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Par tulisquoi, le 06/04/2011
Mendiants et orgueilleux de
Albert Cossery
- Dieu est grand ! répondit le mendiant. Mais qu’importe les affaires. Il y a tant de joie dans l’existence. Tu ne connais pas l’histoire des élections ?
- Non, je ne lis jamais les journaux.
- Celle-là n’était pas dans les journaux. C’est quelqu’un qui me l’a racontée.
- Alors je t’écoute.
- Eh bien ! Cela s’est passé il y a quelque temps dans un petit village de Basse-Égypte, pendant les élections pour le maire. Quand les employés du gouvernement ouvrirent les ruines, ils s’aperçurent que la majorité des bulletins de vote portaient le nom de Barghout. Les employés du gouvernement ne connaissaient pas ce nom-là ; il n’était sur la liste d’aucun parti. Affolés, ils allèrent aux renseignements et furent sidérés d’apprendre que Barghout était le nom d’un âne très estimé pour sa sagesse dans tout le village. Presque tous les habitants avaient voté pour lui. Qu’est-ce que tu penses de cette histoire ?
Gohar respira avec allégresse ; il était ravi. « Ils sont ignorants et illettrés, pensa-t-il, pourtant ils viennent de faire la chose la plus intelligente que le monde ait connue depuis qu’il y a des élections. » Le comportement de ces paysans perdus au fond de leur village était le témoignage réconfortant sans lequel la vie deviendrait impossible. Gohar était anéanti d’admiration. La nature de sa joie était si pénétrante qu’il resta un moment épouvanté à regarder le mendiant. Un milan vint se poser sur la chaussée, à quelques pas d’eux, fureta du bec à la recherche de quelque pourriture, ne trouva rien et reprit son vol.
- Admirable ! s’exclama Gohar. Et comment se termine l’histoire ?
- Certainement il ne fut pas élu. Tu penses bien, un âne à quatre pattes ! Ce qu’ils voulaient, en haut lieu, c’était un âne à deux pattes.
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Par Sesheta, le 27/10/2010
Albert Cossery
Je ne peux pas écrire une phrase qui ne contienne pas une dose de rébellion. Sinon elle ne m'intéresse pas.
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Par brigetoun, le 11/04/2010
La violence et la dérision de
Albert Cossery
Il n’avait pas d’argent ni rien de précieux qui pût exprimer les sentiments de gratitude qu’il ressentait pour elle. Alors l’idée de fabriquer un cerf-volant à son intention, un cerf-volant qui ne fût pas à vendre, mais une œuvre d’art désintéressée, l’avait fait bondir du lit et se mettre au travail. Il avait choisi ses matériaux avec soin, comme s’il s’agissait de construire un palais pour la femme de ses rêves.
Maintenant il attendait que le cerf-volant fût parvenu à son apogée, bien fixe dans le ciel, pour appeler la jeune fille afin qu’elle vienne le contempler.
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Par Yantchik, le 27/05/2011
Mendiants et orgueilleux de
Albert Cossery
Yéghen se réveilla en poussant un cri perçant. Un froid intense régnait dans la chambre. Il fit un geste pour ramener à lui l’édredon, mais à sa grande surprise il découvrit que celui-ci avait disparu. La stupéfaction lui coupa le souffle : il n’arrivait pas à comprendre ce qu’était devenu l’édredon. De toutes ses forces, il se mit à appeler l’hôtelier.
Un temps infini passa, mais personne ne répondit. Yéghen haletait, assis dans le lit, les bras croisés sur la poitrine pour se préserver du froid. Il allait appeler de nouveau, lorsque la porte s’ouvrit et que l’hôtelier apparut dans l’embrasure, tenant à la main une lampe à pétrole. Il s’avança d’un pas prudent, un doigt sur la bouche.
- Où est l’édredon ? s’écria Yéghen. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
- Ce n’est rien, chuchota l’hôtelier. Je suis en train d’endormir un client avec. Dès qu’il sera endormi, je te le rapporterai, sur mon honneur ! Seulement, je t’en conjure, ne fais pas de scandale.
Yéghen réalisa alors que c’était arrivé pendant son sommeil. L’hôtelier était venu dans sa chambre, l’avait débarrassé de l’édredon, pour le donner à un nouveau client. Il était complètement ahuri par ces procédés fantastiques.
