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Par Spilett, le 29/01/2012
The City and the City de
China Miéville
— Ça doit faire un effet bizarre, non ? m’a-t-il demandé.
Le fait est. J’ai regardé ce qu’il me montrait. Tout en évisant, bien sûr (mais comment ne pas les percevoir), tous les lieux familiers que je traversais brutopiquement : ces rues que je parcourais à intervalles réguliers, à présent situées à toute une ville de distance ; tel ou tel café que je fréquentais et que nous longions maintenant, mais dans un autre pays. Je les maintenais en toile de fond, désormais, à peine plus présents que ne l’était Ul Qoma quand je me trouvais chez moi.
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Perdido Street Station, Tome 1 : de
China Miéville
Je vais suivre les voies de chemin de fer. Je hanterai l’ombre des trains tandis qu’ils passeront au-dessus des maisons, des tours, des casernes, des bureaux, des geôles de la ville ; je marcherai dans leur sillage sur ces arches qui les arriment à la terre. Je dois trouver le moyen d’entrer.
Ma cape, un drap lourd, insolite et cuisant sur ma peau, me ralentit, et ma besace me pèse. Ce sont elles qui me protègent ici, elles et l’illusion que j’ai chérie, fondement de ma peine et de mon infamie, du supplice qui m’a mené ici – dans ce kyste qui n’a de ville que le nom, cette cité poussiéreuse toute d’os et de brique, cette conspiration d’industrie et de violence trempées dans l’Histoire et les arcanes du pouvoir, cette contrée funeste dont j’ignore tout :
Nouvelle-Crobuzon.
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Par TwiTwi, le 09/05/2009
Perdido Street Station, Tome 1 : de
China Miéville
La chaleur printanière s'y trouvait magnifiée comme par l'énergie de la géhenne. Derkhan s'était mise à transpirer. Elle s'avança au milieu des carcasses qui se balançaient et les trainées de sang coagulé. Au fond de la pièce, en hauteur, disparaissant dans les boyaux plus sombres de ce charnier, une courroie charriait de lourds crochets de boucherie en un circuit implacable.
Les lueurs reflétées des lames elles-mêmes semblaient filtrées par cette ténèbre rougeoyante. Devant la pestilence rance, épaisse, du sang et de la viande chaude, Derkhan se masqua le nez et la bouche d'un cataplasme pour échapper à la nausée.
A l'autre bout de la pièce, trois hommes étaient rassemblés sous l'arche ouverte que l'on distinguait de la rue. Dans ce lieu sombre et puant, l'air et la lumière du Palus-au-Chien qui se déversaient d'en haut faisaient l'effet de Javel.
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Par gabzeta, le 22/02/2010
Perdido street station : Tome 2 de
China Miéville
Ils étaient trois. Des aventuriers à l'évidence : de ces gentilshommes de fortune qui parcouraient le ragamoll, le Cymek, le Fellid, et sans doute tout le Bas-Lag. Hardis et dangereux, sans foi ni loi, ils ne s'embarrassaient d'aucune allégeance ni d'aucune moralité, vivant d'expédients, volant et tuant, se louant à tout ce qui se présentait. Ils étaient inspirés par des vertus douteuses.
Quelques uns rendaient des services utiles : recherches, cartographie, ce genre de choses. La plupart n'étaient que des pilleurs de tombes. Des vauriens qui connaîtraient une mort violente, et qui tenaient au cachet que leur procuraient, auprès des personnes impressionnables, leur indéniable bravoure et leurs exploits parfois étonnants.
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Par TwiTwi, le 12/05/2009
Perdido Street Station, Tome 1 : de
China Miéville
Pour entrer dans Chiure, Isaac et Lin durent emprunter des ponts branlants, simples planches jetées sur des fossés de deux mètres qui séparait la favela du parc de la Colline Vaudoise. Ils marchèrent dans les pas l'un de l'autre, tendant parfois les bras pour préserver leur équilibre.
A un mètre cinquante au-dessous, la tranchée était emplie d'une soupe gélatineuse, bruyante, mêlant polluants et pluies acides. Des bulles de gaz mortel et des cadavres d'animaux gonflés en crevaient la surface. Çà et là surnageaient des boîtes de conserve rouillées et des nœuds de chair évoquant des tumeurs ou des fœtus avortés. Le liquide ondulait plus qu'il ne faisait de vagues, contenu qu'il était par une épaisse tension de surface, si huileuse et si puissante qu'elle refusait de céder : les pierres qui tombaient du pont y étaient avalées sans déclencher la moindre éclaboussure.
