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Chatterton de
Alfred de Vigny
ô Publicité ! vile Publicité ! toi qui n'es qu'un pilori où le profane passant peut nous souffleter.
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Chatterton de
Alfred de Vigny
Il est atteint d'une maladie toute morale et presque incurable, et quelquefois contagieuse ; maladie terrible qui se saisit surtout des âmes jeunes, ardentes et toutes neuves à la vie, éprises de l'amour du juste et du beau, et venant dans le monde pour y rencontrer, à chaque pas, toutes les iniquités et toutes les laideurs d'une société mal construite. Ce mal, c'est la haine de la vie et l'amour de la mort : c'est l'obstiné Suicide.
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Par Couperine, le 23/12/2010
Chatterton de
Alfred de Vigny
M. Beckford : John Bell, n'avez-vous pas chez vous un jeune homme nommé Chatterton, pour qui j'ai voulu venir moi-même ?
Chatterton : c'est moi, milord, qui vous ai écrit.
M. Beckford : Ah ! c'est vous mon cher ! Venez donc ici un peu, que je vous vois en face. J'ai connu votre père, un digne homme s'il en fut ; un pauvre soldat, mais qui avait bravement fait son chemin. Ah ! c'est vous qui êtes Thomas Chatterton ? Vous vous amusez à faire des vers, mon petit ami ; c'est bon pour une fois, mais il ne faut pas continuer. Il n'y a personne qui n'ait eu cette fantaisie. Hé ! hé ! j'ai fait comme vous dans mon printemps, et jamais Littleton, Swift et Wilkes n'ont écrit pour les belles dames des vers plus galants et plus badins que les miens.
Chatterton : je n'en doute pas milord.
M. Beckford : Mais je ne donnais aux Muses que le temps perdu. Je savais bien ce qu'en dit Ben Johnson : que la plus belle Muse au monde ne peut suffire à nourrir son homme, et qu'il faut avoir ces demoiselles-là pour maîtresses, mais jamais pour femmes.
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Chatterton de
Alfred de Vigny
JOHN BELL : (...) ce que je ne veux pas, c'est que, dans ma maison, vous veniez, en public, autoriser mes inférieurs à l'insolence.
LE QUAKER : Eh ! que te fait, je te prie, leur insolence ? Le bêlement de tes moutons t'a-t-il jamais empêché de les tondre et de les manger ? Y a-t-il un seul de ces hommes dont tu ne puisses vendre le lit ? Y a-t-il dans le bourg de Norton une seule famille qui n'envoie ses petits garçons et ses filles tousser et pâlir en travaillant tes laines ?
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Chatterton de
Alfred de Vigny
Voilà les deux poésies possibles, ça ne va pas plus loin que cela ! Les divertir ou leur faire pitié ; faire jouer de misérables poupées, ou l'être soi-même et faire trafic de cette singerie ! Ouvrir son cœur pour le mettre en étalage sur un comptoir ! S'il y a des blessures, tan mieux ! il a plus de prix ; tant soit peu mutilé, on l'achète plus cher !
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Par Couperine, le 04/05/2010
Stello de
Alfred de Vigny
Kitty Bell était une jeune femme comme il y en a tant en Angleterre, même dans le peuple. Elle avait le visage tendre, pâle et allongé, la taille élevée et mince, avec de grands pieds et quelque chose d’un peu maladroit et décontenancé que je trouvais plein de charme. A son aspect élégant et noble, à son nez aquilin, à ses grands yeux bleus, vous l’eussiez prise pour une des belles maîtresses de Louis XIV dont vous aimez tant les portraits sur émail, plutôt que pour ce qu’elle était, c’est-à-dire une marchande de gâteaux. Sa petite boutique était située près du Parlement, et quelquefois, en sortant, les membres des deux Chambres descendaient de cheval à sa porte, et venaient manger des buns et des mince-pies en continuant la discussion sur le Bill. C’était devenu une sorte d’habitude, par laquelle la boutique s’agrandissait chaque année, et prospérait sous la garde des deux petits enfants de Kitty. Ils avaient huit ans et dix ans, le visage frais et rose, les cheveux blonds, les épaules toutes nues et un grand tablier blanc devant eux et sur le dos, tombant comme une chasuble.
Le mari de Kitty, master Bell, était un des meilleurs selliers de Londres, et si zélé pour son état, pour la confection et le perfectionnement de ses brides et de ses étriers, qu’il ne mettait presque jamais le pied à la boutique de sa jolie femme dans la journée. Elle était sérieuse et sage ; il le savait, il y comptait et, je crus, en vérité, qu’il n’était pas trompé.
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Poèmes antiques et modernes de
Alfred de Vigny
Préface, p.7:"Vigny au contraire(de Racine), Vigny le penseur, le philosophe, le moraliste, n'entend point se séparer de son oeuvre, lui être inégal dans ses jours, ses actions et sa figure."
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Par Tibere, le 27/01/2012
Poèmes antiques et modernes de
Alfred de Vigny
Les oracles - Destinée d'un roi
VII
Ô de tous les grands cœurs déesses souveraines.
Qu'avez-vous dit alors, ô Justice, ô Raison !
Quand, par ce long travail des ruses souterraines.
Sur le maître étonné s'effondra la maison,
Sous le trône écrasa le divan doctrinaire
Et l'écu d'Orléans, qu'on croyait populaire
Parce qu'il n'avait plus fleur de lis ni blason ?
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Chatterton de
Alfred de Vigny
LE QUAKER : Il s'est rompu le bras dans une de tes machines.
JOHN BELL : Oui, et même il a rompu la machine.
LE QUAKER : Et je suis sûr que dans ton cœur tu regrettes plus le ressort de fer que le ressort de chair et de sang : va, ton cœur est d'acier comme tes mécaniques.
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Oeuvres poétiques de
Alfred de Vigny
gémir,pleurer,prier est également lâche,
fais énergiquement ta longue et lourde tache
dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
puis après, comme moi,souffre et meurt sans parler
la mort du loup