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Par kathel, le 13/09/2010
Manhattan nocturne de
Colin James Oliver Harrison
Je vends le meurtre, la mutilation, le désastre. Et ce n'est pas tout : je vends la tragédie, la vengeance, le chaos, le destin. Je vends les souffrances des pauvres et les vanités des riches. Les enfants qui tombent des fenêtres, les rames de métro qui flambent, les violeurs qui s'éclipsent dans la nuit. Je vends la colère et la rédemption. Je vends l'héroïsme musclé des pompiers et la poussive cupidité des chefs de la mafia. La puanteur des ordures, les espèces sonnantes et trébuchantes. Je vends le Noir au Blanc et le Blanc au Noir. Aux démocrates, aux républicains, aux anarchistes, aux musulmans, aux travestis, aux squatters du Lower East Side. J'ai vendu John Gotti et O. J. Simpson et les poseurs de bombes du World Trade Center, et je vendrai tous ceux qui suivront. Je vends le mensonge et ce qui passe pour la vérité, et tout le spectre des nuances qui les séparent. Je vends le nouveau-né et le mort. Je revends la misérable et splendide ville de New York à ses habitants. Je vends des journaux.
Le maire me lit au petit déjeuner, les vendeurs d'obligations qui prennent le train dans le New Jersey me feuillettent, idem pour les dockers italiens à la retraite qui mâchent leurs cigares éteints sur leurs porches à Brooklyn, les infirmières qui vont en bus de Harlem au Lenox Hill Hospital. Les types de la télé me lisent, et parfois me volent mes histoires. Les Pakistanais qui attendent dans leur taxi devant Madison Square Garden, et qui, bien décidés à déchiffrer l'Amérique, lisent tout. Les jeunes avocats, le midi, pendant leur pause du déjeuner, après avoir parcouru les publicités vantant les boîtes de strip-tease. Les portiers des immeubles de l'East Side, qui lèvent les yeux chaque matin quand passent en coup de vent les femmes d'affaires, brillamment happées par leur avenir. Et les flics - tous les flics me lisent pour savoir si j'ai bien écouté ce qu'ils m'ont dit.
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Par Nanne, le 18/01/2011
Manhattan nocturne de
Colin James Oliver Harrison
D'autres soucis nous attendaient, d'autres crises, d'autres espérances. Un jour où l'autre, la vie nous apporte notre lot de souffrances. Comme il serait bon que nous fussions tous égaux à cet égard. Mais peut-être une telle pensée n'est-elle qu'un naïf mensonge. Peut-être sommes-nous plus désormais qu'une société d'assassins – d'assassins et de leurs complices.
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Par line70, le 21/03/2011
Manhattan nocturne de
Colin James Oliver Harrison
Un secret est un trésor dissimulé au cœur d'un entrelacs de mensonges. Un secret fait de votre visage un masque, il vous oblige à observer attentivement ceux que votre performance abuse. Avoir un secret, c'est réapprendre sournoisement les ficelles des conversations ordinaire, enrober celui qui crie en vous dans l'ouate d'un babil anodin. Un secret structure votre existence. Les tracas matériels deviennent enviables ; en les endurant stoïquement, vous rendez hommage au secret ; les yeux grand ouverts, vous le nourrissez dans la nuit.
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Par Nanne, le 18/01/2011
Manhattan nocturne de
Colin James Oliver Harrison
[…] je reçois des appels la nuit qui m'obligent à m'habiller dans le noir et à laisser ma femme et mes enfants endormis pour me rendre où la chose a eu lieu : voiture, bar, rue, club, boutique, appartement, couloir, parc, tunnel, pont, épicerie, coin de rue, quai de chargement, peep-show, toit, allée, bureau, sous-sol, salon de coiffure, officine de paris, salon de massage, labo clandestin, école, église. Là, je contemple les visages défaits d'hommes, de femmes et d'enfants qui auraient pu ou non y réfléchir à deux fois.
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Par Nanne, le 18/01/2011
Manhattan nocturne de
Colin James Oliver Harrison
Je vends le meurtre, la mutilation, le désastre. Et ce n'est pas tout : je vends la tragédie, la vengeance, le chaos, le destin. Je vends les souffrances des pauvres et les vanités des riches. Les enfants qui tombent des fenêtres, les rames de métro qui flambent, les violeurs qui s'éclipsent dans la nuit. Je vends la colère et la rédemption. Je vends l'héroïsme musclé des pompiers et la poussive cupidité des chefs de la mafia. La puanteur des ordures, les espèces sonnantes et trébuchantes. Je vends le Noir au Blanc et le Blanc au Noir. Aux démocrates, aux républicains, aux anarchistes, aux musulmans, aux travestis, aux squatters du Lower East Side. J'ai vendu John Gotti et O.J. Simpson et les poseurs de bombes du World Trade Center, et je vendrai tous ceux qui suivront. Je vends le mensonge et qui passe pour vérité, et tout le spectre des nuances qui les séparent. Je vends le nouveau-né et le mort. Je revends la misérable et splendide ville de New York à ses habitants. Je vends des journaux.
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Par le_Bison, le 14/02/2012
Havana Room de
Colin James Oliver Harrison
Commencer par la nuit où ma vie d’avant a fini. Commencer par la chaude soirée d’avril où le quadra fripé est sorti de son taxi à l’angle de Park Avenue et de la 77ème. Autour de lui, Manhattan fume et vrombit. Il a faim, envie de baiser, besoin de dormir, et dans l’ordre, de préférence. Le taxi redémarre, disparaît. Il est une heure du matin, et lui, la tête renversée en arrière, regarde l’immeuble où il habite en poussant un gros soupir - un soupir encyclopédique, un ouf audible venu du tréfonds de ses poumons et qui condense tout ce qui fait sa vie, souhaits et rêves, tristesses et joies, victoires et défaites. Sa vie entière, oui, tourbillonne dans cette bouffée tiède, comme toujours, pour tout le monde.
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