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Une autre femme de
Anne Tyler
Pourquoi, ainsi, fallait-il toujours que ce soit vers Sam qu'ils se tournent tous dans les moments décisifs? Chaque fois, il passait pour le plus raisonnable des deux, le plus posé, la plus fiable. Elle n'était que purement décorative. Comment en était-elle arrivée là ? Où avait-elle la tête pendant que s'enracinait cet état des choses ?
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Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
Ses enfants grandirent et commencèrent à avoir leur propre vie. (…) Quand elles pensaient à eux, à différents moments de leur enfance – d'abord s'accrochant à elle puis acquérant de l'indépendance et finalement se détachant d'elle – elle se souvenait avant tout des lampes. De la lampe du couloir qu'elle avait l'habitude de laisser allumée pour qu'ils n'aient pas peur dans le noir. Ensuite ce fut la lampe de la salle de bains, plus loin dans le couloir, qui resta allumée, quelle que fut la maison qu'ils habitaient et, pour finir, celle du rez-de-chaussée lorsque l'un d'entre eux sortait le soir. Leur croissance correspondait donc à une graduelle diminution de la lumière éclairant la porte de sa chambre à coucher, comme s'ils emportaient avec eux un peu de clarté lorsqu'ils s'éloignaient d'elle. Elle aurait dû s'organiser, pensait-elle parfois. Elle aurait dû se trouver des amis ou s'inscrire à un club. Mais ce n'était pas son genre. Et de toute façon ça ne l'aurait pas consolée.
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Le voyageur malgré lui de
Anne Tyler
"Écoute-moi, Macon, dit-il, j'aurais besoin de retirer mon passeport du coffre pour le 12 juin. Je m'embarque pour Lassaque.
- Lassaque, grand-père ?
- Si ça me plaît, je peux tout aussi bien rester là-bas.
- Mais où se trouve Lassaque ?
- C'est une île au large des côtes de Bolivie.
- Ah, fit Macon, puis il ajouta : Mais, dis moi...
- Cet endroit a retenu mon intérêt parce que les Lassaquiens n'ont pas de langage écrit. En fait, si l'on apporte avec soi des textes, ils vous les confisquent immédiatement. Ils disent que c'est de la magie noire.
- Mais je ne crois pas que la Bolivie soit au bord de la mer, dit Macon.
- Ils ne vous permettent même pas d'avoir un carnet de chèques avec votre nom dessus. Avant d'accoster, il faut prendre soin d'enlever l'étiquette de son flacon de déodorant. Tu dois changer ta monnaie contre des petits trucs colorés.
- Est-ce que tu plaisantes, grand-père ?
- Si je plaisante ! Vérifie, si tu ne me crois pas", dit le grand-père en remontant sa montre de gousset en acier, avec un mouvement de va-et-vient assuré. "Un des effets intéressants de l'analphabétisme régnant est le respect qu'on porte aux anciens. C'est très probablement parce que les connaissances des Lassaquiens ne viennent pas des livres mais de la vie. Aussi, sont-ils suspendus aux lèvres de ceux qui ont vécu longtemps."
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Par FRANGA, le 26/02/2012
Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
Il se demandait parfois ce qui se passerait si son père revenait à la maison lorsqu'il serait un homme. "Regarde ce que je suis devenu, lui dirait Cody. Regarde où je suis parvenu, regarde ce que j'ai accompli sans toi".
Est-ce quelque chose que j'ai dit ? Est-ce quelque chose que j'ai fait ?
Est-ce quelque chose que je n'ai pas fait qui t'a poussé à partir ?
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Par FRANGA, le 29/02/2012
Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
Mais si vous étiez malade vous pouviez compter sur elle pour vous apporter des boissons chaudes. Du thé bouillant qu'elle faisait merveilleusement. Des consommés en boîte. Tout ce qui était fluide, liquide. Elle restait les bras croisés dans l'encadrement de la porte en attendant que vous ayez fini de boire. Cody se rappelait l'expression de léger dégoût que prenait son visage lorsqu'elle regardait quelqu'un en train de manger ou de boire. Elle mangeait elle-même extrêmement peu, elle chipotait. Cela impliquait une sorte de critique à l'égard de ceux qui avaient le malheur d'avoir faim ou qui s'intéressaient à ce qu'il y avait dans leur assiette. Elle détestait toute nécessité, elle ne supportait pas que les gens aient des besoins. Elle s'arrangeait presque toujours pour que les disputes familiales surviennent au beau milieu des repas.
