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Par mila0707, le 08/02/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
- Ce dont tu peux être sûre et certaine, ça représente quoi dans l'inconnu qui t'entoure? Tu t'accroches à deux, trois certitudes, tu campes dessus, et tu te fermes à tout ce que tu ne connais pas, à tout ce que tu ne sais pas, qui est tout le reste de la vie. Les certitudes, c'est la mort du rêve, ça te bouche les yeux, le cœur, l'horizon. Faut aimer ce que tu ne sais pas, ce que tu ne sauras jamais. C'est à toi aussi. Même si c'est moins rassurant. Tant que tu auras des doutes, tu seras vivante...
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Par mila0707, le 09/02/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
La malchance lui était tombée dessus, s'acharnait, mais dedans il était le même, avec sa fierté intacte. Non! Ce n'était pas la honte! Et pourtant... Mendier un steak, un peu de crédit parce qu'on crève de faim, c'est la honte. Grelotter en se lavant à l'eau froide et diluer le shampooing jusqu'au jour où il ne mousse plus parce que ce n'est plus que de la flotte, c'est la honte. Ramasser du pain et des restes dans un couloir d’hôtel et les planquer dans ses poches en tremblant d'être surpris, c'est la honte. Et serrer les dents derrière un menu, alors que les autres trinquent, rient, parlent fort, comme si l'univers leur appartenait de plein droit, c'est aussi la honte...
[lors d'un déplacement pour un CDD de traducteur]
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Par mila0707, le 09/02/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
Mon Dieu, comment avait-il pu en arriver là, à cette misère? Il n'y a pas d'autre mot. C'est la misère, quand on vit pendant des jours de pain trempé dans du lait, qu'on use sa dernière paire de chaussures jusqu'à sentir le trottoir à travers la semelle, qu'on a plus de lumière, plus de chauffage, plus de moyen de transport, plus de...
Une bouffée d'angoisse saisit Luc, comme chaque fois qu'il essayait de comprendre. Tout se brouillait dans sa tête et il tombait dans un état de sidération qui interdisait toute pensée cohérente, toute analyse. Il ne pouvait que tourner en rond, ressasser, assailli par tous les détails sordides qui faisaient sa pauvre vie depuis... Depuis quand déjà?
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Par mila0707, le 08/02/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
Elle avait l'impression douloureuse d'être flouée, trahie, ravalée au rang de n'importe qui, de rien. A quoi bon ces longues promenades, ce regard intense sur elle, cette complicité, pour aboutir à une telle indifférence brutale? On tourne le dos et on se tire, sans un mot. Un départ comme une gifle. Et la gamine qui s'était crue intéressante, qui s'était crue choisie, considérée pour la première fois, retombait dans sa petite vie, dans son âge, dans sa nullité... Solange avait pris un rude coup. Et elle avait fort mal supporté qu'on lui dise à l'occasion que "ça lui ferait du bien d'apprendre à ne pas faire confiance à n'importe qui".
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Par mila0707, le 30/01/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
La découverte de l'amour était pour Paul de l'ordre du traumatisme - cet homme affamé de tendresse, qui vivait depuis son enfance, sans le savoir, dans un désert, une vraie misère affective, se trouvait tout à coup submergé, ivre d'un trop plein de sentiments. Cela grondait, enflait, bouillonnait en lui, le secouait, le transportait et l'abattait à la fois.
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Par mila0707, le 03/02/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
Il arrêta soudainement de gémir et releva la tête. Il avait trouvé son havre, son seul chez lui possible, la résolution de tous ses élans inassouvis. L'évidence de repartir vers le néant d'où il était sorti quarante ans plus tôt s'empara de lui. Oh! Oui! Se fondre dans la terre mère, rejoindre le grand tout, les ancêtres, redevenir une part invisible de l'univers, de la nature. Il en eut un désir puissant, d'une douloureuse urgence, une faim qui effaçait la souffrance.
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Par mila0707, le 03/02/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
Solange faisait des efforts pour être plus sociable car elle aimait bien les gens, du moins aurait-elle aimé ses semblables s'ils n'avaient été en général si lâches, si peu fiables, si faibles, si flous... Ce n'était pourtant pas compliqué, bon sang, d'être net, sincère, franc, ponctuel, de faire ce qu'on dit et de dire ce qu'on pense, zut alors! Si en plus il fallait se taire et tout avaler comme si de rien n'était, zut, zut et re-zut!
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Par mila0707, le 30/01/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
Et si rien ne se passait, si rien ne changeait dans son existence, tant pis, il garderait au moins l'intégrité de son rêve, de ce qu'il était au plus profond. Il avait choisi.
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Par mila0707, le 03/02/2012
Allons voir plus loin, veux-tu ? de
Anny Duperey
Il n'aurait pas dû venir au monde pour vivre chez ces gens-là. Toute sa vie était une erreur. Il avait lutté tant qu'il avait pu mais il était resté étranger, différent, solitaire et stérile, inadaptable à tout ce qui l'entourait. Il n'y eut plus pour lui de père ni de mère, ni frère, rien d'autre que l'inutilité de sa présence ici-bas. Rien n'était fait pour lui. Personne ne l'aimait et il n'avait rendu heureux personne. Il s'était trompé d'époque, ou de famille, ou c'est lui qui n'avait pas su... Seule la nature lui avait rendu l'amour auquel il aspirait, pour lequel il était fait, cette terre sur laquelle il était couché de tout son long, misérable, et qui lui semblait si douce et accueillante.
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Par Pauline, le 05/04/2008
Le voile noir de
Anny Duperey
Faites pleurer les enfants
« On rêve toujours que ce que l’on écrit puisse être utile à quelqu’un , ne serait-ce qu’à une seule personne, que ce que l’on a sorti de soi avec peine ne reste pas un monologue stérile, sinon autant vaudrait prendre ces pages et les enfermer tout de suite dans un tiroir.
Alors, à tout hasard…
Si vous voyez devant vous un enfant frappé par un deuil se refermer violemment sur lui-même, refuser la mort, nier son chagrin, faites-le pleurer. En lui parlant, en lui montrant ce qu’il a perdu, même si cela paraît cruel, même s’il s’en défend aussi brutalement que je l’ai fait, même s’il doit vous détester pour cela mais ce que je dis là est impossible à faire…[…] Une personne aimante a envie d’épargner. Et pourtant…Pourtant, percez sa résistance, videz-le de son chagrin pour que ne se forme pas tout au fond de lui un abcès de douleur qui lui remontera à la gorge plus tard.
Le chagrin cadenassé ne s’assèche pas de lui-même, il grandit, s’envenime, il se nourrit de silence, en silence il empoisonne sans qu’on le sache.
Faites pleurer les enfants qui veulent ignorer qu’ils souffrent, c’est le plus charitable service à leur rendre. »
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