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Par ecumeuse, le 31/08/2011
CosmoZ de
Christophe Claro
Difficile de commenter cette lecture. Néanmoins l'écriture et le style suffisent à tenir en haleine. L'auteur utilise des expressions incroyables très souvent à la lisière de l'ironie. Il effectue un va et vient (dialogue) entre le surréalisme (le fantastique du conte le magicien d'Oz) et le réel (le tragique des deux guerres notamment) de l'époque dont il a été nourrit c'est à dire à laquelle il a été écrit puis mis en image.
Il y a quelque chose de John Irving dans cette manière de relier surréalisme et réalité mais je dirais ici enrichi d'une écriture vraiment différente et dense. Parfois les phrases accordéons s'étirent tant qu'on en oublie le début, mais les images sont si fines que cela vaut la peine de le lire jusqu'au bout.
Ne cherchons-nous pas tous à atteindre un Oz ? L'existence y est cruelle pour les rêveurs, les optimistes et les êtres imparfaits.
C'est un livre intelligent, tout sauf ennuyeux grâce au style mais un peu long à mon goût.
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Mille milliards de milieux de
Christophe Claro
J'avais l'impression d'être immobile, mais à une vitesse prodigieuse, et quiconque a déjà fait l'amour au point d'oublier la notion de haut et de bas, de soi et de l'autre devrait pouvoir comprendre cela - quand votre corps revient, que votre coeur se calme, vous êtes tout étonnée d'être allongée dans tel sens plutôt que tel autre, vous ne savez plus où sont vos mains et vos pieds tant que vous n'essayez pas de les bouger, votre pouls semble s'être morcelé et réfugié dans la racine de vos cheveux, et seul un pleur d'enfant pourrait briser la porcelaine de ce moment dont vous êtes devenue un des innombrables motifs -
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Par brigetoun, le 10/09/2012
Tous les diamants du ciel de
Christophe Claro
Nous nous prenons d'abord nous-mêmes en otages, puis nous soudoyons nos idées les plus pures, nous testons leur résistance, avec une certaine cruauté, enfin nous procédons à des échanges, nous prélevons un peu d'argent sur le magot destiné à la collectivité et nous achetons de la poudre, perlin ou pinpin, on s'en fout, avec laquelle nous lavons le cerveau, puis nous l'essorons, et l'eau qui goutte à nos pieds, nous comprenons et proclamons que c'est le fleuve du temps, qu'il coule dans une direction et pas dans une autre, et quand notre vision s"'altère, nous desserrons d'un cran le bandeau qui nous gêne...
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Madman Bovary de
Christophe Claro
C’est décidé, je serai pharmacien. C’est un métier plein de bocaux et d’entrain. Je vais faire commerce de panacées, de placebos, et ne plus jamais pleurer. Bientôt, en ces murs mêmes, sur ces étagères et dans ces tiroirs qui n’auront pas le toupet de grincer, dans la réserve et sous le comptoir, j’aurai, à ma disposition d’abord puis à celle de ma clientèle : drogues douces, baumes, vulnéraires, stimulants, vaccins (anti-tout), curatifs, toniques (sur ordonnance uniquement), révulsifs (j’adore !), vermifuges, fébrifuges, antidotes, suppositoires, antigoutteux. Mais encore, puisqu’il faut bien que les armées soient nombreuses si l’on veut que les pertes le soient moins : coton, cataplasmes, huile, cérat, lancettes, lotions, dragées, canules, ouate, ventouses, gaze, liniment, collyres, mixtures, spatules, attelles, mortier, bandelettes, vésicatoires, infusions, cachets, essences, cataplasmes, charpie, cautères, plastrons, pinces, bistouris, sétons, sondes, clysopompes, vaporisateurs, digesteurs, urinaux, teintures, anti-cors, morphine, phénol, digitaline, codéine, chloral, guimauve, magnésie, gants de crin, peaux de chat, solutés, robs, opiats, juleps, bismuth, aloès, dentifrice, sulfate de quinine et si ça ne suffit pas je réciterai à l’envers toute l’encyclopédie médicale, mettrai en vers le serment d’Hippocrate, ferai des animations à thème, mais bon sang je compte bien remédier à tous leurs maux merdiques et les renvoyer chez eux les bras chargés d’espoir moderne. (Je sens que je me fossoie.)
