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Par KatellB, le 05/02/2012
La nuit est le manteau des pauvres de
Claude Roy
La guerre est une sorte de pompe où la mort est l'amorce qui aspire la mort. Le premier tué d'une guerre donne à ceux qui l"aimaient l'indifférence à survivre, et ainsi de suite. Il entre plus de désintérêt qu'on ne croit dans les grands mouvements de courage collectif. On devient un héros par curiosité, on le reste par détachement.
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Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer? de
Claude Roy
Lorsque la terre respire cela s'appelle le vent
L'eau qui devient un homme cela s'appelle le sang
L'enfant buissonnier charmeur de sauterelles
couché à la perpendiculaire de la canicule blanc-bleu
l'ébouriffé à plat ventre sur l'été-feu du causse
colle l'oreille à la terre étouffée d'août
au-dessus de la dalle quaternaire sous les couches du temps
L'enfant curieux écoute aux portes de la terre
L'eau lisse au fil aveugle du grand fond
la coureuse hors soleil
l'eau tisse sa voix d'eau sourde
menu clapotis des mille pas nus
pieds nus de l'eau nue l'eau toujours ressourcée
eau battante eau vivante eau fine qui glisse
dans la nuit de la galerie de calcite
le long de la grande aorte souterraine
dans la veine qui ralentit un peu
à l'arrivée dans la grotte estomac-de-la-terre
L'enfant étonnée écoute l'eau
et le silence entre les stalactites
que font en battant dans le noir hypogée
les ailes du papillon aveugle des cavernes
nommé Triphosa dubitata
L'Oeil du coeur en s'ouvrant et fermant
fut la source d'où naquit le cycle des temps
L'eau la fuyeuse qui coule à deux temps
écoute le coeur de l'enfant collé contre la terre
(Le noeud sinusal logé dans l'oreillette
émet de soixante à quatre-vingts fois par minute
les ondes qui déclenchent le rythme à quatre temps
de la systole Un et de la diastole Deux Trois Quatre)
L'eau glisse Le coeur bat
Ogoumbé la Mère des Eaux
habitait sous la terre
Ogoumbé la Mère son tam-tam dans le noir
Sa main gauche le tambour nommé Grondement-de-la-Terre-au-Levant
Sa main droite le tambour nommé Orage-de-la-Terre-au-Couchant
L'enfant s'endort bercé par le berceau du fin galop de l'eau
L'eau s'en court lissée au long court par le fin galop du coeur
Le coeur dormant et l'eau courante
ensemble marchent l'amble
Etonnement d'un criquet
La sauterelle dans l'herbe
à l'ombre soudain du dormeur
hésite à sauter sur le corps de l'enfant
qui dort
les genoux remontés contre sa poitrine
L'insecte non plus n'ose pas déplier ses jambes
La sauterelle un instant immobile
très fine semble-morte
bijou de cuivre vert-de-gris pâle
se sent mise à sécher entre les pages du temps
Alors Feu-de-l'Eclair Zigzag-de-Foudre et Tonnerre-du-Ciel
dirent à Tepeou le Seigneur Formateur
et à Cucumatz le Serpent à Plumes
Que les Eaux se retirent et que de leur ventre
surgissent comme de grands homards
les montagnes et que la fécondation de la vie ait lieu
A vingt mètres au-dessous de l'été fournaise
et de la sauterelle suspendue
entre la respiratoin du soleil des mouches de l'enfant endormi
dans une cavité murée il y a cent trente mille années
(c'était un après-midi très chaud du Néandertalien
quelques siècles avant la dernière période glaciaire)
il y a le squelette d'un très vieil endormi dans le noir
couché sur le côté au doux d'une couche de sable
jambes ramenées près du corps
genoux pliés et sur eux repose
le crâne abstrait imprégné d'ocre et de minerai de fer brun
avec à son côté pour viatique
une cupule vide d'où la boisson s'est évaporée depuis
plusieurs millénaires
et un pied de bison d'une utilité bien énigmatique
Les deux types les plus récents d'Homo
furent contemporains l'Homme de Néandertal
et l'Homo Sapiens ce dernier ayant survécu
avec la fortune que l'on sait
L'enfant dort La sauterelle saute
L'eau chuchote très loin
Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer?
