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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
Extrait
Là-bas, la terre a des couleurs d'écorce. Des milliers de pas blancs la foulent chaque jour. Ce sont les soques des geishas du quartier de Gion Kobu.
Au coeur du printemps, les bras des cerisiers vibrent doucement au rythme de la musique du vent.Ils sèment leurs pétales de soie aux pieds des promeneurs.
Un simple pont de bois aux jointures grinçantes enjambe une rivière. Les bambous assoiffés, trempent leurs racines emmêlées dans l'eau claire. Ils abritent une grande maison austère à la façade défraichie.
Courbé au sein des herbes folles, un homme entre deux âges, efflanqué, les doigts perclus d'arthrose, active le four avec du petit bois. Il vit de ses mains, mais elles le trahissent. Fatigué, il se penche vers le tas d'argile, y plonge religieusement les paumes et scelle chaque fissure du four à la barbotine. L'air s'emplit d'une senteur de résine. La chaleur monte enfin. Du revers de sa manche, il essuie son front emperlé de sueur. Du rebord de sa veste, il frotte les verres de ses lunettes fendus et embués. Un sourire furtif éclaire enfin son visage. Il est potier comme son père. Comme le père de son père. Il est potier depuis la nuit des temps.
Puis, il attend, assis en tailleur, dans l'allée du jardin à l'abandon où foisonnent les iris en fleurs. Il attend la fin de la cuisson des pièces enfournées. Tel un moine zen, il se réfugie dans son silence.
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
Extrait
"L'étoffe blanche enrobant ses épaules laisse entrevoir ça et là quelques parcelles de peau nue.Peau claire, signe de distinction. Peau délicate et parfumée.Elle joue de son éventail. Peau d'ange. L'ange gaine ses jambes de soie. Edo, la séductrice. Edo la femme enfant aux rêves futuristes prend des poses lascives. Son regard innocent ancré sur le passé semble plus lourd et me trouble plus que de raison.Impudique, elle soulève les pans de son kimono broché. Je sursaute, piqué à vif. Je me penche. Mon doigt effleure sa nuque élancée, frôle son cou de cygne. Je défais la large obi qui enserre sa taille. Mon visage s'approche, impatient. Son chignon complexe se déroule. Mèches folles, cheveux épars qui faseyent comme une immense voile sous les baisers froids du petit jour. Elle prend peur soudain. Elle se dérobe. Elle fuit et je crains la perdre.
-Je suis Tokyo me lance-t-elle haletante, laisse moi. Tu n'es qu'un voleur d'âme.
Elle court. Elle pleure. Elle cache son corps sous un rideau de pluie. Elle foule par inadvertance les pétales duveteux d'avril. Les yeux voilés de poussières d'étoiles, la chevelure piquée d'iris, elle enjambe les rives de la Sumida pour rejoindre l'ailleurs.
Tokyo cosmopolite, un peu Paris, un peu New York, se colore et se farde. Etrange patchwork! Ses quartiers s'imbriquent comme les pièces d'un puzzle. Ses tours pointent jusqu'à toucher le ciel du doigt pour partir sur orbite."
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
"En tout un chacun
Coule une source d'eau vive.
L'entends tu chanter?"
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
Le miel de l'enfance
Se butine au fil des jours.
Douceur du cocon.
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
Extrait
"Mère et moi vivions en parfaite harmonie.
Une simple minka au toit de chaume, comme un cocon tissé, nous enveloppait de son aura bienfaisante. Somme toute ordinaire, vue de l'extérieur, chacune de ses pièces s'ouvrait sur un patio central fleuri de magnolias. Mes jeunes yeux percevaient le sens sacré de ce lieu. Comme le bambou qui plie mais jamais ne se casse, nous résistions à la violence des vents du dehors. Préposé jardinier, je taillais chaque massif au ciseau comme les facettes d'une lune diamantée. Ondes suaves et parfumées se distillant au coeur du jardinet.
Dans ce puits de lumière, les rayons jouaient avec les ombres pour mieux les sculpter. Une merveille!
Dans ce havre de paix, je démêlais jour après jour les vagues d'un océan de pierres. Comme pour y graver ces mots:'Le sage se contente de ce qu'il a.'
Formes visibles et invisibles à la présence intense et pourtant cachée, les rochers étaient îles. L'énergie du 'ki', originelle et créatrice de l'univers, pénétrait les pleins et les vides pour s'immiscer dans chaque cellule de mon corps.
A la fois fort et fragile,d'ici et d'ailleurs,je m'asseyais à même le sol,les jambes en tailleur,sous l'unique cerisier aux allures de parapluie géant.Protégé de tout et de tous,je peignais,je peignais,peignais..."
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
Une main sur mon ventre rempli de promesses, je me remémorais quelques lignes écrites dans mes années 'poésie'. Ca disait quoi déjà? Oui: "Les oiseaux migrateurs, ces gracieuses cigognes au long bec, se sont posées au faite des palais roux de Marrakech. Sur un lit de brocard bleu, leurs palmes agiles ventilent les nids en attente d'éclosion. "
Voilà la carte postale, qui a cueilli mes rêves neuf mois durant. Et après. L'accouchement. Difficile. A hurler. Et ce foutu cordon. Pas un cri. Juste le silence. L'agitation des soignants. L'affolement. La consternation. Et les pleurs. Et la souffrance qui te tenaille et enfonce sa lame dans tes entrailles. Et les insomnies.
Ne restez pas sur un échec, nous a encouragés Philibert, paternaliste. Réessayez!
Et te voilà ma Pauline. Un sacré coup du sort! Un an jour pour jour après notre pauvre Ti-Paul!
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
Comme une fleur de Sakura,
Sous l'éclat du soleil levant,
Mouvante, gracile, fragile,
Je vibrerai.
Ephémère,
J'irai puiser ma sève
Au coeur des forces vives
De l'au delà des maux.
Puis, je déposerai
Au creux de ma souffrance,
L'indicible beauté
D'un instant d'éternité.
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
C'était une pièce de Tsuruya Namboku ayant l'horreur pour ressort. La salle se taisait, en attente. Et là, il l'a vue, de dos. Un dos de déesse laissant présager de merveilleux attraits. C'était 'Edo' la sublime. Elle frissonait, angoissée. Elle s'est retournée, soudain. A travers le décor du spectacle époustouflant, entre fable et réalité, entre drame et comédie flamboyante, comme pour ne plus se quitter, leurs regards se sont accrochés l'un à l'autre. Instant d'éternité!
Paniquée, elle a fui. Claquement rapide et sec des socques sur le pavé froid de la nuit. Elle se hâtait, gênée par l'étroitesse de sa tenue. Edo fuyait. Elle suivait plutôt, la pièce finie, un homme âgé et bedonnant, mais pourtant élégant. Il fumait un havane.
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
L'arbre aux ailes rognées
Porte le ciel dans sa tête .
Délit d'harmonie!
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Sakura : Les fleurs de l'éphémère de
Brigitte LASCOMBE
Envol de pétales
Sur le fil de l'éphémère.
Sacre du printemps!