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Par Couperine, le 18/06/2011
La saison des arcs-en-ciel de
Cyrille Cléran
Rosalie (hurlant, hystérique): Sornettes, Monsieur Dumont ! Tout ceci n'est qu'un ramassis de sornettes tout droit sorti de la bouche pourrie d'un psychopathe hypocrite et crispant ! Vous n'avez pas d'alibi et vous aviez mille raisons de tuer Monsieur Xan : comment voudriez-vous que l'évidence de votre culpabilité ne nous sautasse pas immédiatement aux yeux ?
Jean : Je savais qu'on avait tous un côté plus ou moins tocard mais là, je suis bluffé. Qu'est-ce qu'on vous apprend dans vos écoles de police ? Vous êtes enquêtrices ou juges ? Ce n'est pas la même chose. Vous me brusquez, vous me molestez, vous enquêtez sur ma vie privée, vous portez des jugements sur mes activités intellectuelles, vous me... vous m'emprisonnez ! Et vous voudriez de surcroît que je me répande en aveux pour un crime que je n'ai pas commis ?
Viviane (redevenue mielleuse): Ne jouez pas les vierges effarouchées, Monsieur Dumont. Nous ne doutons pas une seule seconde de vos talents de dialecticien. Nous avons parcouru vos œuvres révolutionnaires - dignes d'un Cohn-Bendit pré-pubère - où toutes vos saloperies étaient déjà en germe. Visiblement, vous n'avez pas fait que mettre en pratique les savantes théories que votre cerveau échafauda pour créer le désordre sur les bancs de l'université, et plus si affinités. Votre inconscience d'étudiant libertaire s'est muée en une sorte de délire terroriste et criminel. Vous n'êtes pas le premier à évoluer ainsi et c'est d'ailleurs pour freiner les gens de votre espèce qu'ont été conçus les quartiers de haute sécurité.
Jean : Je n'aurai pas le loisir d'y goûter puisque très bientôt, n'est-ce-pas, vous allez me relâcher, faute de preuve qui tienne debout.
Rosalie (un peu essoufflée, à bout, se retenant de hurler): Les lois contre la subversion intellectuelle nous autorisent à vous garder en nos murs tout le temps qu'il nous plaira. Vous finirez bien par avouer.
Jean (tonitruant): Ces lois sont des foutaises !
Le squelette (à voix basse): Ce n'est pas moi qui dirais le contraire.
Rosalie : Vous n'aurez qu'à écrire un livre sur le sujet. Là où vous serez, vous aurez tout le temps d'assembler les chapitres de plusieurs tomes.
Jean : Soyez gentilles avec moi, Mesdames. Vous suivez une fausse piste, je vous assure. Ce n'est pas parce que j'ai commis un ouvrage ou deux qui dénonçaient le scandale des hérissons écrasés sur nos routes, par nos voitures, ou celui du génocide perpétré à l'encontre des pucerons exterminés par des milliers de tonnes d'insecticides répandus sur nos tristes espaces verts, que j'ai tué Monsieur Victor ! Vous n'avez pas le droit de penser une chose pareille ! N'avez-vous donc aucune pitié ? Vous êtes-vous déjà penchées sur mes théories ? Elles sont étayées ; ce qui n'est pas le cas de vos accusations... Savez-vous par exemple qu'à force de réduire la biomasse et qu'avec nos manies de tout nettoyer, de tout "civiliser", toujours plus vite, avec toujours plus de moyens, nous allons à l'encontre de nos intérêts vitaux ?
Viviane : Non seulement vous êtes innocent mais en plus vous êtes pédagogue et prophète ?
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Par verobleue, le 22/06/2011
Au paradis sans préavis de
Cyrille Cléran
Ma vie se résume à une succession de pérégrinations. Toujours en voiture : j’ai horreur de l’avion parce qu’on ne peut pas s’arrêter à l’endroit de son choix et rien qu’à l’idée d’enfiler un parachute en toute urgence, je sue. Le train est lui aussi d’une tristesse épouvantable, principalement à cause de la promiscuité : du reste, mon amour immodéré, hystérique, absolu et inexpugnable pour tout ce qui possède quatre roues (vous ai-je parlé de ma passion pour les bagnoles ?) est si enivrant, si jouissif, si massif que si j’avais la chance de mourir derrière mon volant comme James Dean, plutôt que dans un lit d’hôpital qui pue la vieille pisse et l’aigreur, je serai la plus béate des créatures.
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Par verobleue, le 22/06/2011
Au paradis sans préavis de
Cyrille Cléran
Mademoiselle Liatta, bibliothécaire au Centre Culturel de Montruggi, que j’avais été consulter, portait des lunettes. Elle était assise derrière un bureau austère et poinçonnait des fiches. Ses mains menues en disaient long sur son amour des livres. Elle les empilait avec douceur et fermeté comme une institutrice qui met ses élèves en rang. Elle caressait les livres nouvellement couverts comme pour en enlever la poussière, comme un dernier contact avant de les mettre en sommeil.
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Par Couperine, le 17/06/2011
La saison des arcs-en-ciel de
Cyrille Cléran
Sabine (immobile comme une statue) : Je crois qu'on a sonné.
Marie : Alors allez ouvrir au lieu de rester plantée là comme une andouille !
Sabine : Comme une quoi ?
Marie : Comme une buse.
Louise : C'est sûrement Jean.
Marie (attrapant son amie par la manche) : Tu sais Louise, entre lui et moi, c'est toujours resté à un niveau entièrement platonique ; nous ne nous sommes toujours rencontrés qu'en tout bien tout honneur.
Louise : Tu n'as pas besoin de me le dire ; j'ai une absolue confiance, en toi comme en lui.
Marie : Dieu merci. Je n'aurais pas aimé qu'une sombre histoire de meurtre sordide ne vienne polluer la belle relation d'amitié que toi et moi entretenons depuis tellement d'années.
Sabine (revenant seule, très embarrassée, un peu apeurée) : Madame ! Elles sont revenues !
Marie : Qui ça ?
Sabine : Les deux hyènes de tout à l'heure, elles sont revenues !
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Par verobleue, le 23/06/2011
Au paradis sans préavis de
Cyrille Cléran
Lou avait besoin d'être rassuré, de se nettoyer le coeur, de se purger de ces incertitude qui certes, comme des piments de Cayenne, relèvent les plats lorsqu'ils sont utilisés avec modération, mais brûlent le ventre à petit feu dès que les doses augmentent.
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Par verobleue, le 23/06/2011
Au paradis sans préavis de
Cyrille Cléran
Certain matin, on se découvre éternel.