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Par Chouchane, le 17/06/2011
La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Trois fois par semaine je vais prendre ma femme dans le centre-ville en rentrant du boulot. Elle sort plus tôt que moi et elle en profite toujours pour voir ses copines ou faire des courses. Ma femme n'est jamais arrivée une seule fois à l'heure à ces rendez-vous. A chaque fois, elle me fait poireauter entre dix et quinze minutes. J'ai fait le calcul, depuis que nous sommes ensemble, j'ai attendu ma femme 16 224 minutes. Un soir je suis arrivé au rendez-vous pile à l'heure, comme à l'habitue, et comme c'était à prévoir, elle n'était pas là. Alors je suis parti. Je suis rentré onze jours, six heures et vingt-quatre minutes plus tard. On est quittes.
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Par Chouchane, le 17/06/2011
La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Aimer comme je t'aime, c'est presque humiliant. Je ne suis plus que ça. Voilà, depuis que je t'ai rencontrée, toute ma vie, c'est toi. Tout ce que je fais, je le fais en pensant à toi, en me demandant ce que tu pourrais en penser. Et tout ce que je dis aussi. ça te fait peut-être sourire mais franchement c'est pas marrant. Même toi, bientôt, tu n'en pourras plus, même toi tu finiras par trouver ça insupportable. Pour l'instant, ça te va, parce que tu m'aimes aussi, mais je suis sûr qu'un jour tu va en avoir marre, c'est normal. Je sais plus quoi faire, je t'ai dans la tête toute la journée, putain, toute la sainte journée. Tu prends toute la place, je me sens tout ratatiné dans moi. C'est trop gros, trop lourd pour moi. Je ne sais pas comment on fait pour se débrouiller avec ça, (...) Il n'y a que l'usure, je vois que ça. Obligés de rester ensemble longtemps. Je ne vois que ça pour me retrouver un peu. Parce que, depuis que je t'aime comme un fou, je ne me retrouve plus, tu comprends ? (...) Je t'aime, tu m'aimes aussi, ça devrait être merveilleux, eh ben non. Je me sens aussi perdu que si tu m'avais quitté. Faut le faire quand même, non ? (...) je dis l'usure, mais j'y pense, là imagine qu'avec les années je t'aime encore plus, il y a des couples comme ça, ça fait des années qu'ils sont ensemble, eh ben, au bout de quarante ans ils s'aiment encore comme des dingues, oh lala !... où est-ce que je me suis embarquée, moi ? Ah ! ça , le jour où je t'ai draguée, j'étais pas inspiré.
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La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Je me demande souvent ce que je serais devenu si ma vie ne s'était pas meublée de toutes ces petites choses auxquelles je me suis attaché et de toutes celles que j'ai négligées. Je me demande souvent qui mène la danse. Si c'est ma vie qui fait de moi ce que je suis ou si c'est moi qui fait de ma vie ce qu'elle est. (p.12)
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Par liliba, le 04/12/2011
La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Aujourd'hui tu es si proche de moi qu'il me semble ne pas te reconnaître. Il n'y a plus cette distance qui nous séparait et que nous avions à parcourir pour nous découvrir. Plus ce recul qui nous forçait à nous tendre l'un vers l'autre. Tu es si proche de moi que tu te crois permis de faire glisser ce que nous vivons. Notre quotidien a substitué notre vie. Cette vie que tu as réduite à des petits tracas, à de légers soucis qui occupent ton esprit étroit comme l'anneau que tu portes à ton annulaire gauche.
J'ai cru que tu avais changé, mais tu n'as pas changé, tu es devenue. Tu es devenue ma femme. […] Bien sûr, nous n'avons plus dix-huit ans, mais vois-tu, avec toi j'ai cru en l'impossible, et je me suis aperçu que le pire était possible."
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Par liliba, le 04/12/2011
La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Je me demande parfois ce que je serais devenu si j'avais vécu d'autres choses que celles que j'ai vécues jusqu'à aujourd'hui. […] Il peut paraître vain de s'interroger sur de telles considérations, je connais beaucoup de gens qui balayeraient ce genre de questions d'un revers de manche. Je ne peux m'empêcher de penser régulièrement à cela. Quels bonheurs m'ont glissé entre les doigts, quels drames ai-je effleurés sans prendre conscience des conséquences qu'ils auraient pu avoir ? Pourtant, jamais je ne tente d'imaginer, de visualiser, ce que j'aurais pu devenir, je ne tiens pas à assumer d'autres vies que celle qui m'est bien réelle.
Je me demande souvent ce que je serais devenu si ma vie ne s'était pas meublée de toutes ces petites choses auxquelles je me suis attaché et de toutes celles que j'ai négligées. Je me demande souvent qui mène la danse. Si c'est ma vie qui fait de moi ce que je suis ou si c'est moi qui fait de ma vie ce qu'elle est."
