Il avait sous les yeux un être en partance, étouffé par ses pensées, ses souvenirs, ses peurs, ses croyances… Que deviendrait tout ça après son départ ? Un tas d’os enfoui sous une terre dont il n’était même pas sûr qu’elle ne le vomirait pas un jour.
Ce samedi-là, elle s’était levée très tôt, à l’heure où les boutiquiers balaient devant leur porte les poussières et les détritus charriés par le vent du Bosphore. C’était shabbat, elle pouvait courir sans compter les long d’Istiklal et au-delà, dans les allées du parc Taksim. Sentir les odeurs de café et de pâte feuilletée s’échapper de échoppes fumantes, et s’effacer aussitôt, comme dans un flash, devant les effluves salés et légèrement iodés venus du détroit.