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A la lisière du temps de
Claude Roy
Et toi, petit soleil de mon système solaire
mon attentive, ma douceur, ma très forte, ma très fragile,
ma tendresse, ma relation, ma relative,
toi l'absolu intermittent dans le relatif familier
de l'instant qui parfois échappe au temps
toi que je nomme ma vie vivante (Le Haut Bout)
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Par iris, le 18/06/2008
A la lisière du temps de
Claude Roy
Marie Jadis
Souvent l'après-midi assis à la terrasse
du café de la Mairie
devant la place saint Sulpice
j'écoute passer le temps qui me passe
et je pense à Marie qui jadis
faisait mille malice aux garçons ses amis
Cinquante ans ont passés mais je l'entends qui rit
Où donc es-tu Marie dont j'ai perdu la trace
qui marchait comme un chat comme le temps qui passe?
Si tu vis quelque part donne un signe de vie
Fais que le prochain autobus soit le 96
C'est le 96 Mais je n'en sais pas plus
Où peut donc être aujourd'hui Marie
Marie dont j'ai perdu la trace?
Mes cheveux ont blanchi plus que mes souvenirs
l'après-midi à la terrasse du café de la Mairie
avant l'arrêt des autobus dont descendrait (sais-t-on jamais?)
absolument la même qu'en 1935 Marie qui rit
et qui me dit en approchant
"suis-je vraiment très en retard?"
Qui remonte le temps n'est jamais en retard
Le Haut Bout
17 juin 1983
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Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer? de
Claude Roy
un soir je rentrerai comme d'habitude à la maison
et un peu étonné
m'apercevrai enfin
que je ne suis plus là
je ne serai sûrement pas le premier à qui ça arrive
"passant, ce n'est pas le palais de crésus que tu vois,
c'est la maison d'un pauvre
une toute petite tombe bien assez grande pour moi
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A la lisière du temps de
Claude Roy
pluie
Il a plu cette nuit. L'eau parlait au pluriel
tambourinant le toit, débordant la gouttière,
s'enfonçant dans l'herbe avec un bruit de pas
giflant à bras d'averses les buissons ruisselants
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Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer? de
Claude Roy
les bourrasques secouent les corneilles dans le ciel bas
comme des feuilles folles
la saison est venue où chaque jours sans qu'on le sache
est peut-être un adieu
je m'étais pourtant rencontré par hasard avant hier
j'avais l'air très bien, je faisais des projets
ah mon pauvre monsieur
nous sommes bien peu de chose, mourir le nom que donnent les hommes au moment où se dénoue le mélange qu'assemblera un autre moment
du mouvement,
dis moi, c'est que nous sommes encore loin de la mer ?
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Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer? de
Claude Roy
apprendre à lire le non dit , le pas encore dit
ce qui affleure
apprendre à lire le chiffre des nuages et la fleur du givre
le oui et le non de l'enfant avant sa parole
le regard du chat
le chuchotis des sentiments
les pattes d'oiseaux sur le sable
le syllabaire de ras shamrah
les migrations des esturgeons
s'en aller à la fin comme celui-là
qui, à la nuit tombée, fait en silence la route du retour p 88
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Par gaillard1, le 28/09/2010
Le malheur d'aimer,: Roman de
Claude Roy
Il est rare que ce qui nous importe nous apparaisse d'abord très beau. La beauté, la plupart du temps, c'est à nos yeux ce que nous reconnaissons, ce qui est pour nous familier, et sans trouble.
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Poésies de
Claude Roy
« Jamais je ne pourrai »
Jamais jamais je ne pourrai dormir tranquille aussi longtemps
que d'autres n'auront pas le sommeil et l'abri
ni jamais vivre de bon cœur tant qu'il faudra que d'autres
meurent qui ne savent pas pourquoi…