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Par Mimimelie, le 16/05/2013
La dependance de
Albert Memmi
Cher ami,
Votre étude sur la dépendance fait largement réfléchir. Comme toutes les choses très simples et qui, rappelées à l'esprit, soudain apparaissent évidente, on n'avait jamais pensé à y penser. Et voici que vous obligez à le faire et que s'ouvrent des horizons infinis. On se découvre soumis à un nombre de dépendances quasiment illimité.
C'est très impressionnant. Pour ma part, je m'aperçois qu'elles sont chez moi aussi nombreuses que chez n'importe qui, mais (est-ce heureux ?) généralement très faibles. Je peux pour presque toutes les secouer sans grand mal. Mises à part bien entendu celles qui ont trait à mon travail, mes convictions et mon épouse.
Quant à celle-ci je suis de ceux qui, au moindre retard, imaginent promptement l'accident et ses suites. Si la dépendance alors se mesure à la nervosité, elle paraît sans remède. Mais je ne cherche pas de médecin.
Pour ce qui est des convictions, je dois bien reconnaître que ma dépendance est totale, puisqu'elle pourrait aller jusqu'à la mort. Mais peut-on appeler dépendance un esclavage où l'on est à la fois dominant et dominé ? C'est bien complexe et bien intéressant. Votre livre porte à nombre d'autres réflexions. On n'en a pas fini en refermant ces pages. C'est le type d'ouvrage à ranger au rayon des livres à consulter en cas de besoin.
Donc, grand merci, veuillez me rappeler au souvenir de Madame Memmi et croire à mon amitié.
Vercors
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Agar de
Albert Memmi
Est-il encore temps ? Mon mariage n'a pas été un moment de ma vie, il lui a donné son sens.
La folie de Marie a été de croire que je serais entièrement à elle lorsqu'elle aurait tout arraché de moi, même l'odeur des pierres chaudes et du soleil. Cette femme que j'aime, qui fut le meilleur de moi-même, qui a voulu tout me donner, est devenu le symbole et la source de ma destruction. Je ne suis plus rien qu'un fantôme, mon propre ennemi et le sien. Je l'ai trahie et elle m'a détruit.
Mais, en même temps, je ne peux plus vivre sans elle. Je n'ai plus ni pays, ni parents, ni amis ; et la quitterais-je que je resterais ainsi double, en face de moi-même et juge des miens. Je supporte à peine de vivre avec elle, mais je supporte plus de vivre avec personne.
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Agar de
Albert Memmi
Cette nuit de Pâque, je restai longtemps tout sommeil enfui, à me demander si je n'étais pas de ceux qui, toute leur vie, seraient condamnés à hésiter au bord de l'abîme.
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Agar de
Albert Memmi
J'entrevoyais bien que chaque pas m'éloignait davantage des valeurs de mon groupe, d'une image de moi-même qu'avec l'âge, l'alourdissement normal de la nature, la lente reprise par le passé, la famille, j'aurais aspiré à retrouver, comme la plupart des hommes se mettent, vers le soir de leur vie, à ressembler à leur père. Mais je me redis aussi, avec orgueil, que Marie, par sa seule présence, m'obligeait à vivre au sommet de moi-même.
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Par Outis, le 25/09/2007
Le Nomade immobile de
Albert Memmi
Quant aux gens, trop de fréquentations ne valent pas vraie fréquentation. Il m’arrive de recevoir dans mon grenier, mais jamais plus de deux personnes à la fois. Parce que ce serait alors un groupe où chacun, jouant un rôle, n’est plus lui-même. Or ce que je recherche, c’est ce contact, même précaire, où chacun se livre , fût-ce par éclairs, et qui est pour moi un vrai bonheur.
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Agar de
Albert Memmi
Et bientôt elle n'eut plus le courage de dissimuler. Elle souffrait de la chaleur et du froid, de l'humidité et de la lumière éclatante qui l'éblouissait, du bruit incessant des radios, des odeurs toujours présentes, celle de l'huile frite, des grillades, des fleurs ; elle ne pouvait comprendre ni excuser notre laisser-aller méditerranéen, les portes et les fenêtres qui ferment mal, les vitres cassées, l'exubérance des joies et des peines.