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Par FRANGA, le 01/03/2012
Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
Pense aux photos... Ne t'es-tu jamais posé de question en voyant de vieilles photos ? C'est fou ce qu'on se sent nostalgique en les regardant. Des gens d'une autre époque qui vous sourient, une petite fille qui, en ce moment même, doit être une vieille dame, un chat qui est mort, une plante verte en fleur, fanée depuis longtemps, dont le pot est probablement cassé, perdu... N'est-ce pas précisément parce que pour une fois le temps est arrêté qu'on se sent nostalgique ? Si seulement ces moments-là pouvaient revenir, se dit-on. Si seulement on pouvait changer ceci ou cela, défaire ce qu'on a fait, si seulement pour une fois on pouvait parvenir à ce que le temps tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre."
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Par FRANGA, le 01/03/2012
Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
"Pour être honnête, quand je suis parti, je ne pensais pas avoir envie de vous revoir. Puis, après, j'ai commencé à me dire : "Qu'est-ce que peut bien fabriquer Cody en ce moment ? Et Ezra ? Et Jenny? Moi qui croyais que ma famille n'était pas importante, finalement je me rends compte que c'est la seule chose qui compte," je pensais. Mais alors ça faisait peut-être deux, trois ans que j'étais parti. Un soir, de passage à Baltimore, j'ai garé ma voiture un peu plus haut et j'ai descendu la rue, à pied, jusqu'à la maison. J'ai failli mourir de froid à rester là, debout, immobile dans la rue, à attendre. Je pensais que j'allais aborder celui ou celle qui allait sortir, en tout cas faire quelque chose. C'est toi qui es sorti. Tout d'abord je ne t'ai pas reconnu, je me suis même demandé s'il n'y avait pas de nouveaux locataires. Puis j'ai compris que tu avais grandi, tu étais presque un homme. Tu as descendu l'allée et tu t'es baissé pour ramasser le journal du soir. Quand tu t'es relevé, tu l'as, comment dirais-je, lancé en l'air et rattrapé au vol. J'ai vu alors que tu pouvais vivre sans moi. Tu pouvais faire des choses avec insouciance, tu vois-jeter un journal en l'air et le rattraper. Tout allait bien se passer. Et tu vois j'avais raison. Regarde ! N'avez-vous pas tous réussi, n'avez-vous pas tous les trois une bonne vie ? Grâce à Pearl, grâce à elle. Je savais qu'elle s'en sortirait, qu'elle se débrouillerait très bien. J'ai fait demi-tour et suis retourné à ma voiture. Après cela j'ai repris mon train-train.
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Par FRANGA, le 29/02/2012
Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
Pourquoi faut-il que ça finisse toujours ainsi ? Comment se fait-il que nous nous disputions à chaque fois ? Est-ce que nous ne nous aimons pas les uns les autres ? Ne voulons-nous pas en dépit de tout, le bien de chacun de nous ? lui demanda Pearl.
- Bien sûr que si, lui répondit Ezra.
C'était une affirmation si calme, si péremptoire que Pearl se sentit réconfortée. Un jour, les choses pourraient s'arranger. Elle se laissa reconduire à la table et ils mangèrent tristement, en tête à tête, de la dinde sur une immense nappe blanche amidonnée.
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Par FRANGA, le 29/02/2012
Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
Cody se coupa un énorme quartier de tarte et accorda quelques pensées à cette nourriture qui, inexplicablement, était chargée de sens pour la plupart des gens. Etait-il possible de définir une personne en observant son attitude vis-à-vis de la nourriture ? Sa mère, par exemple, n'avait jamais eu, au grand jamais, une attitude nourricière. Même lorsque, dans son enfance, il dépendait entièrement d'elle sur ce point. Il suffisait de dire que vous aviez faim pour que Pearl s'agitât nerveusement, en prenant un air agacé, égaré, affolé. Il la revoyait rentrant le soir de son travail et se démenant comme un forcené dans la cuisine. Les boîtes de conserve dégringolaient des placards et se répandaient sur le sol-corned beef, thon à l'huile, sardines, petits pois, qui, sur l'assiette, prenaient une couleur terne, morte. La plupart du temps elle gardait son chapeau sur la tête pour faire la cuisine. Si elle laissait brûler quelque chose elle parlait toute seule à voix basse. Elle réussissait d'ailleurs à faire brûler n'importe quoi, les choses les plus invraisemblables... Par contre, elle pouvait vous servir toutes sortes d'aliments à moitié cuits. Et elle avait aussi de redoutables inventions de son cru, comme d'ajouter un jus de pamplemousse à la purée de pommes de terre.
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Par FRANGA, le 28/02/2012
Le déjeuner de la nostalgie de
Anne Tyler
- Je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à avoir de contacts avec les gens.
- Hum ?
- Si je m'approche trop près d'eux, ils pensent que j'attige, que je suis collant...sentimental, tu vois. Mais si je fais un pas en arrière, ils pensent que je suis indifférent. Franchement, il y a une règle que tout le monde connaît et qui m'a échappé ; je devais être absent de l'école ce jour-là. Une ligne de démarcation que je n'arrive pas à localiser.