-
Par nanougo44, le 30/01/2012
L'île aux fous de
André Soubiran
Hein ! Quelle diversité ! Quelle richesse ! Le fou est individualiste. Chacun ici, a son style personnel: chacun dans ce royaume, est un roi solitaire. Qui voulez-vous que je vous présente encore ? L'homme qui a mangé la cervelle de sa femme ? Celui qui accuse la sienne de le tromper avec des chiens ? Celui flagellait ses voisines et couchait probablement avec sa fille ? Celui qui a abattu huit personnes à la mitraillette au cours d'une hallucination ? Celui qui a dépecé, vivant, un petit garçon ? Choisissez ! Et il y en a d'autres. Tous ces messieurs sont là, prêts à vous serrez fraternellement la main.
> lire la suite
-
Par nanougo44, le 28/01/2012
L'île aux fous de
André Soubiran
Rien, absolument rien qui pût empêcher les murs d'être exactement nus, jaunes, lisses; rien qui se rapportât à l'occupant; rien qui pût même laisser supposer qu'il y en eût un ! L'évidence s'imposait qu'il n'y avait enfermé ici qu'un corps ne m'appartenant même plus. Le corps d'un homme qui n'était plus rien...
-
Par nanougo44, le 27/01/2012
L'île aux fous de
André Soubiran
Autour de moi, d'un bout à l'autre des deux rangées de lits, sous une lumière triste, tout était figé. Pas un geste, à peine un frissonnement. Au lieu d'en jaillir, la clameur semblait littéralement peser sur une série de visages collés à plat, au bout des lits; elle écrasait ces visages aplatis contre l'oreiller et tous semblables, mous, étalés, imprécis parmi la grisaille des draps. Rien ne vivait sur ces faces sans contour que les bouches noires; elles paraissaient, dans la pénombre, autant de blessures ouvertes par l'explosion d'une irresistible fureur.
-
Par nanougo44, le 30/01/2012
L'île aux fous de
André Soubiran
J'avais souvent envie de rire lorsque je les voyais ainsi, tueurs, dépeceurs, escrocs, déserteurs, cleptomanes, épileptiques, pédérastes, se confier tout bas avec des mines de fillettes qui font les importantes.
-
Journal d'une femme en blanc de
André Soubiran
Que peut faire le médecin de campagne, à la fois pédiatre et gynécologue, devant l’organisation de la vie rurale ? A la femme incombe les soins du ménage, des enfants, du petit bétail et d’une bonne partie des travaux des champs, le tout dans des conditions demeurées le plus souvent primitives. Devenue mère, comment allaiterait-elle à des heures fixes, alors qu’elle ne peut abandonner le travail qu’elle est en train d’accomplir au loin ? Aussi, je ne m’étonne plus des infections digestives pour lesquelles on m’appelle. Lait abandonné aux bataillons de mouches pendant des heures, biberons mal dosés, mal nettoyés, suffisent à expliquer les diarrhées graves pour lesquelles les parents, soudain affolés, me réclament avec véhémence » des piqûres « , tout en laissant l’enfant sucer une vieille tétine emmanchée sur un bouchon ou bien un bonbon enveloppé dans un bout de linge, cela afin d’empêcher leur rejeton, croient-ils, de se faire une hernie en criant.
Tout de suite promue gynécologue par la renommée, j’ai examiné chez elles ou j’ai vu venir à ma consultation des femmes qui disaient » avoir une maladie dans le ventre ». Plus encore que pour mes patientes de Gennevilliers, ce sont leurs servitudes de femelles qui les accablent, qui les rongent. Même enceintes, ces femmes ne connaissent aucun repos et ne se couchent qu’aux premières douleurs. Les relevailles sont hâtives, car le travail presse. A quarante ans, ces grandes créatures d’apparence robuste déballent, sur la table d’examen, des ventres effondrés, des décalcifications, des vergetures, des varices, des métrites, des ptoses, et toutes m’expriment le vœu de voir venir la ménaupose, qui les délivrera enfin des risques venu d’un mari trop » venimeux », -- comme je ne comprenais pas le mot « venimeux », l’une m’a expliqué : "Ben quoi ! n mari trop faisseu d’nourrice. L’mien, y m’a déjà fabriqué sept enfants ».
Le Livre de Poche n° 3712 p. 421
> lire la suite