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Par caravelle, le 14/10/2010
Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
Le soleil se couche.
Les armes se réveillent.
Ce soir encore on détruit.
Ce soir encore on tue.
Le matin.
Il pleut.
Il pleut sur la ville et ses ruines.
Il pleut sur les corps et leurs plaies.
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Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
Une mouche s'invite dans l'ambiance muette de la pièce. Elle se pose sur le front de l'homme. Hésitante. Incertaine. Elle erre sur ses rides, lèche sa peau sans goût.
Elle descend dans le coin de son oeil. Toujours hésitante. Toujours incertaine. Elle goûte le blanc de l'oeil puis se retire.Rien ne la chasse. Elle continue son chemin, se perd dans la barbe, grimpe sur le nez. S'envole. Explore le corps. Revient. Se pose de nouveau sur le visage. S'agrippe au tube enfoui dans cette bouche entrouverte. Elle le lèche, le longe jusqu'à la commissure des lèvres. Pas de bave.Pas de goût. Elle s'avance, pénètre dans la bouche. Et s'y engouffre.
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Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
"Maintenant, c'est ton corps qui te juge. Il juge ton âme. C'est pourquoi tu ne souffres pas dans ton corps. Parce que tu souffres dans ton âme. Cette âme suspendue qui voit tout, qui entend tout, et qui ne peut rien faire, qui ne contrôle même plus ton corps.
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Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
Je n'ai jamais compris pourquoi chez vous, les hommes, la fierté était tant liée au sang.
Sa main se lève encore dans les airs. Ses doigts bougent. On dirait qu'elle fait signe à quelqu'un d'invisible de s'approcher.
Mais tu te rappelles qu'un soir; c'était au début de notre vie commune, tu étais rentré tard. Ivre mort. Tu avais fumé. Je m'était endormie. Sans me dire un mot, tu as baissé ton pantalon. Je me suis réveillée. Mais j'ai fait semblant de dormir profondément. Tu m'as...pénétrée... Tu as eu tout le plaisir du monde... mais lorsque tu t'es levé pour te laver, tu as aperçu du sang sur ta queue! Furieux tu es revenu et tu m'as battue au beau milieu de la nuit, juste parce que je t'avais pas averti que j'avais mes règles. Je t'avais sali! ricana-t-elle. J'avais fait de toi un impur!
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Par sylvie, le 06/02/2009
Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
Je ne sais pas ce qui m'arrive. Mes forces défaillent de jour en jour. Comme ma foi. Tu dois me comprendre." Elle le caresse. "J'espère que tu arrives à penser, à entendre, à voir... me voir, m'entendre..." Elle s'adosse au mur, et laisse passer un long moment-peut-être une dizaine de tours de chapelet, comme si elle l'égrenait encore au rythme des souffles de l'homme-, le temps de réfléchir, de partir dans les recoins de sa vie, et puis de revenir avec des souvenirs : "Tu ne m'as jamais écoutée, tu ne m'as jamais entendue ! Nous n'avons jamais parlé de tout cela
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Par Neigeline, le 19/11/2009
Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
C'est ça que l'on appelle le mystère, ma petite. Toute fin est possible, mais savoir celle qui est bonne et juste... c'est là où réside le mystère. (...)
Pour avoir une fin heureuse, cette histoire, ma fille, comme dans la vie, exige un sacrifice. Autrement dit, le malheur de quelqu'un. N'oublie jamais : chaque bonheur engendre deux malheurs. (...) Malheureusement ou heureusement, tout le monde ne peut pas accéder au bonheur, que ce soit dans la vie ou dans une histoire. Le bonheur des uns engendre du malheur chez les autres. C'est triste mais c'est ainsi. Dans ce conte, il te faut donc malheur ou sacrifice pour que tu parviennes à une fin heureuse. Mais ton amour de toi-même, et l'amour que tu portes à tes proches, t'empêchent d'y réfléchir. Cette histoire exige un meurtre. Le meurtre de qui ? (...)
Alors; il n'y a aucune fin heureuse ! Il m'a dit : Si. Mais, comme je te l'ai dit, à condition de se résigner à un sacrifice et de renoncer à trois choses : l'amour de soi, la loi du père et la morale de la mère.
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Par soleil23, le 22/03/2012
Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse. Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.L'auteur :Atiq Rahimi est né en 1962 à Kaboul (Afghanistan), il vit et travaille aujourd'hui à Paris. Il a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul puis à l'université (section littérature). En 1984, il quitte l'Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre.
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Par wictoria, le 05/01/2009
Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
Elle s'approche encore du rideau, déplace légèrement les matelas qui dissimulent la cachette. Elle regarde son homme droit dans les yeux vitreux, et dit : "J'espère quand même que tu arrives à saisir, à absorber tout ce que je te dis, ma syngué sabour." Sa tête dépasse légèrement du rideau. "Peut-être que tu te demandes d'où je peux tenir tout cela ! Oh, ma syngué sabour, j'ai tant de choses à te dire encore..."
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Par mariech, le 09/07/2011
Maudit soit Dostoeïsvski de
Atiq Rahimi
Tu sais que si le péché existe , comme on dit , c'est parce que Dieu existe.
Oui , mais , aujourd'hui , j'ai l'impression que c'est l'inverse. Qu'Allah me pardonne! Si Il existe , ce n'est pas pour empêcher les péchés , mais pour les justifier.
Eh oui , hélas. Toujours nous nous servons de Lui , ou de l'Histoire , ou de la conscience , ou des idéologies ... pour justifier nos crimes , nos trahisons ,.. rares sont ceux qui , comme toi , ont commis un crime , puis en ont du remords.
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Par Chouchane, le 02/09/2010
Syngué Sabour : Pierre de patience de
Atiq Rahimi
La pierre t'écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate. […] Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines.