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Par urbanbike, le 22/03/2008
Val Paradis de
Alain Jaubert
Cette pointe de l'Amérique porte des noms qui en disent long. L'île Désolation, l'île Échouée, l'île Furie, l'île Cachée, l'île Araignée, l'île Veuve, l'île du Diable, […] et encore la baie inutile, la baie de l'attente, la baie de la Dislocation, le golf des Peines, la pointe de la Rescousse, le mont Rouge, le mont Noir, le mont Obscur, le mont Brisé, la plage de la Discorde, Port Miséricorde, Port Refuge, Port Famine et aussi les roches Furies, le cap Rugueux, le récif Périlleux, le banc Serpent, le chenal des Déserteurs, la pointe du Naufrage, j'en oublie, on n'en finirait pas…
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Tableaux noirs de
Alain Jaubert
Pourquoi ne pouvons-nous pas voler comme les oiseaux ? Les êtres humains sont parfaits, ils ont cinq sens, ils peuvent parler toutes sortes de langues, ils ont des membres adaptés à la marche et à la course, façonnés pour se saisir de n'importe quoi et utiliser n'importe quel instrument. Ils peuvent tourner la tête et regarder dans toutes les directions, ils sont capables de faire des milliers de choses très différentes mais... Mais ils ne peuvent pas voler ! Ce serait pourtant la chose la plus joyeuse du monde. Souvent la nuit, il vole. Sans ailes, sans rien. Ça se passe très bien, couvertures et draps se soulèvent, il flotte un peu au-dessus de son lit, la fenêtre s'ouvre toute seule, il glisse comme une plume dans la cour, il monte à la hauteur des toits, il est emporté lentement, il franchit les toits du théâtre, il voit sa rue, son quartier, il glisse vers la Seine, ses ponts, il n'a pas besoin de se diriger, un vent léger souffle qui l'entraîne tranquille, il monte, il redescend quand une cour ou un jardin lui plaisent, il se sent toujours porté, il remonte, rase les façades noires, file devant les fenêtres allumées, la sortie des théâtres et des cinémas, les gens lèvent la tête, rient, lui font des signes de la main, il continue, survole le métro aérien, les péniches, les bateaux-mouches, les Halles avec tous les marchands qui préparent leurs étalages pour le matin, il revient vers la tour Eiffel, tourne autour, Paris lui appartient, puis son quartier, sa cour, sa fenêtre ouverte, il retrouve toujours son lit.
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Par ophrys, le 13/03/2011
Val Paradis de
Alain Jaubert
« Elle rit, elle rit, elle n’arrête pas de rire ! Je découvre tout à la fois, la draperie rose aux plis délicats, les couleurs surprenantes d’anémone et d’oursin, toute la dentelle fabuleuse et colorée de son antre secret offert à mes seuls yeux. Actinie divine aux fronces superbes et délicates. Paroi de nacre, coquillage inconnu. Satiné et doux comme de la loutre. Fragile. Tunnel, chairs, jaune, rose, mauve, sang, gris perle. Pour la première fois de ma vie.» p276
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Par ophrys, le 01/02/2011
Une nuit à Pompéi de
Alain Jaubert
Un coup de vent soulève la poudre à mes pieds. Un vers d’Horace : Pulvis et umbra sumus (Nous sommes cendre et ombre).
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Par ophrys, le 01/02/2011
Une nuit à Pompéi de
Alain Jaubert
C’est dans son temple [Artémis d’Éphèse] qu’un jour un certain Héraclite était venu déposer son livre obscur. On ne peut entrer deux fois dans le même fleuve … Je me suis cherché moi-même… Le temps est un enfant qui joue au dés… Si toutes les choses devenaient fumée, c’est par les narines que nous les connaîtrions… L’harmonie invisible vaut mieux que celle qui est visible… (…) La Nature aime à se cacher...
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Par ophrys, le 01/02/2011
Une nuit à Pompéi de
Alain Jaubert
On n’entend plus que les sanglots de la femme, lointains, étouffés, mais toujours aussi désespérés. Et les musiques entrecroisées de la pluie, balcons, gouttières, trottoirs, reprennent le dessus, mêlées au rythme paisible des vagues buttant contre les rochers du front de mer, dans la cruelle indifférence de la matière.
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Une nuit à Pompéi de
Alain Jaubert
Reprenons. Ponticus, c’est le type auquel s’adresse Martial. « Parce que tu ne baises jamais mais que ta main gauche est ta concubine / Et que la main amie se met au service de Vénus / Tu crois qu’il n’y a pas de mal à ça ? ». C’est une bonne description de la masturbation. Ca parle d’un homme mais c’est valable pour les deux sexes. La main amie, amica manus, la main gauche pour les Romains, c’était celle qui devait servir à cette opération. La masturbation n’était pas bien vue. D’ailleurs, Martial ajoute : Scelus est, mihi credes… « C’est un crime, crois moi… » Mais lui, Martial, il n’y croit qu’à demi. Il devait faire comme tous les garçons…
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Tableaux noirs de
Alain Jaubert
[ Incipit ]
D'abord, c'est la nuit. Il dort. Brrraoum ! Vlam ! Bzizz ! Brououmm ! Grand bruit fou. Réveil. Peur. Fenêtre trembe. Maison tremble. Lit tremble. Noir partour. Viouw... Sirènes. Viouw... Wiaouououmm... miaoum... Monstres gémissants. Il hurle. Pleure. Trépigne. Hurle encore. Porte s'ouvre. Lumière. Ébloui. On se penche vers lui. Le saisit. L'enroule dans une couverture. Les monstres continuent à hurler. On l'emporte en courant.
