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Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
« Quelle sorte de femme, se demande-t-il, se donnerait à un homme pour ensuite le renvoyer et épouser son frère le jour suivant après une bonne nuit de sommeil ? Quel genre de femme met un garçon au monde pour l’y abandonner sans la chaleur de sa poitrine, sans le doux tourbillon de ses jupes ni la caresse apaisante de ses mains et de ses lèvres, et surtout sans les mots qui pourraient dissiper les peurs qui le réveillent au milieu de la nuit et le laissent seul, les yeux écarquillés dans l’obscurité ? » (p. 249)
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Par litolff, le 11/02/2012
Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
Pour des garçons élevés par des pères qui tiraient au fusil dans le but de mettre des tourterelles et des cailles sur la table en hiver, ou qui levaient leur carabine pour abattre un cerf ou pour empêcher un coyote d'emporter leur veau, les armes étaient des outils, et on ne s'en servait que quand on ne pouvait pas faire autrement.
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Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
Il a appris, durant toutes ces années d'entrainement, que jauger correctement l'autre cavalier est beaucoup plus important que l'impression qu'a pu lui donner le cheval. Mais là, les choses sont complètement différentes. Elle est rapide et manie la cravache avec une adresse remarquable, mais surtout, et c'est là sans doute le véritable avantage de cette fille puisque cela le laisse totalement démuni, il ne peut s'empêcher, même à un moment pareil, de la regarder. Comment ne pas admirer la flexion souple et facile de ses genoux, ses seins qui se soulèvent et que les trépidations de sa monture font trembler, son pantalon d'équitation suffisamment ajusté pour révéler la courbe de ses hanches et le délicat sillon qui les partage, le tout rebondissant comme une belle pêche bien ferme et tout juste mûre que le vent feraient se balancer sur sa branche?
(P115)
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Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
Pendant ce temps, le grand-duc aux yeux d’ambre, perché bien à l’abri sur la branche basse d’un gommier, lisse ses plumes qui ruissellent d’eau de pluie. Sur l’autre rive, près de l’enchevêtrement de racines de chênes aquatiques et de pins, là où des empreintes de bottes sont imprimés dans la vase, le rapace remarque les plus imperceptibles mouvements dans la danse des pousses de pâturins, devinant grâce à un frisson instinctif dans les fibres de ses muscles que la pluie et le vent couchent les brins d’herbe les plus hauts, tandis que la course effrénée d’un rongeur ou le mouvement vif d’une queue ne manque jamais de faire relever les tiges des roseaux.
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Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
Alors ce qui venait tout juste de s’épanouir en lui se recroqueville et jaunit sur les bords, et il comprend soudain, en l’espace de quelques secondes à la fois éphémères et éternelles, qu’un homme ne saurait oublier l’immense toile de fond de son passé, et que même l’éblouissante blancheur des champs de coton en été ne peut venir totalement à bout de la croûte stérile et dure de la terre qui s’est formée au fil des hivers. Il arrive presque à mettre des mots dessus, mais c’est une impression fugace, elle a déjà disparu : il ne reste que la certitude mordante qu’il est impossible d’avancer sans sentir la bride sur son cou, que le harnais à l’épreuve des intempéries ne se desserrera jamais, que le poids de tout ce qu’on traîne derrière soi ne peut pas s’alléger.
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Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
« Si on se cherche à travers les autres, on a toutes les chances de trouver l’image de quelqu’un qu’on ne reconnaît pas. » (p. 147)
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Par Mia, le 01/10/2012
Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
Il était censé vider un bidon sur les balles de foin du rez-de-chaussée, mais il ne put s'y résoudre quand il vit cette petite pouliche noire enfermée dans sa stalle tandis qu'il se tenait là, l'épaule en feu et agité de spasmes. Il y avait dans cette bête quelque chose de doux qui faisait qu'elle ne méritait pas qu'on lui fasse du mal, quelque chose dans ses grands yeux sombres et dans les petits tremblements hésitants qui agitaient ses oreilles. Elle était inquiète, sur le qui-vive, avec ses flancs lisses et bien étrillés, ses jambes longues et robustes, et Joe avait l'impression de voir s'incarner en elle des générations de chevaux soigneusement croisés : c'était comme si la contempler chaque jour vous donnait l'orgueilleuse certitude qu'à force de prudence et de soins patients, vous laisseriez en ce monde une trace que même votre mort ne pourrait effacer.
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Par Aifelle, le 06/03/2012
Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
"Au bout d'un kilomètre parcouru en aveugle sur son cheval, quand la pluie se fait encore plus fine sans pour autant cesser complètement, les yeux de Karel discernent quelque chose dans la profondeur de la nuit. Whiskey s'ébroue, sa peau ondule sous la selle, et Karel respire par le nez, inhalant l'odeur à la fois sucrée et musqué du crin de cheval mouillé. Son oeil, presque fermé tant il est enflé, le fait encore souffrir, mais de façon atténuée, un peu comme une pulsation assourdie sous la peau. Il y a quelque chose à retenir de tout cela, pense-t'il. Un savoir sur le corps, les yeux, la chair, les os et le coeur. Sur la manière dont le corps veut s'adapter, se soigner, voir et sentir. Et il y parvient, se dit-il, même imparfaitement".
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Par caro64, le 23/03/2012
Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
il comprend soudain, en l’espace de quelques secondes à la fois éphémères et éternelles, qu’un homme ne saurait oublier l’immense toile de fond de son passé, et que même l’éblouissante blancheur des champs de coton en été ne peut venir totalement à bout de la croûte stérile et dure de la terre qui s’est formée au fil des hivers. Il arrive presque à mettre des mots dessus, mais c’est une impression fugace, elle a déjà disparu : il ne reste que la certitude mordante qu’il est impossible d’avancer sans sentir la bride sur son cou, que le harnais à l’épreuve des intempéries ne se desserrera jamais, que le poids de tout ce qu’on traîne derrière soi ne peut pas s’alléger.
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Par letitbe, le 15/03/2012
Le sillage de l'oubli de
Bruce Machart
C'était un spectacle d'une simplicité totale, un spectacle auquel il avait assisté des centaines de fois au cours de sa vie, pourtant il y avait là quelque chose d'aussi beau et d'aussi incroyableque dans le surgissement d'une averse, quelque chose de stupéfiant à imaginer que les nuages pouvaient contenir toute cette eau et la déverser brutalement, d'un seul coup, comme s'ils avaient guetté le moment propice pour lui laisser gagner la terre.
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