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Sallinger de
Bernard-Marie Koltès
en général plus une chose à dire est importante, essentielle, plus elle est impossible à dire : c'est à dire: plus on a besoin de parler d'autre chose pour se faire comprendre par d'autres moyens que les mots qui ne suffisent plus.
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Par Nemee, le 16/05/2013
Roberto zucco, suivi de tabataba - coco (nlle ed.) de
Bernard-Marie Koltès
Il t'est arrivé une petite histoire de gamine, tu as rencontré un garçon, il a été idiot comme tous les garçons, il a été maladroit, il t'a brusquée ? Je connais cela, mon pinson, j'ai été une gamine, j'ai été à des fêtes où les garçons sont des imbéciles. Même si tu t'es fait embrasser, qu'est-ce que cela peut faire ? Tu te feras encore mille fois embrasser par des imbéciles, que tu en aies envie ou pas ; et tu te feras mettre la main aux fesses, ma pauvre, que tu le veuilles ou non. Parce que les garçons sont des imbéciles et tout ce qu'ils savent faire, c'est de mettre la main aux fesses des gamines. Ils adorent cela. Je ne sais pas quel plaisir ils y trouvent ; je crois bien, d'ailleurs, qu'ils n'y trouvent aucun plaisir. C'est dans leur tradition. Ils n'y peuvent rien. Ils sont fabriqués avec de l’imbécillité.
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Roberto zucco, suivi de tabataba - coco (nlle ed.) de
Bernard-Marie Koltès
La Gamine. - Je t'ai cherché, Roberto, je t'ai cherché, je t'ai trahit, j'ai pleuré, pleuré, au point que je suis devenueune toute petite île au milieu de la mer et que les dernières vagues sont en train de me noyer. J'ai souffert, tellement, que ma souffrance pourrait remplir les gouffres de la terre et déborder des volcans. Je veux rester avec toi, Roberto; je veux surveiller chaque battement de ton coeur, chaque souffle de ta poitrine; l'oreille collée contre toi j'entendrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protégerai de la rouille. Tu seras aussi mon agent et mon secret à moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur et ton amour.
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Par petitours, le 02/12/2008
Dans la solitude des champs de coton de
Bernard-Marie Koltès
Si un chien rencontre un chat – par hasard, ou tout simplement par probabilité, parce qu'il y a tant de chiens et de chats sur un même territoire qu'ils ne peuvent pas, à la fin, ne pas se croiser ; si deux hommes, deux espèces contraires, sans histoire commune, sans langage familier, se trouvent par fatalité face à face – non pas dans la foule ni en pleine lumière, car la foule et la lumière dissimulent les visages et les natures, mais sur un terrain neutre et désert, plat, silencieux, où l'on se voit de loin, où l'on s'entend marcher, un lieu qui interdit l'indifférence, ou le détour, ou la fuite ; lorsqu'ils s'arrêtent l'un en face de l'autre, il n'existe rien d'autre entre eux que de l'hostilité – qui n'est pas un sentiment, mais un acte, un acte d'ennemis, un acte de guerre sans motif
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Par Tallula, le 06/05/2013
Récits morts - Un rêve égaré de
Bernard-Marie Koltès
Nous ne nous quitterons plus ; nous ne nous lâcherons plus. Dix ans, vingt ans, trente ans, que je veux passer à toucher le plus de toi ; je ne veux pas cesser de te toucher, de te tenir. Heure après heure, trente ans d'heures après heures, quarante ans à t'embrasser, à me remplir de toi. Nos oreilles se rempliront ; et bouchées, les tiennes par moi, les miennes par toi ; nous n'entendrons plus rien des menaces qui viennent et repartent, et sont toujours prêtes à revenir encore plus fortes et grossies. Nous serons épuisés l'un par l'autre ; je t'épuiserai jusqu'à une fatigue mortelle, ou je m'épuiserai moi-même. Nous n'entendrons plus rien que le bruit de notre fatigue l'un l'autre ; plus que la résonance des bruits de nos corps dans la profondeur de nos abîmes mêlés ! Car nous aurons mangé dans les mêmes couverts, cinquante ans, soixante ans ; et bu dans le même verre, quatre vingts et dix ans ; et nos chaises percées elles-mêmes auront voisiné au fond d'un seul réduit, cent ans, cent ans ; un seul réduit pour nous deux, épuisés ; épuisé, épuisé, je sombre !
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Roberto zucco, suivi de tabataba - coco (nlle ed.) de
Bernard-Marie Koltès
La gamine rejoint Zucco caché sous la table.
La Gamine. - Toi, mon vieux, tu m'as pris mon pucelage, tu vas le garder. Maintenant il n'y aura personne d'autre qui pourra me le prendre. Tu l'as jusqu'à la fin de tes jours, tu l'auras même quand tu m'auras oublié ou que tu seras mort. Tu es marqué par moi comme par une cicatrice après une bagarre. Moi, je ne risque pas d'oublier, puisque je n'en ai pas d'autre à donner à personne; c'est fini, c'est fait, jusqu'à la fin de ma vie. C'est donné et c'est toi qui l'a.
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Dans la solitude des champs de coton de
Bernard-Marie Koltès
"Alors ne me refusez pas de me dire l'objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire ; et, s'il s'agit de ne point blesser votre dignité, eh bien, dites-la comme on la dit à un arbre, ou face au mur d'une prison, ou dans la solitude d'un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit ; de me la dire sans même me regarder. Car la vraie seule cruauté de cette heure du crépuscule où nous nous tenons tous les deux n'est pas qu'un homme blesse l'autre, ou le mutile, ou le torture, ou lui arrache les membres et la tête, ou même le fasse pleurer ; la vraie et terrible cruauté est celle de l'homme ou l'animal inachevé, qui l'interrompt comme des points de suspension au milieu d'une phrase, qui se détourne de lui après l'avoir regardé, qui fait, de l'animal ou de l'homme, une erreur du regard, une erreur du jugement, une erreur, comme une lettre qu'on a commencée et qu'on froisse brutalement juste après avoir écrit la date."
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Par marina53, le 29/06/2012
Roberto Zucco. Tabataba. de
Bernard-Marie Koltès
Je veux surveiller chaque battement de ton cœur, chaque souffle de ta poitrine; l'oreille collée contre toi j'entendrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protégerai de la rouille. Tu seras aussi mon agent et mon secret à moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur et ton amour.
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Par Tallula, le 06/05/2013
Récits morts - Un rêve égaré de
Bernard-Marie Koltès
Autrefois je regardais le ciel, fixement ; je lançais mon regard, le plus loin possible, plus loin, et encore plus loin dans le ciel, jusqu'à en avoir peur, jusqu'à me sentir me vider et mourir, et seules les larmes arrachaient mon regard à la profondeur du ciel et m'empêchaient de me vider tout à fait.
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Par Tallula, le 06/05/2013
Récits morts - Un rêve égaré de
Bernard-Marie Koltès
Je dis : laissez les choses se faire, regardez comme elles se font, et apprenez à en jouir. Et l'on sait bien cela : il n'y a plus alors ni santé ni maladie, ni espoir ni désespoir, mais un bien grand plaisir dans toutes choses à guetter, contrôler, et gagner.