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Par ophrys, le 13/03/2011
Val Paradis de
Alain Jaubert
« - C’était dur ?
- Dur ? Plus que dur ! Infernal ! Vous ne pouvez pas imaginer le passage du cap avec ces voiliers. Lourds, lourds d’abord. Et avec de ces surfaces de voiles, une folie ! Vous dépassez les quarantièmes, déjà pas de la rigolade. Sans cesse sur le qui-vive. Les jours et les nuits agités. Vous plongez dans les cinquantièmes, entre la Patagonie et les Malouines. Pas question de prendre le détroit de Magellan : dans ses étranglements, on n’aurait pas pu manœuvrer de pareils monstres à voiles. Alors on plongeait droit au sud et on allait embouquer le détroit de Le Maire entre l’île des Etats et la point de la Terre de Feu. Ou bien, si la situation était trop dure, on laissait les Etats sur tribord, on les doublait et on venait prendre un cap sud-sud-ouest vers l’archipel Wollaston, vous savez, là où il y a notre fameuse île de Horn. Evidemment, après, quand la vapeur est arrivée et a remplacé la voile, on pouvait prendre le détroit. Il y avait parfois des vents vicieux, avec des sautes à vous drosser droit dans les falaises, Magellan par endroits c’est aussi étroit que le goulet de Brest, mais enfin avec les moteurs, on pouvait résister et c’était quand même six ou huit cents milles en moins. Et puis, il y a eu Panama et on n’avait même plus du tout besoin de passer pare le Horn ni même par le détroit. Eh bien, la voile, ça a pourtant duré encore vingt ans après l’ouverture du canal. Forcément, le vent, c’était gratuit !
Gratuit, mais mortel ! Par exemple, vous êtes tribord amures dans une bonne petite brise de noroît. Vous voyez le rocher pointu, il est là, à six ou sept milles peut-être, en face de vous, il n’y a aucun doute c’est lui. Noir, nu gluant, sinistre. Beau ciel, bonne visibilité. De la plaisance presque. Le Pacifique juste après. L’affaire d’une ou deux heures de mer encore. Vous vous attendez à passer ça les doits dans le nez, tranquille, élégance et tout le reste…
Soudain un tout petit grain. Un grain de rien. Mais, bizarre, il dure. Et le vent a tourné au sud ! Il faut virer lof pour lof. Et le grain se métamorphose en dix minutes en une mignonne petite tempête. Les lames déferlent, vous arrachent quelques bricoles sur le pont, noient la chaudière et le fourneau du cuistot par exemple. Vous fuyez. Ça dure quatre jours. Vous mangez froid. Quand, à la faveur d’une accalmie, vous pouvez faire le point, non seulement le rocher n’est plus visible, mais vous découvrez que vous êtes parti dans les soixantièmes et que vous êtes revenu juste au sud des Malouines. Vous n’en croyez par vos yeux. Vous refaites cinq fois les calculs. Mais c’est vrai. Vous continuez au sud mais alors avec cette idée qu’après tout vous pouvez toujours vous avancer assez loin vers l’ouest pour pénétrer dans le Pacifique. Vous prenez un cap ouest-nord-ouest puis plein ouest. Ça dure deux, trois, quatre, cinq, huit jours. Et toujours agité. Vous êtes maintenant bien au delà du méridien 75. Vous avez donc largement dépassé l’Amérique. Il va falloir remonter vers le Chili.
Et puis, un beau matin, soudain, en dix minutes, vous êtes pris dans un vent inverse, furieux. Par une habile manœuvre, vous sauvez vos voiles et vos mâts, et en voiture ! Est, puis sud, puis est à nouveau, enfin nord-est, pendant une semaine, et plein est pendant deux ou trois jours. Eh bien, le rocher noir que vous aviez sur l’avant à tribord trois semaines plus tôt, le voilà qui vous nargue à l’avant sur bâbord. Une immense boucle pour rien. Et vous êtes en train de repasser dans l’Atlantique ! Vous allez virer et faire encore le zouave pendant une ou deux semaines, des zigzags jusqu’à ce que le manège infernal vous libère et que vous vous trouviez un jour enfin à tirer des bords au-dessus du 55e parallèle, prêt à remonter sur Valparaiso. On en a vu qui restaient deux mois autour du Horn sans parvenir à sortir de ces vents tournants. » p119
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Par ophrys, le 13/03/2011
Val Paradis de
Alain Jaubert
« Le calme de l’océan cache toujours, dans les recoins de l’horizon ouvert et limpide, un minuscule mais sombre nuage annonciateur du plus effroyable des cyclones. Le soir même, ou le lendemain, ou le surlendemain, l’ouragan va fondre sur le petit navire et l’écraser. Nous y pensons souvent. Nous savons que, chaque jour, nous jouons notre vie. Ou nous jouons à le croire. Nous l’oublions aussi. » p50
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Par ophrys, le 01/02/2011
Une nuit à Pompéi de
Alain Jaubert
Et comme moi-même, malgré mon âge, j’étais resté parfaitement « immature », comme le disaient les meilleurs de mes amis, c’est-à-dire en fin de compte libre (…)