appelle le contraire de la mort apporte-t-elle vraiment les avantages de la vie ? Car si son corps se transforme, son esprit le fait également. N'est-ce pas là une chose lamentable ? La vie d'un homme est-elle si obscurcie ? Est-ce moi seul qui suis obscurci, et les autres hommes ne le sont pas ?
En prenant ses préjugés pour maîtres, qui de vous n'a pas de maîtres ? Dans ces conditions, est-il besoin de reconnaître un autre comme son maître ? Puisque son propre esprit est son maître, l'ignorant a aussi son maître.
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Par Piling, le 03/08/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
Le saint comprend les écheveaux du monde et embrasse l'univers sans savoir pourquoi. C'est la manifestation de sa nature. Il agit selon ses prédispositions et prend le ciel comme maître. Les autres hommes le remarquent et le nomment saint. Quiconque se soucie de savoir mais agit inconséquemment, comment peut-il atteindre son but ?
Qui possède une beauté naturelle ignore sa beauté. Ce sont les autres qui lui servent de miroir. Si personne ne la lui fait remarquer, il ignore qu'il est plus beau que les autres. Il semble qu'il s'aperçoive de sa beauté comme s'il ne s'en apercevait point, et qu'il en soit informé comme s'il n'en était pas informé. C'est ainsi que sa beauté plait toujours aux hommes et ceux-ci l'aiment toujours : telle est la manifestation naturelle de la beauté.
Le saint qui aime les homme ignore son amour ; ce sont les autres qui lui donnent ce nom. Si l'on ne lui fait pas remarquer son amour, il ignore qu'il aime les hommes. Il semble qu'il s'aperçoive de son amour comme s'il ne s'en apercevait point, et qu'il en soit informé comme s'il n'en était pas informé. C'est ainsi qu'il ne cesse d'aimer les hommes et ceux-ci ont toujours confiance en lui. C'est là la manifestation naturelle de la sainteté.
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Par Piling, le 30/07/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
Son coeur était tranquille, son visage imperturbable, son front proéminent. S'il était froid, c'était comme l'automne ; s'il était chaud, c'était comme le printemps. Sa joie et sa colère se manifestaient selon le rythme des quatre saisons. Il savait s'adapter à tous les êtres, personne ne connaissait la portée de son adaptation. C'est pourquoi le saint pouvait faire une guerre et anéantir un pays sans perdre pour autant l'affection du vaincu. De même, ses bienfaits pouvaient s'étendre à des milliers de générations sans qu'il y eût de sa part amour des hommes.
Qui aime à rallier les hommes n'est pas un saint ; qui use de favoritisme n'est pas un bienfaiteur ; qui ne sait que profiter des circonstances n'est pas un sage ; qui ne connaît pas l'identité de l'utile et du nuisible n'est pas un homme supérieur ; qui recherche la renommée et sort de son naturel n'est pas un gentilhomme ; qui perd sa personnalité et ne conserve pas sa nature ne peut pas commander les hommes.
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Par Piling, le 27/07/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
Yong-tseu se riait d'eux. L'admiration du monde entier ne l'eût point encouragé, le mépris du monde entier ne l'eût point découragé. Car il savait distinguer l'intérieur de l'extérieur et par là l'honneur du déshonneur. Mais hélas, il ne savait faire que cela. Certes, un tel homme est rare dans le monde, mais il n'a rien établi.
Lie-tseu se déplaçait en chevauchant le vent. Il voyageait de la façon la plus agréable et s'en revenait au bout de quinze jours. Certes, un tel homme est rare parmi ceux qui ont atteint à la félicité. Mqis même s'il pouvait se dispenser de marcher, il dépend encore de quelque chose.
Quant à celui qui maîtriserait la substance de l'univers, utiliserait la puissance des six souffles et ferait ainsi une excursion dans l'infini, de quoi dépendrait-il encore ? Aussi dit-on : "L'homme parfait est sans moi, l'homme inspiré est sans oeuvre ; l'homme saint ne laisse pas de nom.
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Par Piling, le 29/07/2009
L'oeuvre complète de Tchouang-tseu de
Tchouang-tseu
Quand les hommes entrent en action, ils visent leurs semblables comme l'arbalète vise sa proie ; puis restent immobiles, ils surveillent leur victoire comme des conjurés. Ils s'affaiblissent ainsi quotidiennement comme l'automne et l'hiver qui déclinent. Ils s'enfoncent sans retour dans leurs mauvaises habitudes ; ils s'y étouffent et se dégradent avec l'âge ; leur esprit va vers la mort ; rien ne leur permet de recouvrer la lumière.
La joie et la colère, la peine et le plaisir, l'anxiété et le regret, le caprice et la crainte, la frivolité et la négligence, l'exaltation et l'arrogance, tout cela jaillit de lui-même comme la musique sort d'un tube creux ou comme les champignons naissent des vapeurs de la terre. Le jour et la nuit se succèdent devant nous, mais personne ne connaît leur origine. Hélas ! Hélas ! Quand pourrons-nous saisir d'où tout cela naît ?
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