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Par Malaura, le 07/04/2012
Alto solo de
Antoine Volodine
Il regarde par la fenêtre.
En fait, ce n’est pas une fenêtre, mais l’ouverture d’une caverne où habitent des oiseaux.
Dehors, tout est à pic, tout est bleu : nuages bleus, soleil bleu, abîmes bleus. Quand il se penche, il aperçoit des volcans, des lacs, des coulées de lave, des montagnes que couronne une neige d’azur. La brise est légère, tiède, embaume. Il se penche un peu plus à la lisière du précipice. Les étendues d’herbe scintillent, les oiseaux planent, traversent le ciel, plumes frémissantes.
Il sait que, malgré son aile blessée, il pourra voler.
Il écoute la musique.
Il écoute le murmure de Tchaki Estherkhan qui chante autour de lui et, quand il s’élance, il la voit.
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Par Malaura, le 09/04/2012
Alto solo de
Antoine Volodine
Lorsque le monde lui déplaît sous tous ses angles, l’écrivain, sur le papier, métamorphose le tissu de la vérité. Il ne se contente pas dénoncer, sur un ton d’amertume dépitée, ce qui l’entoure. Il ne reproduit pas trait pour trait l’élémentaire brutalité, l’animale tragédie à quoi se réduit le destin des hommes.
Au lieu de cela, il choisit, de la vie réelle, les brins les plus ténus, ombres et harmoniques, et à ses souvenirs il les entremêle à des visions qu’il a eues pendant son sommeil et qu’il chérit, à son passé il les entrelace, aux impatiences, aux erreurs, aux croyances déçues de son enfance.
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Par Malaura, le 08/04/2012
Alto solo de
Antoine Volodine
Ils sont trois, cinq cents, mille, ils sont légion, des millions.
Leur nombre s’explique par des facteurs économiques et sociaux, mais il faut avoir le courage de compléter l’explication en disant que quelque chose d’instinctif, inscrit sans doute dans le patrimoine génétique de l’espèce, pousse les grandes masses humaines à cautionner ce qui promet la désolation et le carnage.
Un élan mystérieux anime collectivement les esprits et les dévoie vers le pire. Il suffit qu’aux opinions publiques on désigne un ennemi hors des frontières pour qu’en une nuit, elles se bellicisent et fassent bloc autour de nos soldats ; pour qu’après une seule journée d’orchestration du mensonge, elles plébiscitent les bombardements, réclament à n’importe quel prix la victoire ; goulûment elles s’abreuvent à la propagande martiale.
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Par nadejda, le 23/05/2012
Ecrivains de
Antoine Volodine
Elle aime s’adosser au mur en imaginant qu’elle traverse le mur, qu’elle est dépeignée par le vent, qu’elle est sous le ciel mouvant de la steppe, au milieu des herbes mouvantes, et qu’elle parle plus fort que les souffles, qu’elle dit le monde. p 28
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Par nadejda, le 24/05/2012
Ecrivains de
Antoine Volodine
... il se rappelle les fils de la Vierge, des filaments ondulants, des cheveux d’une finesse extrême qu’on ne voyait pas à contre-jour, mais dont la blancheur argentée se détachait avec une grande netteté quand il volaient devant le feuillage des arbres de la cour, quand ils volaient lentement devant les marronniers et les tilleuls, il se rappelle que pendant un instant il avait failli se laisser distraire par cette texture soyeuse de l’air du dehors, par cette pluie miraculeuse, car, tout en brûlant d’une excitation violente qui lui ordonnait de négliger toute autre activité mentale que l’écriture, il conservait un intérêt pour les choses étranges du monde, pour les phénomènes surnaturels contre quoi l’assurance des adultes vacillait, et l’apparition automnale des fils de la Vierge était de ceux-là... p 46
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Par EMOTION, le 01/03/2012
Danse avec Nathan Golshem de
Antoine Volodine
L'avenir. Il n'est rien. Vous ignorerez à jamais ce qu'il peut vous apporter. Ses promesses sont vaines. De purs fantasmes. Concrètement, personne ne peut dire ce que l'avenir représente. Personne n'en est jamais revenu, personne n'a jamais pu fournir un témoignage dessus. N'encombrez pas votre esprit d'hypothèses et de spéculations fragiles sur l'avenir. Qu'il soit immédiat ou lointain. N'encombrez pas votre esprit avec cela. Ça ne mène à rien.
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Par brigetoun, le 11/11/2009
Des Anges Mineurs de
Antoine Volodine
Les humains étaient à présent des particules raréfiées qui ne se heurtaient guère. Ils tâtonnaient sans conviction dans leur crépuscule, incapables de faire le tri entre leur propre malheur individuel et le naufrage de la collectivité, comme moi ne voyant plus la différence entre réel et imaginaire, confondant les maux dus aux séquelles de l'antique système capitaliste et les dérives causées par le non-fonctionnement du système non capitaliste
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Par Gusseuh, le 01/07/2010
Les aigles puent de
Antoine Volodine
Nous sommes des sacs.
À l"intérieur sont entassés tant bien que mal des machines molles qui nous organisent. Cette machinerie nous autorise à bouger, à cligner des paupières ou à marcher, elle s'arrange pour qu'à aucun moment nous n'oubliions de respirer, elle nous permet de reprendre conscience après le sommeil, et elle nous oblige à persister coûte que coûte et quelles que soient les circonstances, même si les circonstances sont ignoblement insupportables. Elle nous oblige à persister coûte que coûte jusqu'à ce que sonne l'heure de la mort.
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Par Prigent, le 02/06/2010
Rituel du mépris de
Antoine Volodine
On ne sait jamais, ce salaud, à quelle race il appartient. Plutôt il a vogué de race en race comme une goule, et ensuite il s'est fixé, il s'est trop bien fixé à la race des saloperies ambulantes. Pourquoi il a été choisi pour l'expédition, va savoir. Le charognard traître par excellence. Un vrai Wolguelam pure souche c'est tout dire. On lui demandait pas de venir, surtout si c'était pour son propre compte. Du côté des steppes jaunes il était né, à courir en sale solitaire. Ca lui a donné les idées et la pratique, tout ce qui est interdit en magie et la haine de la famille qui était aussi un autre tabou. Une haleine wolguelam sous une apparence feuhl. Ca vous refuse de paraître aux festins tribaux, monsieur enverra son sang par porteur spécial. Une grande giclée de sang, va savoir s'il en a mâché ne serait-ce qu'une goutte. Une pinte de sang facile à obtenir, à condition d'avoir eu des clients dans la semaine. Avec ses frères tout pareil, pas un scrupule. Tous ceux qui le gênaient, toux ceux qui voulaient le remettre sur le droit chemin, il les laissait derrière lui en cadavres. Soit parce qu'ils avaient été trop insistants avec lui, soit parce qu'il les avait entortillés au creux de ses sortilèges sur la vieillesse et le temps qui coule. D'un seul coup il les jetait dans ses miroirs et son goudron. pas beaucoup savaient en ressortir. Comme ça il a eu Golpiez. Les faibles d'abord. Il a eu Golpiez, il aura tous ceux qui comme lui réfléchissent trop au temps qui coule. Et lui, le genre à mâchouiller du tang-tang pour bien se différencier du reste du clan. A quoi on a pensé en l'emmenant sur Terre !
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Par brigetoun, le 11/11/2009
Des Anges Mineurs de
Antoine Volodine
Un héron blanc longea la berge en direction de l'aval et disparut, le ciel ne rougeoyait plus du côté de la bananeraie, déjà une brume bleuâtre enfumait la courbe du fleuve, les cigales.