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Par TwiTwi, le 11/05/2009
Perdido Street Station, Tome 1 : de
China Miéville
L'artefact qui avait balayé pendant plusieurs années le plancher de David et Lublamai avait fini par rendre l'âme apparemment. Il chuintait et décrivait des cercles, au moment de nettoyer, faisant désormais des fixations sur des secteurs arbitraires du sol, qu'il polissait comme autant de bijoux. Certains matins, il mettait près d'une heure à chauffer. Il s'engluait peu à peu dans des boucles logicielles qui le faisaient répéter à l'infini des comportements infimes.
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The City and the City de
China Miéville
If someone needed to go to a house physically next door to their own but in the neighbouring city, it was in a different road in an unfriendly power. (...)
But pass through Copula Hall and she or he might leave Besźel, and at the end of the hall come back to exactly (corporeally) where they had just been, but in another country, a tourist, a marvelling visitor, to a street they had always unseen, to the Ul Qoman house sitting next to and a whole city away from their own building, unvisible there now they had come through, all the way across the Breach, back home. (p. 86, Chapitre 6, Partie I, “Besźel”).
Tentative de traduction : « Si quelqu’un devait se rendre dans une maison physiquement voisine de la sienne mais dans la ville autre, c’était une autre rue, un monde hostile. (…)
Mais en passant par le Siège de la Copule, cette personne pouvait quitter Beszél et, à la sortie, revenir à l’endroit (corporellement) exact qu’elle venait de quitter, mais dans un autre pays, touriste, visiteur émerveillé, dans une rue jusqu’alors toujours invue, dans une maison Ul Qomanienne située tout à côté et à toute une ville de distance de sa propre maison, celle-ci devenue invisible maintenant qu’elle est de l’autre côté, de l’autre côté de la Faille, là-bas chez soi. »
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The City and the City de
China Miéville
It must be an intoxication to step through the borders and greet their foreign comrades across what they made suddenly one street, to make their own country even if just for seconds at night in front of a scrawled slogan and a broken window. They must know by now that the populaces were not coming with them, but they did not disappear back to their respective cities. How could they go back now? Honour, despair, or bravery kept them coming. (p. 335, Chapitre 27, Partie III, “Breach”).
Tentative de traduction : « Ce devait être enivrant de passer par-delà les frontières et de saluer leurs camarades étrangers de l’autre côté de ce qui devenait tout à coup une rue, de créer leur propre pays même si ce n’était que pour quelques secondes, de nuit, avec pour seuls témoins un slogan hâtivement griffonné et une fenêtre cassée. Ils devaient savoir maintenant que la population ne les rejoindrait pas, mais ils ne se repliaient pas pour autant dans leurs villes respectives. Comment auraient-ils pu revenir en arrière maintenant ? L’honneur, le désespoir ou le courage les poussaient de l’avant. »
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Par steppe, le 04/11/2010
Les Scarifiés de
China Miéville
Dans sa main, il y a la statuette, son filigrane de nageoire replié comme des couches de millefeuille, sa bouche ronde, dentifère, de rémora faisant la moue, et la langue de l'homme est encore froide là où il l'a embrassée. Il est beaucoup plus rapide à présent, il a beaucoup moins de mal à accepter le langotage frétillant de la pierre froide, et il sait diriger avec beaucoup plus d'adresse les énergies que libère leur union dénuée de passion.
Il se tient perpendiculaire à la nuit en un endroit que lui montre la statuette et où son baiser permet de se tenir, un lieu ou une sorte de lieu où les rayons de lumière s'entrecroisent et où lui-même n'est pas visible : les portes, les murs, les fenêtres ne le voient pas tant qu'il est l'amant de cette effigie qui pue l'iode.
L'embrasser n'est jamais plaisant. Mais le pouvoir que ce geste lui confère, qui le pénètre avec la salive de la chose de pierre, est une merveille.
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Par TwiTwi, le 07/10/2011
Lombres de
China Miéville
Rien de comparable à ma très haute couture. Qui rime si bien avec littérature. Si tu veux, je te confectionne un gilet avec ton roman préféré ; une écharpe de poèmes ; une jupe épique ; des chaussettes historiographiques ; et des dessous en pages bibliques. Pour que tu te cultives en t'habillant.