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Par petitours, le 02/12/2008
Dans la solitude des champs de coton de
Bernard-Marie Koltès
Si un chien rencontre un chat – par hasard, ou tout simplement par probabilité, parce qu'il y a tant de chiens et de chats sur un même territoire qu'ils ne peuvent pas, à la fin, ne pas se croiser ; si deux hommes, deux espèces contraires, sans histoire commune, sans langage familier, se trouvent par fatalité face à face – non pas dans la foule ni en pleine lumière, car la foule et la lumière dissimulent les visages et les natures, mais sur un terrain neutre et désert, plat, silencieux, où l'on se voit de loin, où l'on s'entend marcher, un lieu qui interdit l'indifférence, ou le détour, ou la fuite ; lorsqu'ils s'arrêtent l'un en face de l'autre, il n'existe rien d'autre entre eux que de l'hostilité – qui n'est pas un sentiment, mais un acte, un acte d'ennemis, un acte de guerre sans motif
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Roberto zucco, suivi de tabataba - coco (nlle ed.) de
Bernard-Marie Koltès
La Gamine. - Je t'ai cherché, Roberto, je t'ai cherché, je t'ai trahit, j'ai pleuré, pleuré, au point que je suis devenueune toute petite île au milieu de la mer et que les dernières vagues sont en train de me noyer. J'ai souffert, tellement, que ma souffrance pourrait remplir les gouffres de la terre et déborder des volcans. Je veux rester avec toi, Roberto; je veux surveiller chaque battement de ton coeur, chaque souffle de ta poitrine; l'oreille collée contre toi j'entendrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protégerai de la rouille. Tu seras aussi mon agent et mon secret à moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur et ton amour.
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Roberto zucco, suivi de tabataba - coco (nlle ed.) de
Bernard-Marie Koltès
La gamine rejoint Zucco caché sous la table.
La Gamine. - Toi, mon vieux, tu m'as pris mon pucelage, tu vas le garder. Maintenant il n'y aura personne d'autre qui pourra me le prendre. Tu l'as jusqu'à la fin de tes jours, tu l'auras même quand tu m'auras oublié ou que tu seras mort. Tu es marqué par moi comme par une cicatrice après une bagarre. Moi, je ne risque pas d'oublier, puisque je n'en ai pas d'autre à donner à personne; c'est fini, c'est fait, jusqu'à la fin de ma vie. C'est donné et c'est toi qui l'a.
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Par brigetoun, le 13/08/2011
Lettres de
Bernard-Marie Koltès
En fait, les personnes et les personnages m'apparaissent d'une toute autre manière. L'ensemble d'un individu et l'ensemble des individus me semblent tout constitués par différentes « puissances » qui s'affrontent ou se marient, et d'une part l'équilibre d'un individu, d'autre part les relations entre personnes sont constitués par les rapports entre ces puissances. Dans une personne, ou dans un personnage, c'est un peu comme si une force venant du dessus pesait sur une force venant du sol, le personnage se débattant entre deux, tantôt submergé par l'une, tantôt submergé par l'autre. On a donné parfois à l'une le nom de Destin, mais cela me paraît trop schématique – et trop facile ! Dans les rapports entre les personnes, c'est un peu comme deux bateaux posés chacun sur deux mers en tempête, et qui sont projetés l'un contre l'autre, le choc dépassant de loin la puissance des moteurs. Bien au delà d'un caractère psychologique petit, changeant, informe, il me semble y avoir dans chaque être cet affrontement, ce poids plus ou moins lourd, qui modèle avec force et inévitablement une matière première fragile
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Par Cathie, le 26/10/2011
Roberto zucco, suivi de tabataba - coco (nlle ed.) de
Bernard-Marie Koltès
J'ai toujours pensé que la meilleure manière de vivre tranquille était d'être aussi transparent qu'une vitre, comme un caméléon sur la pierre, passer à travers les murs, n'avoir ni couleur ni odeur ; que le regard des gens vous traverse et voie les gens derrière vous, comme si vous n'étiez pas là. C'est une rude tâche d'être transparent ; c'est un métier ; c'est un ancien, très ancien rêve d'être invisible.
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Par brigetoun, le 13/08/2011
Lettres de
Bernard-Marie Koltès
Pour en revenir à mon personnage, la question est de savoir s’il a d’autres moyens que celui-là d’avoir un rapport d’amour avec les autres ; pendant toute la durée du texte, précisément, il explique pourquoi tous les autres moyens lui ont été ôtés ; il y a un degré de misère (sociale ou morale, ou tout ce que tu veux) où le langage ne sert plus à rien, où la faculté de s’expliquer par les mots (qui est un luxe donné aux riches par l’éducation, et voilà le fond de la question) n’existe plus. Or, (crois-moi sur parole) il y a parfois un degré de connaissance, de tendresse, d’amour, de compréhension, de solidarité, etc. qui est atteint en une nuit, entre deux inconnus, supérieur à celui que parfois deux êtres en une vie ne peuvent atteindre ; ce mystère là mérite bien qu’on ne méprise aucun moyen d’expression dont on est témoin, mais que l’on passe au contraire son temps à tenter de les comprendre tous, pour ne pas risquer de passer à côté de choses essentielles. »
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Par brigetoun, le 13/08/2011
Lettres de
Bernard-Marie Koltès
Le Guatemala commence à se mettre à l'heure nicaragayenne ; il y a des morts tous les jours, et, quand je viens de mon village où rien ne se passe, j'ai l'impression de tomber dans un autre monde. Aujourd'hui, comme les manifs font toujours quelques morts, les gens avaient décidé de protester en faisant, pendant cinq minutes, le plus de bruit possible. Alors, entre 7 h et 7 h 05, toutes les fenêtres de la ville étaient ouvertes, les mémères tapaient sur les casseroles, les mecs gueulaient des chansons, les voitures klaxonnaient, les filles piquaient des syncopes en poussant de grands cris, et les flics en perdaient la tête.
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Par brigetoun, le 13/08/2011
Lettres de
Bernard-Marie Koltès
Le Guatemala commence à se mettre à l'heure nicaragayenne ; il y a des morts tous les jours, et, quand je viens de mon village où rien ne se passe, j'ai l'impression de tomber dans un autre monde. Aujourd'hui, comme les manifs font toujours quelques morts, les gens avaient décidé de protester en faisant, pendant cinq minutes, le plus de bruit possible. Alors, entre 7 h et 7 h 05, toutes les fenêtres de la ville étaient ouvertes, les mémères tapaient sur les casseroles, les mecs gueulaient des chansons, les voitures klaxonnaient, les filles piquaient des syncopes en poussant de grands cris, et les flics en perdaient la tête.
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Par LaLo, le 10/03/2011
Quai ouest de
Bernard-Marie Koltès
Tu regarderais les autres, Charlie, en train de chercher quelqu'un pour les aimer, pour les aimer comme-ci comme-ça, une ici et une là, un peu et un petit peu et qui présentent la facture ; avec moi il n'y aurait pas de facture, ce serait une affaire réglée ; t'aurais besoin de rien, ni de le regarder, ni de me parler, ni de penser à moi, ni de m'aimer du tout, juste m'avoir sous la main ; et tu pourrais aimer, toi, qui tu voudrais et, toi, présenter la facture. Alors tu n'aurais plus, Charlie, qu'à profiter de tout et tu rigolerais en regardant les autres ; ce serait trop idiot, Charlie, de ne pas en profiter.
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Dans la solitude des champs de coton de
Bernard-Marie Koltès
Je ne suis pas là pour donner du plaisir, mais pour combler l'abîme du désir