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Par Sesheta, le 10/08/2009
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
En ce temps-là, pour compresser des livres, il aurait fallu presser des têtes humaines ; mais même cela n'aurait servi à rien, parce que les véritables pensées viennent de l'extérieur, elles sont là, posées près de vous comme une gamelle de nouilles, et tous les Konias, tous les inquisiteurs du monde brûlent vainement les livres : quand ces livres ont consigné quelque chose de valable, on entend encore leur rire silencieux au milieu des flammes, parce qu'un vrai livre renvoie toujours ailleurs, hors de lui-même.
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Par Sesheta, le 10/08/2009
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
Voilà trente-cinq ans que j'emballe des livres et du vieux papier et je vis dans un pays qui sait lire et écrire depuis quinze générations ; j'habite un ancien royaume où c'est depuis toujours l'usage et la folie de s'entasser patiemment dans la tête images et pensées porteuses de joies inexprimables et de douleurs plus fortes encore, je vis au milieu de gens prêts à donner jusqu'à leur vie pour un paquet d'idées bien ficelées.
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Par Sesheta, le 10/08/2009
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
C'est ainsi que, pendant trente-cinq ans, je me suis branché au monde qui m'entoure : car moi, lorsque je lis, je ne lis pas vraiment, je ramasse du bec une belle phrase et la suce comme un bonbon, je la sirote comme un petit verre de liqueur jusqu'à ce que l'idée se dissolve en moi comme l'alcool ; elle s'infiltre si lentement qu'elle n'imbibe pas seulement mon cerveau et mon cœur, elle pulse cahin-caha jusqu'aux racines de mes veines, jusqu'aux radicelles des capillaires.
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Par Sesheta, le 10/08/2009
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
Voilà trente-cinq ans que je presse des livres et du vieux papier, trente-cinq ans que, lentement, je m'encrasse de lettres, si bien que je ressemble aux encyclopédies dont pendant tout ce temps j'ai bien comprimé trois tonnes ; je suis une cruche pleine d'eau vive et d'eau morte, je n'ai qu'à me baisser un peu pour qu'un flot de belles pensées se mettes à couler de moi ; instruit malgré moi, je ne sais même pas distinguer les idées qui sont miennes de celles que j'ai lues.
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Par Sesheta, le 10/08/2009
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
J'avais déjà trouvé en moi la force de fixer froidement le malheur, d'étouffer mes émotions, je commençais alors à comprendre la beauté qu'il y a à détruire.
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Par Sesheta, le 10/08/2009
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
Ainsi, bien malgré moi, je suis devenu sage : je découvre maintenant que mon cerveau est fait d'idées travaillées à la presse mécanique, de paquets d'idées.
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Par Pasdel, le 31/10/2011
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
(...)car moi,lorsque je lis,je ne lis pas vraiment ,je ramasse du bec une belle phrase et je la suce comme un bonbon,je la sirote comme un petit verre de liqueur jusqu'à ce que l'idée se dissolve en moi comme l'alcool;elle s'infiltre si lentement qu'elle n'imbibe pas seulement mon cerveau et mon coeur,elle pulse cahin-caha jusqu'aux racines de mes veines,jusqu'aux radielles des capillaires. (page 9)
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Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
"Ainsi appuyé à la rampe en surveillant le travail de l'humanité, je vis entrer dans le soleil une institutrice accompagnée d'un groupe d'élèves. Il s'agissait sûrement d'une excursion scolaire, elle voulait montrer aux enfants le recyclage du vieux papier... Mais, à ma grande stupeur, la maîtresse prit un livre, réclama l'attention de ses pupilles et leur fit une démonstration en règle du processus d'étripage ; et à leur tour, l'un après l'autre, les enfants ramassèrent un livre, détachèrent soignement la couverture et entreprirent de la déchirer ; les livres se rebiffaient, essayaient bien de se défendre mais les petits doigts étaient les plus forts, les ouvriers les stimulaient du geste, les fronts innocents s'éclairaient tant le travail allait bon train..."
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Par Pasdel, le 31/10/2011
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
Cependant,tel le beau poisson qui scintille parfois dans le courant d'une rivière aux eaux sales et troubles à la sortie des usines,brille de temps en temps dans ce flot de vieux papiers le dos d'un volume précieux;ébloui,je regarde un moment ailleurs,puis je le repêche,je l'essuie à mon tablier,je l'ouvre,je hume le parfum de son texte,je concentre mon regard sur la première phrase et la lis telle une prédiction homérique,et ce n'est qu'après ça que je dépose le livre au sein de mes autres belles trouvailles,dans une caisse tapissée d'images saintes jetées par erreur dans ma cave avec des livres de prières. (page 14)
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Par Pasdel, le 11/11/2011
Une trop bruyante solitude de
Bohumil Hrabal
C'était toujours une fête pour moi,un grand moment quand dans la masse de vieux papier je repérais le dos,la couverture d'un livre rare;je ne le prenais pas immédiatement mais,attrapant un chiffon de flanelle,je nettoyais d'abord l'arbre de ma presse,je contrôlais mes forces en jetant un coup d’œil sur le tas de papier,et puis,ouvrant enfin le beau volume,je le sentais frémir entre mes doigts comme le bouquet d'une mariée aux pieds de l'autel. (page 80)