-
Par lanard, le 30/07/2010
Il est difficile d'être un dieu de
Arcadi Strougatski
La cité dormait ou faisait semblant. Les habitants se rendaient-ils compte que chose d’effroyable se préparait cette nuit ? Ou bien pensaient-ils, comme le gentilhomme de grand esprit, qu’on allait fêter la Saint-Mika ? Deux cent mille homme et femmes, deux cent mille forgerons, armuriers, bouchers, merciers, joailliers, bourgeoises, prostituées, moines, changeurs, soldats, vagabonds, lettrés rescapés se retrouvaient dans leur lits étouffants qui sentaient la punaise, dormaient, s’aimaient, supputaient leur bénéfices, pleuraient, grinçaient des dents de colère ou d’humiliation… Deux cent mille personne. Il y avait en elles quelque chose de commun pour un envoyé de la Terre ; presque tous sans exception n’étaient pas encore des hommes au sens actuel du mot, mais de la matière brute, gueuse, que seuls des siècles d’Histoire sanglante transformeraient en hommes fiers et libres. Ils étaient passifs, cupides et invraisemblablement, fantastique égoïstes. Psychologiquement, ils étaient presque tous des esclaves : esclaves d’une fois, de leur semblables, de leurs passions mesquines, esclaves d’un foi, de leurs semblables, de leurs passions mesquines, esclaves de leur cupidité, et si par la volonté du destin, quelqu’un d’entre eux naissait ou devenait un maître, il ne savait que faire de sa liberté, s’empressait de se faire l’esclave de sa richesse, de choses superflues, d’amis débauchés, esclave de ses esclaves. L’énorme majorité d’entre eux n’était en rien coupable. Ils étaient trop passifs, trop ignorants. L’esclavage prenait sa source dans leur passivité et leur ignorance, et celles-ci à leur tour engendraient l’esclavage. S’ils avaient tous été semblables, tout espoir aurait été vain, le courage aurait manqué pour se mettre à la tâche. Mais tous étaient des hommes, porteurs d’une étincelle de raison, et tantôt ici, tantôt là, s’allumaient en eux les petites lueurs d’un avenir incroyablement éloigné mais proche. S’allumaient envers et contre tout. En dépit de leur apparenter inutilité. En dépit de l’oppression. Bien que personne ne souciât de ces hommes. Bien que dans le meilleur des cas ils pussent compter sur une pitié méprisante et étonnée…
Ils ne savaient pas que l’avenir était avec eux, que l’avenir, sans eux, était impossible. Ils ne savaient pas que dans ce monde de fantômes terrifiants, ils étaient l’unique réalité du social. Détruisez cette vitamine, la société se gangrène, c’est le début d’un scorbut social, les muscles faiblissent, la vue baisse, les dents tombent. Aucun Etat ne peut se développer sans culture, quand l'Etat n’est plus capable de pratiquer l’autocritique, il commence à encourager des tendances erronées, développer chez ses citoyens l’instinct de consommation et la présomption, pour finir, quand même, victime de voisins plus intelligents. Il est possible de persécuter longtemps les hommes de savoir, d’interdire les sciences, de détruire l’art, laisser le chemin libre à tout ce que détestent tellement les despotes et les ignorants obtus. Les hommes gris qui sont au pouvoir ont beau mépriser la science, ils ne peuvent rien contre l’objectivité historique, ils peuvent freiner mais non arrêter le mouvement. Craignant le savoir, ils finissent toujours par l’encourager dans l’espoir de se maintenir. Tôt ou tard, ils sont contrains d’autoriser les universités, les sociétés scientifique, de créer des centres de recherche, des observatoires, des laboratoires, de former des cadres, hommes de pensée et de savoir qui échappent à leur contrôle, qui ont une mentalité totalement différente, des besoins totalement différents. Ces hommes ne peuvent vivre, et encore moins travailler, dans une atmosphère de basse cupidité, d’autosatisfaction béate, de besoins strictement physiologiques. Il leur faut une autre atmosphère, de savoir universel, de tension créatrice, ils ont besoin d’écrivains, d’artistes, de musiciens. Les hommes gris sont obligés de céder sur ce point aussi. Ceux qui s’entêteront serons éliminés par des rivaux plus rusés, mais ceux qui cèdent, inévitablement et paradoxalement, creusent leur propre tombe. Car l’élévation du niveau culturel des peuples, dans tous les domaines, depuis les progrès des sciences naturelles jusqu’à l’amour de la musique, est mortelle pour les égoïstes incultes et les fanatiques… Puis vient une époque de gigantesques ébranlements sociaux, qu’accompagne un développement inouï de la science, et en corollaire, un très vaste phénomène d’intellectualisation de la société ; alors, la grisaille livre un dernier combat, dont la cruauté ramène l'Humanité au Moyen Age, elle subit une défaite, et dans une société, libre de toute oppression de classe, disparaît pour toujours en tant que force réelle.
pp. 140-141
> lire la suite
-
Par frankgth, le 09/10/2011
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
Dans un million d'années, l'instinct sera formé et nous ne commettrons plus ces erreurs qui représentent, probablement, une propriété inséparable de l'intellect. Et alors, si quelque chose change dans l'univers, nous deviendrons tranquillement une race en voie de disparition, de nouveau précisément parce que nous aurons perdu la faculté de commettre des erreurs, c'est à dire, d'essayer des variantes différentes, non prévues par un programme rigide.
