Nu-tête de
Anne François
La première fois, j'avais failli partir, elle était en retard. Mais en touchant son cou, j'ai compris ce qu'elle avait. Depuis, elle m'appartient, corps et âme.
Je l'ouvrirai comme une huître, comme un sexe de parturiente, comme un bouton de pivoine serré sur lui-même.
Je n'ai pas trouvé l'endroit. J'ai cherché longtemps, tout se ressemblait, les murs, les étages, les escaliers, les ascenseurs les gens. J'en pleurais.
Je l'aime. Ou plutôt non, pas encore. Pas avant de l'avoir arrachée à la mort.
Cécile à portée de main. Je ne te dirais rien.
Je lui ai tout dit, la perte de poids, les larmes, le sommeil, la peur.
Je me suis déshabillée. Il a l'air sévère. Il m'a longuement palpé la base du cou. Je suis sortie de son bureau soulagée, j'ai attendu dans la substance incolore, inodore et insipide de cette journée unique au monde.
Je sais que tu reviendras. Tous les jours, pendant des mois. Et que je devrai continuer à travailler, à faire comme si de rien n'était. Tu verras, je te ferai souffrir plus encore, tu trembleras, tu gémiras, tu vomiras.
Que ce sera bon de t'aimer, après. Tu seras telle que je t'ai voulue. Plus tard, beaucoup plus tard.
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