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Mille milliards de milieux de
Christophe Claro
Un scientifique s'est amusé à calculer le temps qu'a duré ma chute, il savait mon poids, ça n'a pas été difficile mais le résultat auquel il a abouti, et dont je ne me souviens plus, ne m'a pas satisfaite. On m'a interrogée là-dessus et j'ai dit que le chiffre était peut-être correct mais l'unité fausse, il ne fallait pas compter en secondes mais en années. Ma chute a duré plusieurs années, même si personne ne me croit. Mais ce sont des années-ciel, très différentes des années-lumière et des années-mort, plus proches des années-amour, en fait.
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Par brigetoun, le 02/09/2010
CosmoZ de
Christophe Claro
Allons donc, nous sommes de toutes façons entrés dans le siècle des adaptations, les formes ne nous évoquent plus que des formes, nous quittons telle coquille pour nous réfugier dans telle carapace, les larves migrent, les peaux muent, mais l'armature, la grille, le squelette persistent - et ce sont encore les charniers qui connaissent les meilleures, les plus fidèles, les plus ambitieuses adaptations, ce sont les ghettos dont on favorise la reproduction avec le plus d'enthousiasme, à grand renfort de barbelés toujours plus illisibles, les immenses parcs à thème de la souffrance, avec pur objectif la concentration de tous les camps en un seul, l'ultime zoo de la douleur humaine, sans cesse mis en scène, au prix d'infinies répétitions, chaque échec consommant le succès prochain, les figurants toujours plus nombreux, toujours plus rampants, écrasés sus la fanfare des accessoires, fièvres, virus, microbes, coups coups coups, le corps adaptant la mort, l'esprit adaptant la nuit, la viande adaptant la viande, le cri adaptant le silence, le scalpel adaptant le progrès, la cruauté adaptant jusqu'au geste lui-même, n'importe quel geste, sans le moindre remords, mais avec l'aide des trains, des avions, des chars, des pelles, des grenades, des signatures apposées là où il faut, l'exact dosage du oui pour pallier la dégénérescence du non
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CosmoZ de
Christophe Claro
Nos maisons sont toutes semblables - des bulbes bigarrés d'aspect chitineux... - mais il ne naît de cette uniformité aucun écoeurement car c'est le regard, ce sont les mains, les démarches qui changent la peau et le goût des choses, et c'est à nous qu'il revient de combattre la lente et pénible édulcoration des apparences, d'empêcher le lustre de se patiner, le grain de se lisser. Nos maisons sont toutes semblables, mais n'avons-nous pas tous un coeur, deux poumons, deux reins et deux pieds, et deux cent six os avec autant de raisons de se briser chacun quand les choses tournent de travers ? N'avons-nous pas, rissolant au fond de nous, les mêmes petits souhaits bien gras, dont la masse diminue en cours de cuisson ? Oui, nous naissons à chaque aube, avec l'espoir secret et inavouable qu'une catastrophe viendra couronner le jour de son cuisant diadème. Mais le monde est rond, c'est une piste, un carrousel, une guirlande, il n'invente rien et nous oblige à tout renommer, tout oublier - être munchkin est un réflexe.
