Catherine Siguret et ses lectures
Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire?
Certaines pages d`
Albert Cohen (à qui le héros de mon dernier roman doit son prénom), de
Louis-Ferdinand Céline, de
Gustave Flaubert, rien de très original car dans le fond, l`Histoire trie le bon grain de l`ivraie, d`où la tentation de ne lire que des auteurs défunts, et depuis assez longtemps.
Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...)
A peu près les mêmes, mais je peux être aussi "soufflée", comme on dit l`être par une bombe, par des romans contemporains, comme tout récemment
Pour Vous de
Dominique Mainard ou
Les Déferlantes de
Claudie Gallay. On reste un peu pétrifié quand il y a une forme de perfection dans un roman, au sens d`une rondeur, une boucle bouclée. Pourquoi écrire après ?
Quelle est votre première grande découverte littéraire ?
Une vie , de
Guy de Maupassant. Tous les classiques ont suivi ensuite.
Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?
Madame Bovary
Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?
Sans aucun doute,
A la recherche du temps perdu . Je ne passe pas la page 50, malgré des efforts obstinés. Je n`ai pas dit (lu) mon dernier mot : j`ai mis des années à aimer
Belle du Seigneur , qui est resté l`une de mes plus belles lectures.
Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?
Le vent Paraclet ou
Claudie Gallay, donc.
Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?
A la recherche du temps perdu , donc. Je ne parle pas du style mais de l`extrême contentement de soi, du culte d`une consanguinité culturelle. Je ne devrais pas dire mon avis d`aujourd`hui, puisque mon ambition en toutes matières est de changer d`avis un jour !
Avez vous une citation fétiche issue de la littérature ?
Non.
Et en ce moment que lisez-vous ?
Le dernier frère , de
Nathacha Appanah, avec plaisir mais sans passion.
L`entretien de Catherine Siguret avec Babelio à propos de Tout Pour le Mieux
Il y a de nombreux rebondissements au cours de l`histoire, est-ce que vous avez eu toute l`histoire en tête avant de l`écrire ou bien, au contraire, est-ce que l`histoire s`est imposée d`elle-même au fur et à mesure de son écriture ?
Je n`ai jamais de plan en tête, sinon une première scène assez obsédante pour que je commence à écrire. La suite vient aussi par scènes, un film qui se déroule sous mes yeux et que je me borne à décrire le matin après l`avoir rêvé le soir en général. J`aime être surprise moi-même par mes héros, les aimer assez pour qu`à un moment donné, ils se mettent à vivre leur vie, celle qui m`échappe et me déroute.
De même, les personnages ne se découvrent pas tout de suite, les lecteurs apprennent à les connaître au gré de certaines révélations qui les concernent et de la découverte de certains motifs qui les animent. Les aviez-vous bien en tête avant de rédiger ou ont-ils beaucoup évolué entre les premiers jets et la version finale du roman ?
Rien en tête avant, donc. Par ailleurs, il n`y a qu`un jet. Qui arrive par saccades, jour après jour, sur une période d`un mois et demi à peu près, à ne penser qu`à ça, à écrire par tranches de deux heures/une heure de sommeil profond toute la journée, avant une grande nuit de huit heures. Rien d`autre alors ne m`intéresse. Et un très petit nombre de gens.
Nos deux amoureux Albert et Marilyn, tout semble les opposer au début. Est-ce, selon vous, le point de départ idéal pour vivre une grande histoire d`amour ?
Le point de départ idéal est pour moi l`immense curiosité de l`autre, un désir insatiable de le connaître, une soif, qui va de paire avec le désir sexuel, l`un nourrissant l`autre. Or je ne suis pas, moi, très curieuse de mes semblables, de mes pairs, sinon très intellectuellement, donc amicalement. Reste que la vie surprend, et qu`entre ce que l`on croit et ce qui finalement survient, il y a parfois un abîme. "Idéal" n`a pas de réalité. L`amour est une réalité.
L`histoire se déroule principalement dans un seul et même immeuble. Aviez-vous la volonté d`en faire un véritable personnage du roman ?
Je crois que les murs imprègnent la vie, plus qu`on ne croit. Les mêmes personnes au même moment ne vivraient pas la même histoire selon qu`ils vivraient dans un château ou dans un trois pièces, ou une villa avec piscine. Les lieux modulent les êtres et leurs sentiments. Cet immeuble de l`avenue Mozart, c`est tout un esprit bourgeois, une volonté de pérennité. Ce n`est pas un hasard s`il va arriver "des bricoles", très matériellement, à cet immeuble, sans dévoiler le marasme. Ensuite, les héros iront Quai des Grands Augustins, c`est plus romantique, plus bohème, plus poétique. A chaque période de la vie correspond ses pierres.
Il s`agit votre quatrième roman. Est-ce que cela signifie la fin de votre travail en tant que "nègre" dont vous aviez fait part dans le livre Enfin nue ! : Confessions d`un nègre littéraire
Oui, j`avais écrit
Enfin nue ! : Confessions d`un nègre littéraire pour dire stop, pour écrire "stop" plutôt, comme un ordre. A plus de 40 livres à 40 ans, il faut savoir dire stop et doonner plus de temps à la vie, même si j`en donnais déjà beaucoup. Je n`ai fait, depuis cette promesse il y a quatre ans, que trois rechutes. Il y en aura peut-être d`autres mais j`ai cessé d`écrire tête baissée, sans faire aucun plan de carrière.
On sait que vous écrivez beaucoup. Avez-vous déjà de nouveaux romans en préparation ?
Je ne peux pas. C`est comme une histoire d`amour avec ses personnages, un roman, et je suis monomaniaque. Il faut que ceux-là vivent ou meurent mais qu`ils passent. Je me mettrai sans doute moins vite à écrire le suivant en cas de succès (comme quand on est heureux, on ne passe pas à l`amour suivant). En cas d`échec, je serai sans regret, j`en aimerai d`autres.
Enfin, une dernière question concernant un de vos précédents romans, avez-vous envisagé une suite à Je vous aime ?
Je vous aime a une suite, qui s`appelle
J`aimerais vous revoir et était beaucoup moins bon. Comme le monde est juste, les lecteurs en tout cas, je crois, il s`est peu vendu et est parti récemment au pilon. Sans regret là encore. Je ne crois pas qu`il faille faire des suites. Quand une histoire est réussie, il faut avoir le courage à la fois de la regarder comme telle et d`en entamer une autre. En pariant qu`elle sera plus belle. Tout pour le Mieux, c`est un titre mais c`est aussi une bonne devise pour vivre heureux.
Le 26 août 2010
Merci à MathildebOOks et peterglitter pour leurs questions !
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, le nouveau roman de Catherine Siguret aux éditions Robert Laffont.