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La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Gamberge
Tu gamberges. Tu regardes ta vie. Ça ne colle pas. Alors tu déprimes. Combien de vies ratées pour une vie réussie ? C'est quoi, les proportions ? Qu'est-ce que j'ai mal fait pour en arriver là ? C'est quand, que j'ai merdé ? J'ai encore le temps de me rattraper ? Combien de chances il me reste pour m'en sortir pas trop mal ? Elle peut encore changer, ma vie ? Je ne suis pas fait pour cette vie-là ? Ça se change, une vie ? Je veux dire, ça se change vraiment ? C'est quoi, le problème ? C'est ma névrose ? Comment on fait pour tordre une névrose ? J'ai mangé mon pain blanc, alors ? Je l'ai mangé sans m'en rendre compte, c'est ça ? Je vais encore ramer longtemps comme ça ? C'est encore loin, l'Amérique ? Est-ce qu'un jour moi aussi je mâchouillerai un brin d'herbe sous un saule en me disant que la vie est belle ? Qu'elle est sacrement belle ? Faut que j'arrête de gamberger, c'est pas bon.
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La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Ne me retire pas l'idée, aussi incertaine soit-elle, que s'aventurer est toujours plus vivifiant que se contenir, que ce qui s'élance a plus de grâce que ce qui se ramasse. Un jour qui se lève, aussi merdique soit-il, même en novembre, même par temps de pluie, est toujours plus prometteur qu'un soir de juin qui a tout dit.
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La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Je t'aime, tu m'aimes aussi, ça devrait être merveilleux, eh ben non. Je me sens aussi perdu que si tu m'avais quitté. Faut le faire quand même, non? Franchement, c'est pas humain d'aimer quelqu'un comme je t'aime, ça devrait pas exister, c'est dégueulasse, vraiment c'est dégueulasse!
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La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Voisine
Je peux rester des après-midi entiers à regarder cette fille, caché derrière mon rideau. Je me demande ce qu'elle peut écrire sur son ordinateur. A quoi elle pense quand elle regarde par la fenêtre. Je me demande ce qu'elle mange, ce qu'elle utilise comme dentifrice, ce qu'elle écoute comme musique. Un jour, je l'ai vue danser toute seule. Je me demande si elle a des frères et sœurs, si elle met la radio quand elle se lève le matin, si elle préfère l'Espagne ou l'Italie, si elle garde son mouchoir en boule dans sa main quand elle pleure et si elle aime Thomas Bernhard. Je me demande comment elle dort et comment elle jouit. Je me demande comment est son corps de près. Je me demande si elle s'épile ou si au contraire elle a une grosse toison. Je me demande si elle lit des livres en anglais. Je me demande ce qui la fait rire, ce qui la met hors d'elle, ce qui la touche et si elle a du goût. Qu'est-ce qu'elle peut bien en penser, cette fille, de la hausse du baril de pétrole et des Farc, et que dans trente ans il n'y aura sans doute plus de gorilles dans les montagnes du Rwanda ? Je me demande à quoi elle pense quand je la vois fumer sur son canapé, et ce qu'elle fume comme cigarettes. Est-ce que ça lui pèse d'être seule ? Est-ce qu'elle a un homme dans sa vie ? Et si c'est le cas, pourquoi c'est elle qui va toujours chez lui ? Pourquoi il n'y a jamais d'homme chez elle ? Je me demande comment elle se voit dans vingt ans. Je me demande quel sens elle donne à sa vie. Qu'est-ce qu'elle pense de sa vie quand elle est comme ça, toute seule, chez elle ? Si ça se trouve, elle n'a aucun intérêt, cette fille.
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La Patience des buffles sous la pluie de
David Thomas
Alors toi, le moins qu'on puisse dire, c'est que je t'aurais méritée. Primo, ça faisait des années que je t'attendais. Des années que j'avais juste le droit de tremper mes lèvres dans le bonheur et puis pas plus. Deusio, quand je te rencontre il faut que tu sois maquée avec un poulpe qui te colle de partout. Et tertio, quand enfin mademoiselle est dispo, il faut que tu me fasses poireauter des semaines et des semaines, genre laisse-moi digérer mon histoire avec Dudulle et faire mon rot. Tu crois que ça peut être simple ? Comme à la télé ou sur grand écran ? Ils se rencontrent, ils se plaisent, ils s'aiment, allez zou ! emballez, c'est pesé. Eh ben, nan ! Il faut que ça soit compliqué, il faut que mademoiselle prenne tout son temps, qu'elle s'ébroue un peu, qu'elle remette de l'ordre sans sa tête, qu'elle fasse une pose, alors que moi, je suis là, tendu comme un arc, les pieds bien calés dans les starting-blocks, les doigts bien posés sur la ligne, concentré, parce qu'un début d'histoire, faut surtout pas le rater, faut se donner à fond, je le sais, c'est pas une première pour moi, avec toutes les histoires foireuses que je viens d'enquiller, j'ai largement eu le temps de m'entraîner. Comme un sportif, je me suis entraîné. Je suis prêt, moi. Y a plus qu'à donner le départ. Quand mademoiselle sera disposée.
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