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Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
La peur de dormir, la peur de se réveiller, la peur de l’eau qu’on boit ou qu’on ne boit pas, la peur de l’air vagabond, la peur des vêtements qu’on porte, la peur de manger. La peur de sortir. La peur de rester seul. La peur de croiser une femme. La peur de l’aimer. La peur de la peur. La peur, ce mot flottant et court, rêche, innommable. C’est le retour aux crânes.
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Par ophrys, le 01/02/2011
Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
Il faut donc vivre ici, où tout est renversé. Machiavel sourit dans la nuit : oui, la raison divise. Et le mal unifie. Dans la maladie, il n’y a plus qu’un seul monde. (p124)
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Par ophrys, le 01/02/2011
Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
J’ai choisi de donner vie au rêve de Michelet. « Ailleurs, sur les degrés de marbre de la grande chapelle, Machiavel trouve sous de longs vêtements une admirable veuve. Suit la description laborieuse, mythologique, de cette divinité. Cupidon, Vénus, les Hespérides, ne réchauffent pas tout cela. Moins froid le marbre funéraire où siège cette idole de mort. » (p212)
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Quartier général du bruit de
Christophe Bataille
Ni vu ni connu, la maladie vous vient. Ça ne me faisait rien, ces écrivains à qui j’avais volé un mot, une bandelette de leur momie. J’étais psychopompe et fermier général. Je piochais pour m’habiller les mains. Je ne lisais plus sans détruire. Je m’étais accoutumé : à mâcher, sagement, à la légère, pour voire, au petit bonheur, puis à mâcher des papiers en beau grammage et forte main, l’or fait japon, vélin. Je mâchais le rien mais aussi la gloire, Cervantès, Rimbaud, l’idiotie, les traités. Je m’étonnais non de moi ; mais d’une colle et d’un goût âpre (…). Mon patrimoine génétique se modifiait. Ma salive prenait des teintes amande. Mes mains ne tremblaient plus. Tout est poison ? Rien n’est poison. J’étais heureux. Je lisais
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Par ophrys, le 01/02/2011
Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
Mon livre (…) est une guerre à Machiavel et au néant. Je libère Machiavel de son nom. Vous me direz : tu l’humanises, ce salaud. Avec toi il hésite, il échoue, il a peur, il tremble, il aime… Belle marionnette dans la mort. Joli cobaye qui court dans son bocal de peste sans savoir s’il va vivre.
Or je ne l’humanise pas. Je l’arrache à sa légende où il n’y a rien sauf la haine de la pensée par le grand nombre. Que veut notre époque ? La fin des livres et des pensées. Que veut notre époque ? Des morts, et un tombereau d’images et de larmes pour les fêter. (p212)
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Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
Je prends Machiavel à ses mots. Je le prends au temps et à sa légende. J’en fais un homme. Je me sens libre comme Racine écrivant l’Enéide. Voilà en peu de mots tout de le sujet de cette tragédie : j’écris un roman sur la peur, la maladie, les rêves, le néant, un roman sur la pauvre science et la glorieuse astrologie ; ou bien, après tout, est-ce un roman sur la nuit, sur la marche, sur les poules noires et ce diable de vinaigre.
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Par ophrys, le 01/02/2011
Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
Il récite des quatrains en dressant sa main vers le soleil éternellement identique. L’astre est sans envers. (p191)
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Par ophrys, le 01/02/2011
Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
Alors il se rappelle qu’autrefois, il glissait cet axiome aux rois et aux princes :
- il n’y a de place dans le monde que pour une seule idée. (p150)
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Par ophrys, le 01/02/2011
Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
C’est la peste encore : la science, l’alchimie, les lectures, l’histoire, les voyages, la lecture des livres cachés ne sauvent pas un homme. (p122)
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Par ophrys, le 01/02/2011
Le rêve de Machiavel de
Christophe Bataille
(…) j’écris un roman sur la peur, la maladie, les rêves, le néant, un roman sur la pauvre science et la glorieuse astrologie. (p141)