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Par Outis, le 25/09/2007
Le Nomade immobile de
Albert Memmi
Quant aux gens, trop de fréquentations ne valent pas vraie fréquentation. Il m’arrive de recevoir dans mon grenier, mais jamais plus de deux personnes à la fois. Parce que ce serait alors un groupe où chacun, jouant un rôle, n’est plus lui-même. Or ce que je recherche, c’est ce contact, même précaire, où chacun se livre , fût-ce par éclairs, et qui est pour moi un vrai bonheur.
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Par zazimuth, le 26/09/2010
Exercice du bonheur (l') de
Albert Memmi
La promenade est un court voyage;
allez vous promener tous les jours
Montesquieu affirme n’avoir jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. Moi, c’est la promenade. Au siècle dernier, on conseillait aux mélancoliques et aux amants déçus de voyager; la promenade est un court voyage.
Le déprimé est comme un ballon qui, n’ayant plus assez de gaz pour s’élever, s’affaisse sur lui-même. Chaque fois que vous vous sentez peser à vous-même, quittez tout et allez vous promener.
-- Quand je suis dans cet état, je n’ai de goût à rien! Je n’ai la force de rien faire!
Allons! il vous reste toujours assez d’énergie pour vous habiller et sortir. Dites plutôt que prisonnier de votre humeur, vous n’essayez même pas. Inutile alors de palabrer avec vous-même. sortez; la promenade fera le reste.
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Par torevan, le 24/10/2011
Le Nomade immobile de
Albert Memmi
"Je suis fier d'être français!", "Je suis fier d'être Juif" sont des affirmations ridicules, même si l'on perçoit le ressort de tels orgueils. J'ai entendu un jour à la radio: "Je suis immensément fier d'être arménien!". L'écrivain qui parlait insistait sur cet "immensément", alors qu'il s'agit de l'une des appartenances les plus malheureuses de l'Histoire contemporaine. (Voici qu'émerge une fierté nouvelle: les homosexuels clament qu'ils sont fiers de l'être). Il s'agit toujours d'un retournement, d'un changement de signe: devant une raison d'être fier, le malheur est plus facile à supporter; et plus il est tragique, plus il est glorieux. Les juifs ont porté à l'extrême ce retournement: ils ont fait de leur malheur historique une élection métaphysique.
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Par torevan, le 22/10/2011
Le Nomade immobile de
Albert Memmi
Je venais de découvrir la vertu du scandale et, surtout, une arme redoutable: la dérision. Comme la ruse, la dérision est une arme de faible; les puissants sont rarement drôles: ils n'en ont pas besoin. Mais, même minuscule, comme la fronde de David, elle est capable, rien qu'en mettant les rieurs de son côté, de contrer les puissances les mieux établies. C'est pourquoi on lui oppose généralement une telle fureur. C'est pour son ironie, plus efficace encore que ses arguments, que Voltaire est tellement haï. L'ironie n'est pas seulement une arme ingénieuse, elle est, à l'opposé du respect, qui est stérile, un exercice intellectuel, un entraînement critique à la lucidité.
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Par torevan, le 24/10/2011
Le Nomade immobile de
Albert Memmi
Je me dis quelquefois qu'il aurait été commode d'être franc-maçon, membre de ceci ou de cela. Mais il aurait fallu que je portasse un tablier et que je feignisse de m'émerveiller devant l'initiation et les symboles. J'aurais bénéficié de solidarités bien utiles, sans doute, mais j'eusse été contrait de me transformer en militant d'honneur, donc plus ou moins complaisant, sinon complice. Au moins je n'aurai procédé à aucune de ces démarches où l'on perd chaque fois un peu de sa dignité, comme un mouton qui, voulant forcer les barbelés pour atteindre une touffe d'herbe, y laisse un peu de sa laine.
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Par torevan, le 23/10/2011
Le Nomade immobile de
Albert Memmi
Mais aujourd'hui encore je pardonne difficilement, aux intellectuels surtout, la complaisance, sinon la complicité devant l'erreur. Ils ont le droit de se tromper, pas de tromper les autres, même par prudence ou tactique, par solidarité ou par discipline. Par discipline! Un intellectuel discipliné est-il un intellectuel? L'intellectuel a d'autant moins le droit de ruser avec la vérité qu'il est plus outillé pour la découvrir, et qu'on l'attend de lui. S'efforcer de voir clair et dire clairement est sa fonction, sinon à quoi sert-il? (p.49)
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Par torevan, le 26/10/2011
Le Nomade immobile de
Albert Memmi
Le plaisir est un don de la nature sans cesse renouvelé, toujours délicieux s'il ne nous est pas gâché par la culpabilité, inoculée en nous par l'éducation, par les prêtres, les moralistes et les politiques, pour des raisons évidentes: l'homme qui jouit leur échappe. Il se détourne de leurs exigences. Il dépend de nous de défendre nos plaisirs.