-
Par lamantalo, le 26/03/2012
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
- Je vais vous le dire, prononça Valentin. Imaginez un pique-nique...
Nounane sursauta.
- Comment avez-vous dit ?
- Un pique-nique. Imaginez : une forêt, un chemin, une clairière. Une voiture passe du chemin dans la clairière, apparaissent des jeunes gens, des paniers à provisions, des jeunes filles, des transistors, des appareils photo et des caméras... On allume un feu, on dresse des tentes, on branche la musique. Et le lendemain matin, ils repartent. Les animaux, les oiseaux et les insectes qui la nuit, épouvantés, avaient observé le cours des événements, sortent de leurs abris. Que voient-ils ? Sur l'herbe tachée d'huile traînent de vieilles bougies, un filtre à huile, des chiffons, des ampoules grillées, quelqu'un a laissé tomber une clé à molette... Les garde-boue ont laissé des saletés ramenées d'un marécage... et, évidemment, les traces du feu de bois, des morceaux de pommes, les papiers de bonbons, les boîtes de conserve, les bouteilles vides, un mouchoir, un couteau de poche, des journaux déchirés, de la petite monnaie, des fleurs fanées venues des autres clairières...
- J'ai compris. Un pique-nique au bord du chemin.
- Exactement. Un pique-nique au bord de je ne sais quel chemin cosmique. Et vous me demandez : reviendront-ils ou non ?
> lire la suite
-
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
soudain, une idée horrible le frappa : c’est l’invasion. Ni le pique-nique au bord du chemin, ni l’appel à établir un contact, non. Une invasion. Ils ne peuvent pas nous changer, nous, mais ils pénètrent les corps de nos enfants et en font leurs semblables.
-
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
Le fait même de la Visite est la découverte la plus importante non seulement de ces treize dernières années, mais de toute l’histoire de l’humanité. Il n’est pas tellement important de savoir qui étaient ces visiteurs. Il n’est pas important de savoir d’où ils sont venus, ni leur but, ni pourquoi ils sont restés si peu de temps, ni où ils sont passés après. Ce qui compte, c’est que, maintenant, l’humanité le sait avec certitude : elle n’est pas seule dans l’univers. J’ai peur que l’Institut des cultures extra-terrestres n’ait plus jamais une chance de faire une découverte aussi fondamentale.
-
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
« Tous ceux qui ont des contacts suffisamment longs avec la Zone, subissent des changements, aussi bien phénotypiques que génotypiques. Vous savez comment sont les enfants des stalkers, vous savez ce qui arrive aux stalkers eux-mêmes. Pourquoi ? Où est le facteur de la mutation ? Dans la Zone il n’y a aucune radiation. La structure chimique de l’air et du sol de la Zone, tout en possédant son côté spécifique, ne représente aucune menace de mutation. Que me reste-t-il à faire dans ces conditions ? Croire en la magie noire ? Au mauvais œil ?…
-
Par toto, le 06/11/2010
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
"Toi, gros lard, ça fait trois ans que tu es dans la ville, mais tu n'es pas allé une seule fois dans la Zone. La "gelée de sorcière", tu ne l'as vue qu'au cinéma, parce que si tu l'avais vue ne serait-ce qu'une fois au naturel et ce qu'elle fait d'un homme - tu ferais das ta culotte sur-le-champ. Ça, mon vieux, c'est un truc horrible. On ne peut pas le sortir de la Zone.... tu le sais : les stalkers sont des gens rudes, ils n'ont besoin que de dollars et le maximum, mais même feu Mollusque n'aurait pas accepté de le faire."
-
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
Le vieux stalker était un homme sale, maussade qui, obstiné comme une bête, rampait sur le ventre dans la Zone, millimètre par millimètre, pour gagner de l’argent. Le nouveau stalker, c’est un dandy avec une cravate, un ingénieur, installé à un bon kilomètre de la Zone, cigarette entre les dents, verre de remontant près du coude, en train de surveiller des écrans. Un gentleman salarié.
-
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
Il était le dernier des vieux stalkers, de ceux qui avaient commencé la chasse aux trésors extra-terrestres aussitôt après la Visite, quand la Zone ne s’appelait pas encore la Zone, quand il n’y avait ni instituts, ni mur, ni forces de police de l’ONU, quand la ville était paralysée d’horreur, tandis que le reste du monde ricanait du dernier canular des journalistes.
-
Stalker : Pique-nique au bord du chemin de
Arcadi Strougatski
L’intelligence est la faculté d’utiliser les forces du monde qui nous entoure sans le détruire.