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Par ChezLo, le 13/11/2010
Les oreilles du loup de
Antonio Ungar
Je pleure, et quand je n'ai plus de larmes, je me retourne et je vois que papa est beaucoup plus fatigué que le véritable, qu'il est plus vieux. Je voudrais que papa soit là, mon papa, le véritable, pas ce vieux type défait. Alors le vieux type, l'air très sérieux, comme si tous les muscles de son visages étaient douloureux à force de sérieux, se met aussi à pleurer en essayant de continuer à conduire et de me cacher ses grandes larmes transparentes.
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Les oreilles du loup de
Antonio Ungar
Il pose mal la question. Il dit: Comment c'était dans la jungle, cher monsieur? Avez-vous chassé beaucoup de jaguars? Et il veut me caresser les cheveux. Je laisse sa grande main frôler mon visage, se poser sur mon cou, et l'air très sérieux je le regarde dans les yeux sans dire un suel mot (je ne suis pas un monsieur, moi, je suis beaucoup plus). Tu as sept ans, mon garçon, dit-il, mais tu as l'air d'un homme maintenant. Je continue à le fixer, l'air sérieux, sans bouger (je ne chasse pas les jaguars, moi; les jaguars dorment avec moi, à mes pieds). Et lorque grand-père rit, gêné par tant de sérieux et tant de silence, et qu'il se dispose à enlever sa main, je m'apitoie. Ce n'est qu'un adulte. Je dis: Oui, beaucoup de jaguars, grand-père, et je nettoie l'air entre nous avec le meilleur de mes sourires. p. 117
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Les oreilles du loup de
Antonio Ungar
Plus tard, en fin d’après-midi, papa me laisse m’asseoir devant. Je suis le petit homme, dit-il, et il met une musique qui me donne la chair de poule, me noue la gorge pendant qu’il m’explique. Ce qu’est un accordéon, une grosse caisse, une guacharaca, et alors je me mets à pleurer, seul, en regardant à travers ma fenêtre, très raide. Sans savoir pourquoi, comme si les accordéons dans ma tête étaient des bêtes vivantes.
Je pleure, et quand je n’ai plus de larmes, je me retourne et je vois que papa est beaucoup plus fatigué que le véritable, qu’il est plus vieux. Je voudrais que papa soit là, mon papa, le véritable, pas ce vieux type défait. Alors le vieux type, l’air très sérieux, comme si tous les muscles de son visage étaient douloureux à force de sérieux, se met aussi à pleurer, tout en essayant de continuer à conduire et de me cacher ses grandes larmes transparentes.
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Les oreilles du loup de
Antonio Ungar
(Avant de sombrer exténué, avant de m'endormir sur le plateau métallique du camion, aux pieds de maman, je comprends que nous pouvons être heureux. Malgré tout ce qui est arrivé. Malgré le fantôme de papa qui rôde dans la savane. Heureux. Le noyau dur de la bande. Les survivants. Maman, brune, verticale, intouchable, qui chante à la nuit, riant mais toujours prête à tout faire pour nous, ses enfants. Ma soeur, complète, redevenue chat, comme le chat qu'elle avait été auparavant, mais à présent un chat sauvage, un chat de montagne maigre, électrique et trempé, les griffes cachées, qui regarde les étudiants sans cesser de rire. Moi, allongé par terre, riant aussi, les poumons plus grands et les mains plus ouvertes, ouvert en entier à la pluie. Comme un tigre nouveau, vivant, heureux.) pp. 91-92
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Par Malice, le 04/08/2009
Les oreilles du loup de
Antonio Ungar
la liberté, qui m'étouffe de surprise, de joie, dépasse mon corps qui ne mesure pas plus d'un mètre mais sait déjà ce qu'est être un tigre et un tigre de papier et un pauvre petit chien , mon corps lui aussi demande à être un grand oiseau sur ces montagnes, un faucon ou un condor ou au moins un vautour noir qui tournoie au-dessus de ma tête, un vautour qu'accompagnent d'autres vautours
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Les oreilles du loup de
Antonio Ungar
Maman est de plus en plus penchée sur son seau d’ordures, là-bas, au-dedans, comme au cours du dernier jour à la campagne. Plus silencieuse, plus défaite, les épaules plus maigres découpées contre la lumière du crépuscule.