- Au fond, ce sont des enfants, disait-elle lorsqu'elle était de bonne humeur, ils sont naïfs et sans pudeur, il leur faut des couleurs vives, des odeurs fortes et du bruit !
Et lorsqu'elle était fatiguée :
- Quelle vulgarité !
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Par zazimuth, le 26/09/2010
L'exercice du bonheur de
Albert Memmi
La promenade est un court voyage;
allez vous promener tous les jours
Montesquieu affirme n’avoir jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. Moi, c’est la promenade. Au siècle dernier, on conseillait aux mélancoliques et aux amants déçus de voyager; la promenade est un court voyage.
Le déprimé est comme un ballon qui, n’ayant plus assez de gaz pour s’élever, s’affaisse sur lui-même. Chaque fois que vous vous sentez peser à vous-même, quittez tout et allez vous promener.
-- Quand je suis dans cet état, je n’ai de goût à rien! Je n’ai la force de rien faire!
Allons! il vous reste toujours assez d’énergie pour vous habiller et sortir. Dites plutôt que prisonnier de votre humeur, vous n’essayez même pas. Inutile alors de palabrer avec vous-même. sortez; la promenade fera le reste.
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Agar de
Albert Memmi
- J'étouffe, murmure-t-elle, je ne vis plus. Je surveille mes paroles et mes gestes, mes pensées. Tout ce que je dis tu l'analyses, tu l'interprètes au plus mal. Souvent je fais de la surenchère, cela m'humilie et ne sert à rien, au contraire cela te crispe. Et quand je vis naturellement, tu en es blessé, je suis pour toi une étrangère hostile !
- Parce que vivre naturellement c'est juger les miens incultes, grossiers et vulgaires ? (...)
- Mais il le sont ! Il n'y a une seule personne parmi eux que j'aie envie d'approcher! Je n'aime pas ces gens et je déteste cette ville ! Je ne m'y ferai jamais ! jamais ! (...)
- Nous y sommes : voilà ta vraie pensée. Eh bien cette ville que tu détestes, c'est la mienne, j'aurais voulu y vivre, ces gens que tu n'aimes pas, ce sont les miens, j'en suis, lorsque tu les méprises tu me méprises aussi.
- C'est absurde ! Tu n'en fais plus partie ! Tu es tellement différent d'eux !
- Cela me regarde. Je ne peux ni ne veux les abandonner, c'est tout.
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Agar de
Albert Memmi
Raisonneur, tantôt sincère tantôt de mauvaise foi, j'essayai d'expliquer à Marie ce qui la heurtait, espérant le lui rendre un peu plus familier. Les portes ne ferment pas ? Négligence certes, mais aussi la chaleur dessèche le bois, la pluie subite le regonfle ; la nourriture trop épicée?
Sans épices, avec ce climat, on ne mangerait plus. Je reconnaissais souvent, en moi-même, qu'elle avait raison mais il m'était désagréable de l'avouer, j'aurais admis alors, que jusqu'ici, j'avais vécu en sauvage.
Il s'agissait bien d'ailleurs de discours et de persuasion ! Il aurait fallu transformer les gens et les institutions, les bâtiments et toute la nature. Pouvais-je empêcher les marchands d'artichauts, de vieux habits, de pétrole? ... Pouvais-je supprimer l'humidité, atténuer la chaleur, faire pousser de la verdure ?
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Agar de
Albert Memmi
- Oui, je les hais, je les hais ! Ce sont des sauvage! Je déteste leurs coutumes moyenâgeuses et leur religion de primitifs ! ... Et ils osent me repousser ! (...)
Mais tu penses comme eux ! Tu me repousses ! A force de les défendre tu deviens comme eux !
Ah! si encore je pouvais redevenir comme eux !
Mon malheur est que je ne suis plus comme personne. Je ne sais même pas me défendre contre ce dégoût de moi-même qu'elle me révèle, dont je suis envahi et que j'approuve.
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