- Vous n’avez qu’un seul édredon pour tout l’hôtel, demanda-t-il ?
- Oh non ! dit l’hôtelier toujours à voix basse. C’est un hôtel de premier ordre ; nous avons trois édredons. Mais nous avons aussi beaucoup de clients.
- Je comprends, dit Yéghen. Qu’allons-nous faire ? J’ai froid, moi. Et je tiens à dormir. Je veux l’édredon.
- C’est l’affaire d’un instant, dit l’hôtelier. Sur mon honneur, je te le rapporte tout de suite. Le client à qui je l’ai donné était très fatigué ; il dormait debout. Il doit être tout à fait endormi maintenant. Ne bouge pas ! Je vais voir. Et ne crie pas surtout.
L’hôtelier sortit sur la pointe des pieds, emportant la lampe. Yéghen demeura dans l’obscurité, grelottant de froid. Il entendit l’hôtelier ouvrir une porte à côté de la sienne ; c’était là sans doute la chambre du nouveau client. Yéghen se prit à murmurer : « Pourvu qu’il se soit endormi. Mon Dieu ! fais qu’il se soit endormi. »
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Mendiants et orgueilleux de
Albert Cossery
Où irait le monde si le malheur n'avait plus d'importance!
(P132)
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Mendiants et orgueilleux de
Albert Cossery
Sa réputation de poète lui avait acquis un immense prestige parmi ses compagnons illettrés. C'était lui qui mariait -affreux simulacre- les détenus entre-eux. Il est vrai que sa laideur le préservait d'un danger réel: il aurait fallu être aveugle pour vouloir le sodomiser. Heureusement il n'y avait pas d'aveugle en prison.
(P42)
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Par lanard, le 09/12/2010
Les fainéants dans la vallée fertile de
Albert Cossery
Eh bien, quand un homme te parle de progrès, sache qu'il veut t'asservir!
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Mendiants et orgueilleux de
Albert Cossery
- Maître, dit Yéghen, je veux te faire une confidence.
- J'écoute.
- Eh bien! Tel que tu me vois, je suis en pleine aventure sentimentale.
- Mes félicitations! Quelle est l'heureuse élue?
- C'est une fille qui n'est pas comme les autres.
- Je t'arrête là, dit Gohar. Qu'est-ce que c'est une fille qui n'est pas comme les autres? Mon cher Yéghen, je te connaissais plus de discernement.
- Je voulais dire que ce n'est pas une putain.
- C'est une bourgeoise?
- Oui, sans doute la fille d'un fonctionnaire.
- Oh! L'horrible chose! Tu es amoureux d'elle?
- Tu me prends pour El Kordi. Maître je ne suis pas un enfant.
- El Kordi non plus n'est pas un enfant, dit Gohar. Crois-moi, tu le méconnais. Il est simplement sous l'influence de toute une littérature européenne qui prétend faire de la femme le centre d'un mystère. El Kordi s'ingénie à croire que la femme est un être pensant; son besoin de justice le pousse à la défendre en tant qu'individu social. Mais au fond il n'y croit pas. Tout ce qu'il demande à la femme c'est de coucher avec lui. Et encore, la plupart du temps sans payer, parce qu'il est pauvre.
- Mais dans mon cas le but est différent. Je ne cherche pas à coucher avec elle.
- Un amour platonique! C'est encore plus grave.
(P91)
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Par Yantchik, le 27/05/2011
Mendiants et orgueilleux de
Albert Cossery
Un instant il resta pensif, regardant sa couche ravagée et hors d’usage. Les vieux journaux qui lui servaient de matelas étaient complètement submergés ; ils commençaient déjà à flotter au ras du sol. La vision du désastre lui plut à cause de sa simplicité primitive. Là où il n’y avait rien, la tempête se déchaînait en vain. L’invulnérabilité de Gohar était dans ce dénuement total ; il n’offrait aucune prise aux dévastations.
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Par brigetoun, le 11/04/2010
La violence et la dérision de
Albert Cossery
- Si tu n'aimais pas l'ancien gouvernement, dit-il, il n'y a aucune raison pour que tu aimes celui d'à présent. Les fortes têtes comme toi, on les connaît.
L'éclatante justesse de cette sentence stupéfia Karim et le rendit muet pour un moment. Que répondre à cela ?