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L'île aux fous de
André Soubiran
Ici, au Quartier de Sûreté, les irresponsables sont la norme ; comme tout est relatif dans la vie en société, automatiquement, entre nous, nous redevenons en quelque sorte responsables. Et nous punir d'une descente à la paille est peut-être, dans l’esprit du médecin-chef, une espèce de faveur… En nous punissant, il nous traite comme se traitent entre eux les gens normaux… Désagréable, mais flatteur !
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L'île aux fous de
André Soubiran
Un dingue en rogne est toujours moins dangereux qu’un gardien. Le dingue, lui, ne peut pas faire de rapport…
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L'île aux fous de
André Soubiran
De même qu’on suce lentement un bonbon pour en prolonger le plaisir, il eût fallu, pour mieux parvenir à tuer le temps, faire durer la moindre occupation. Mais le cri perpétuel des infirmiers était : « Allons, pressons ! » et l’on se pressait pour n’aboutir jamais nulle part ou pour tous se retrouver, cinq minutes après, autour de la table, désœuvrés, les bras ballants et traînant les pieds, car, par veulerie, épuisement ou bouderie, peu importe, au III, internés et gardiens, tous traînaient les pieds.
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L'île aux fous de
André Soubiran
A sept heures, la porte du réfectoire s’ouvrait. Quelques minutes plus tard, le petit-déjeuner avalé, tout le monde était là, de nouveau, mais le charme des débuts de la matinée avait été rompu ou peut-être avait-il trop duré pour des cervelles versatiles ? La radio fonctionnait déjà, à plein régime. On eût alors annoncé l’extinction des eux que tous les gens du III seraient repartis se coucher avec conviction. Et pourtant la journée débutait à peine.
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L'île aux fous de
André Soubiran
Délaissé, Caca se consolait sur son banc, en se masturbant quatre ou cinq fois par jour. C’étaient les seuls moments où s’arrêtait, au-dessous d’un front bas, un tic convulsif des paupières qui rendait exaspérante à voir sa face de dégénéré, mais la jouissance lui donnait un masque plus bestial encore ; alors il haletait et jappait de plaisir, comme un chien.
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Par Nanouxy, le 30/01/2012
L'île aux fous de
André Soubiran
Hein ! Quelle diversité ! Quelle richesse ! Le fou est individualiste. Chacun ici, a son style personnel: chacun dans ce royaume, est un roi solitaire. Qui voulez-vous que je vous présente encore ? L'homme qui a mangé la cervelle de sa femme ? Celui qui accuse la sienne de le tromper avec des chiens ? Celui flagellait ses voisines et couchait probablement avec sa fille ? Celui qui a abattu huit personnes à la mitraillette au cours d'une hallucination ? Celui qui a dépecé, vivant, un petit garçon ? Choisissez ! Et il y en a d'autres. Tous ces messieurs sont là, prêts à vous serrez fraternellement la main.
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L'île aux fous de
André Soubiran
Tout raisonnement permettant de conclure que le monde des gens dits normaux va très mal recueille de façon à peu près automatique l’adhésion des fous.
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Par Nanouxy, le 27/01/2012
L'île aux fous de
André Soubiran
Autour de moi, d'un bout à l'autre des deux rangées de lits, sous une lumière triste, tout était figé. Pas un geste, à peine un frissonnement. Au lieu d'en jaillir, la clameur semblait littéralement peser sur une série de visages collés à plat, au bout des lits; elle écrasait ces visages aplatis contre l'oreiller et tous semblables, mous, étalés, imprécis parmi la grisaille des draps. Rien ne vivait sur ces faces sans contour que les bouches noires; elles paraissaient, dans la pénombre, autant de blessures ouvertes par l'explosion d'une irresistible fureur.
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Par Nanouxy, le 28/01/2012
L'île aux fous de
André Soubiran
Rien, absolument rien qui pût empêcher les murs d'être exactement nus, jaunes, lisses; rien qui se rapportât à l'occupant; rien qui pût même laisser supposer qu'il y en eût un ! L'évidence s'imposait qu'il n'y avait enfermé ici qu'un corps ne m'appartenant même plus. Le corps d'un homme qui n'était plus rien...
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L'île aux fous de
André Soubiran
L’énorme table de chêne, prudemment scellée au sol ainsi que les bancs, et qui occupait le grand axe de la salle commune, avait huit mètres de longueur. Au long de ces huit mètres allaient décroissant, chez ses occupants, l’application, l’intelligence, la conscience. On pouvait voir, à un bout, Romano étudier le grec et, à l’autre, Chalimar se coller des décalcomanies sur le front.