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Par brigetoun, le 13/10/2010
Cambouis de
Antoine Emaz
En poésie comme dans la vie courante, je supporte mal le mépris et la vanité. Par contre (cf. Reverdy) je comprends bien l’orgueil ; c’est lui qui nous fait tenir debout, au bout. Mais ce doit être un orgueil pour soi, un orgueil à usage interne contre ce qui nous écrase, non pour écraser l'autre.
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Par SamA, le 02/11/2010
Antoine Emaz
Ce monde est sale de bêtise, d'injustice et de violence; à mon avis, le poète ne doit pas répondre par une salve de rêves ou un enchantement de langue; il n'y a pas à oublier, fuir ou se divertir. Il faut être avec ceux qui se taisent ou qui sont réduits au silence. J'écris donc à partir de ce qui reste vivant dans la défaite et le futur comme fermé.
Revue Scherzo 12/13 consacrée à Antoine Emaz
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Par brigetoun, le 14/10/2010
Cambouis de
Antoine Emaz
Montée lente du jour. Pas de vent ; tout le jardin encore humide de la pluie de nuit. Bruit de la mer. Calme froid. L’écureuil se ballade sur le grand platane roux, en face, puis s’installe sur le pin. Ne pas savoir par quel bout prendre ce silence. Il s’installe sans peser. Un calme, une attente douce, on ne sait de quoi. Le temps perle ; on est là, sans penser, sans appuyer d’une quelconque façon sur le dehors. On est au monde, il est frais du matin, point.
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Par brigetoun, le 12/01/2012
Cuisine de
Antoine Emaz
Epuisement des sols. Les émotions sont là, mais elles restent muettes, comme confuses, hors de portée de langue. Pas du tout l'angoisse de la page blanche, mais la langue tourne désespérément à sa vitesse normale.
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Par brigetoun, le 12/01/2012
Cuisine de
Antoine Emaz
Ce midi, une courte archive sur Claude Simon : il décrit d’une phrase brève le paquet de Gauloises posé sur la table. Puis il reprend chaque mot employé : « rectangulaire », « bleu », « casque », « gauloises »… en donnant à chaque fois les associations/connotations/évocations que le mot lève chez l’auteur ou le lecteur. C’est à la fois souligner la dignité littéraire possible d’un objet usuel et montrer l’épaisseur de la langue sitôt qu’on entre en littérature.
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Par brigetoun, le 12/01/2012
Cuisine de
Antoine Emaz
Sûr : le poème ne vient pas de la pensée. Il peut contenir de la pensée, dans ce qu’il charrie, mais il n’est pas de cet ordre. La pensée utilise comme des briques de mots, des Lego de langue qu’elle assemble pour se construire. Le poème fige la langue dans le temps où il passe, une traînée de fumée, un coagulé de vie-langue. Ce n’est pas du même ordre, cela ne relève pas du même mode de création.
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Par brigetoun, le 12/01/2012
Cuisine de
Antoine Emaz
Il y a un point dans la fatigue, et c’est pour cela que cet état continue de m’intéresser, où tout devient indifférent. Une forme particulière d’ataraxie. Mais cela peut libérer des neurones bloqués depuis long qui se mettent à gigoter et transmettre des messages moins contrôlés mais plus vrais, au fond. La fatigue, c’est une lente mise en mouvement de la vase de tête.
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Par brigetoun, le 12/01/2012
Cuisine de
Antoine Emaz
Plaisir à voir les acacias en fleurs. Odeur. D’ordinaire, je ne vois pas cette phase, mais avec leur retard cette année, je la découvre. Grappes blanches finalement assez proches de celles de la glycine dans leur balancement suspendu. Mais une sorte de diffusion de l’acacia dans l’espace alors que la glycine, taillée, fleurit où elle doit.
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Par brigetoun, le 14/10/2010
Cambouis de
Antoine Emaz
Parvenir à une musique pauvre, presque plus une musique, presque seulement du son fermé – et tenir là, comme imprenable.
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Par brigetoun, le 13/10/2010
Cambouis de
Antoine Emaz
Reste commun un brusque défaut de langue. Le poème répond à cela ; sa charge est fondamentalement positive ; il est reconquête, non pas défaite de langue. Même s’il fêle ou casse la langue fausse, défaillante, c’est pour recomposer autrement l’outil et reprendre pied, ou prise, même illusoirement, même momentanément.