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CosmoZ de
Christophe Claro
Il y a la sotte geline, qui se gave de caryopses et trottine comme si le vent la giflait des deux côtés à la fois, aux pattes fripées, au croupion aveugle, fofolle crottée qui perd ses plumes et son temps avant de finir sous le bec du coq qui la côche en battant des ailes, hissé sur ses ergots. Et il y a - ô merveille - la Hambourg, dorée, argentée ou pailletée, qu'importe, reine vive et svelte qui pond comme Socrate doute, au déhanché mutin et au plumage luxuriant. Il y a aussi la Denizli, la Dominicaine, la Dorking, la poule de Drente, la poule de Dresde, l'hideuse Empordanesa, l'espagnole à face blanche, l'Euskal-Oiloa, la Famennoise, la Fauve de Hesbaye (une engeance !), la poule de Frise, la Huppée d'Annaberg, la Géante de Jersey, la Hollandaise huppée (laissez-moi rire...), la Koeyoshi, la Lakenvelder, la Langshan, la Leghorn sous toutes ses formes répréhensibles. Mais le fait est que la chose se résume à deux races, la Hambourg et les autres. La chérie de Baum, et les tout-juste-bonnes-à-rôtir.
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Par brigetoun, le 31/08/2010
CosmoZ de
Christophe Claro
Leurs retrouvailles leur demeurent un mystère, et ils ne cherchent pas à donner aux liens qui les unissent désormais une couleur plus intense que celle de l'entraide. N'ayant pas la moindre responsabilité dans leur sécession commune d'avec le monde, ils forment une tribu naturelle, qui pourtant laisse quelques empreintes sur le territoire
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Par js, le 07/10/2011
CosmoZ de
Christophe Claro
Mais je suis Oz, à tout le moins sa répercussion dans la grotte de la colère, sa virulence faite farce. On ne m’aura pas à la flatterie. Les mythes sont créés pour être disséqués et réduits en une pulpe suffisamment fluide pour servir d’encre au plus balourd des poulpes. La MGM a cru bon et profitable d’adapter à l’écran le roman de Baum ? Soit. Let’s shoot The Wizard of Oz ! Vais-je encore me soucier outre mesure d’une adaptation ? d’une énième adaptation ? Allons donc, nous sommes de tout façon entrés dans le siècle des adaptations, les formes ne nous évoquent plus que des formes, nous quittons telle coquille pour nous réfugier dans telle carapace, les larves migrent, les peaux muent, mais l’armature, la grille, le squelette persistent – et ce sont encore les charniers qui connaissent les meilleures, les plus fidèles, les plus ambitieuses adaptations, ce sont les ghettos dont on favorise la reproduction avec le plus d’enthousiasme, à grand renfort de barbelés toujours plus illisibles, les immenses parcs à thème de la souffrance, avec pour objectif la concentration de tous les camps en un seul, l’ultime zoo de la douleur humaine, sans cesse mis en scène, au prix d’infinie répétitions, chaque échec consommant le succès prochain, les figurants toujours plus nombreux, toujours plus rampants, écrasés sous la fanfare des accessoires, fièvres, virus, microbes, coups coups coups, le corps adaptant la mort, l’esprit adaptant la nuit, la viande adaptant la viande, le cri adaptant le silence, le scalpel adaptant le progrès, la cruauté adaptant jusqu’au geste lui-même, n’importe quel geste, sans le moindre remords, mais avec l’aide des trains, des avions, des chars, des pelles, des grenades, des signatures apposées là où il faut, l’exact dosage de oui pour pallier la dégénérescence du non, l’air saturé par le gaz et le plein par le rien, jusqu’à ce que le vide enfin s’amuse à adapter le vide, pour la plus grande édification des miroirs et des abymes et des regards privés de regard et ce dans les siècles des siècles qui tous sont et seront brassés dans la même et sempiternelle tranchée mentale, creusée selon des règles strictes, toute la cavalerie des horreurs engendrées par cet immense boyau métamorphique qu’aucune boue ne saurait obstruer, qu’aucun cadavre ne saurait dénigrer, ce filon creux pouilleux vicieux qui ne fait même plus enrager la panse terraquée quand sonne le clairon ou jaillit la fusée éclairante, ce couloir, ce tunnel, ce conduit à enfiler aveugle sous couvert d’adaptation du dernier souffle, et qui donne, les dents passées, les dents cassées, sur le cauchemar qu’est la voix, la dernière voix, qui dira non je ne savais pas, non je n’étais pas là, puis sera prise dans l’étau de la conscience et, repue, crèvera.
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