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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
Ce n’est pas insupportable de vous regarder, rien n’empêche de vomir la bouche fermée, c’est terrifiant. Terrifiant de voir comme rien ne se fissure, tout reste en place. Terrifiant de penser à toutes ces nuits qui ont déjà existé, où j’ai dormi sans ne rien savoir, où tu as été seul sans personne pour voir. Alors cette nuit je regarde, à m’en faner l’iris, je regarde. Mes deux yeux, seulement deux, c’est si peu…
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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
J’ai toujours été sensible aux voix, à ce membre de plus qui nous pousse lorsque l’Autre se fait soudain trop éloigné. Et bien plus que les écouter, j’aime les regarder. Regarder la façon dont elles découpent le silence, la manière qu’elles ont de souligner le corps, trait fin ou appuyé. Il y a tant d’eaux où plonger en dessous de ces passerelles jetées...
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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
— Les arbres ne sont pas nos amis.
— Que veux-tu dire ?
— Et bien, regarde !
Il n’y a qu’à lever un peu la tête. La nuit est d’un jaune étrange et sale. Un peu comme le blanc de la neige lorsque sur la chaussée, en fondant, il se mêle à l’eau et la boue. Le ciel de cette nuit est piétiné des pas que tu ne fais plus. Et juste devant, à quelques mètres, un arbre. Enfin, la silhouette sombre d’un arbre. Massive. Muette. Immobile. Intimidante pour tout dire. Jetant sur ce ciel de paille, des vertiges à nous couper les pattes.
— Je le vois oui… et…?
Nez en l’air, tu le regardes en plissant des yeux.
— Et il est beau, nous pas, et ça l’indiffère.
Tu sembles terriblement triste soudain.
— Et toi ? Toi, ça t’indiffère ?
— Non… Non, moi j’aurais voulu qu’il m’en veuille je crois.
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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
Il n’est rien que le regard humain ne puisse soutenir, rien que sa lumière ait à envier aux prières.
La laideur est de notre seule infirmité, le dommage collatéral de nos yeux baissés.
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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
Sur l’allée blanche du cimetière, tes mots tremblotaient, loin de tes lèvres fermées. Ils avaient peur, je crois, que je les laisse moi aussi, peur de l’ombre haute des cyprès, peur de la rondeur du gravier, de cette armée de points finals… Alors, je les ai recueillis parce qu’ils étaient de toi tout ce qui subsiste. Je leur ai promis qu’un jour ils auraient assez de souffle pour revenir te chercher, assez de place et d’air pour parler, haut et fort, seuls, sans même moi pour les protéger.
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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
Tous les mots que tu n’avais pas su dire, pas su élever. Ceux que tu avais crachés comme les pépins d’un fruit dont tu ne voulais plus laisser venir la pourriture. Ils étaient là, devant moi, abîmés comme les miens, ne sachant pas très bien où aller, ne se résignant pas à te rejoindre tout à fait.
On s’est regardé un long moment eux et moi. Leurs discours étaient embrouillés, chacun voulait parler le premier, et à tous les entendre je n’en écoutais aucun, mais je reconnaissais ta voix.
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Par becdanlo, le 20/11/2010
Cécile Fargue
Oh ! Il faudra que je te dise un jour. Te dise que la beauté est au premier qui passe, qu'on s'en fou, que le reste s'apprivoise. Que c'est à tes failles que je m'attache, que je m'encorde. Que les jolis vernis se décolorent bien vite. Que c'est aux déformation de ses veines que l'on reconnait l'essence de l'arbre...
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Par becdanlo, le 20/11/2010
Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
Oh ! Il faudra que je te dise un jour. Te dise que la beauté est au premier qui passe, qu'on s'en fou, que le reste s'apprivoise. Que c'est à tes failles que je m'attache, que je m'encorde. Que les jolis vernis se décolorent bien vite. Que c'est aux déformation de ses veines que l'on reconnait l'essence de l'arbre...
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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
Même si tout cela existe, je continue pourtant de creuser cette terre, de vivre de miracles… et sans lâcher la tienne garder mes demains libres. La mort n’a pas fait de moi ta veuve. Je ne le serai jamais. Je suis notre descendance.
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Le souvenir de personne de
Cécile Fargue
Au creux de ton bras, à l’endroit où ta peau si sensible s’électrise aux moindres frôlements, je pose ma langue. Aux rides amères de la seringue glisse mes lèvres et lentement te baise à l’endroit de l’interdit.