Ils ne communiquaient plus que par e-mail ou par texto. L'assouvissement instantané du plaisir d'échanger que procure la communication moderne tuait la magie qui avait existé entre eux. Leur relation est de celles qui s'épanouissent dans l'adversité ; dans l'adversité qui prévalait en Corée du Nord. Les émotions paraissent plus fortes lorsqu'elles sont transmises griffonnées sur un précieux petit bout de papier avant d'être convoyées dans des trains asthmatiques à court de diesel.
C'est un phénomène nord-coréen noté par de nombreux observateurs. Puisqu'il n'y a plus de chaises ou de bancs, les habitants restent accroupis pendant des heures, le long des routes, dans les parcs, au marché. Ils regardent droit devant eux comme s'ils attendaient quelque chose : un tramway, peut-être ou une voiture ? Un ami ou un parent ? Peut-être n'attendent-ils plus rien en particulier. Ou seulement l'espoir d'un changement.