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Par caro64, le 12/04/2010
Sukkwan island
de
David Vann
Parce que, jusqu'ici, il a raté tout ce qu'il a entrepris dans sa vie - mariage, paternité, travail - Jim s'en va passer une année dans une cabane sommairement aménagée sur une île isolée et inhabitée : Sukkwand Island, au sud de l'Alaska. Là, il espère faire le point sur sa triste existence, et, au terme de cette année d'exil, revenir avec le sentiment d'avoir enfin mené à bien quelque chose sur cette terre. Mais Jim n'est pas parti seul. Roy, son fils de 13 ans l'accompagne. Peut-être cette expérience partagée saura-t-elle les rapprocher ? Très vite pourtant, la relation entre père et fils va connaître de sérieuses difficultés, dues en grande partie à la fragilité émotionnelle du premier. Alors que l'hiver quasi polaire approche, Jim, pour la plus grande crainte de Roy, ne semble pas être tout à fait à la hauteur de ce qui les attend. Cette virée en Alaska tourne au cauchemar.
Sukkwan Island est un véritable tour de force et échafaude intrigue et suspens dans un magnifique huit clos... en pleine nature.
L'écriture est simple et irréprochable, le ton juste, du début à la fin.
David Vann sait créer la surprise, nous traîner dans les pensées des personnages, haletant entre espoir et dégoût au fil des pages. Il nous livre un roman que l'on ne peut lire que d'une traite, un roman qui coupe le souffle au sens propre comme au sens figuré.
Émouvant et dérangeant, débordant d'émotions complexes, je parie que ce livre vous laissera des traces.
Sukkwand Island est le premier roman de David Vann. Un auteur américain à suivre !
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Sukkwan island
de
David Vann
Etait-il nécessaire d’aller si loin dans l’horreur?
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Lors d’une interview, David Vann mettait le lecteur en garde : “[mes romans sont] des monstres qui m’horrifient, dotés d’une puissance sur laquelle je n’ai aucun contrôle”. L’auteur ne ment pas, en témoigne ce roman terrible qui débute pourtant sous les meilleurs auspices : un huit-clos entre un père et son fils, un adulte lâche, complètement névrosé, au bord de la folie, un adolescent désemparé et apeuré qui ne sait pas comment échapper à une situation qui le dépasse.
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Construire un roman autour de deux personnages peut sembler risqué, mais David Vann relève magistralement ce défi. Sous sa plume, la nature, la cabane, les animaux prennent vie et peuplent le récit tout autant que les deux hommes qui viennent coloniser cette faune et cette flore hostiles. Autant le savoir, l’auteur projette son histoire personnelle émaillée de drames dans ses romans, et les relations qu’entretiennent Roy et Jim sont criantes de vérité. Hormis les liens du sang, ils ont tout d’un étranger l’un pour l’autre, et se retrouver sur une île, durant de nombreux mois semble une vaine et pathétique tentative de rapprochement à laquelle aucun des deux ne croit vraiment.
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Ce qui se joue dans ce roman est inimaginable et indicible. Le récit s’enfonce subitement dans une horreur absolue, où la folie la plus terrifiante le dispute à des situations absurdes qui seraient cocasses, n’était le style hyperréaliste de l’écrivain qui empêche toute prise de distance par rapport au texte : David Vann fait montre d’un singulier manque de pudeur et de subtilité dans la narration de certains passages. Il réalise toutefois un coup de maître : on referme ce roman terrassé, abasourdi, nauséeux, obsédé par des images monstrueuses et répugnantes.
Lien : http://litteratureetchocolat.wordpress.com/2011/12/03/sukkwan-island-de-david...
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Par gilles3822, le 16/03/2010
Sukkwan island
de
David Vann
Je n'aime pas être négatif mais j'ai été déçu. Ce livre manque de cohérence: Les évènements se suivent et ne correspondent pas à la psychologie des personnages. L'être humain peut être imprévisible mais dans cette irrationalité, il y a toujours un fil conducteur. La noirceur du propos méritait mieux qu'une errance non aboutie. Un scénario de plus pour Hollywood.
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Par OhOceane, le 17/01/2012
Sukkwan island
de
David Vann
Sukkwan Island raconte l’histoire d’un homme Jim, qui décide de passer un an sur une île isolé, en Alaska, avec son fils Roy, tout jeune ado.
L’idée est de resserrer les liens père-fils, en profitant de l’isolement et de la nature sauvage. Au programme, chasse, pêche, nature et discussion… (Oui je sais)
Mais très vite on se rend compte du boulet égoïste qu’est Jim le père. Celui-ci navigue presque à vue, n’a pas si bien préparé cette immersion en pleine nature, et surtout fait preuve de légèreté, voire de lâcheté, quand il ne pleure pas sur son sort de coureurs de jupons double divorcé. Car le problème est là : Jim merde sur tout les plans, à cause avant tout d’un égotisme confondant de naïveté. Et une fois qu’il a merdé, il pleure et s’excuse. Le jeune Roy assiste à son naufrage, comme père, comme robinson volontaire et comme homme, tout court.
Jim veut recommencer sa vie, loin de ses erreurs de mari et de père, mais il ne fait que s’enfoncer dans son égoïsme aveugle. Il met son fils dans des situations plus délicates les unes que les autres, parfois en danger…
Jusqu’au point de non-retour, page 118. Que je n’ai pas aimé, car ne correspondant pas à ce que l’auteur nous montre du jeune Roy jusque là. Je n’en dirais pas plus, pour ceux qui veulent se garder la surprise de la lecture, mais quelle déception pour moi.
Pourtant je comprends cette page 118, puisque elle sera l’occasion d’aller encore plus profond dans la noirceur et le désarroi. Ce seront des pages magnifiques, tant on observe le gâchis de ces vies au plus près.
Bref j’ai aimé, bien aimé même, mais il me reste en travers de la gorge comme une sorte de liberté prise à mes dépends de lectrice.
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Par canel, le 21/12/2011
Désolations
de
David Vann
Lorsqu'on lit un second livre d'un auteur après un coup de coeur, on espère y retrouver ce qu'on a tant aimé la première fois, non ? De Sukkwan Island, vous reconnaîtrez les dialogues sans guillemets, le "nature-writing" - avec île isolée, climat hostile, bricolage - la finesse d'analyse des personnages, la tension croissante, et, comme le titre et la couverture le laissent présager, une atmosphère sombre, violente. Le noir s'affiche, percutant, dès les premières lignes et le pessimisme s'exprime ensuite via des portraits de couples en crise latente ou semi-ouverte, des cruautés qu'on reçoit comme des gifles.
David Vann nous immerge ainsi dans les désillusions, l'usure et les bassesses conjugales (choix du partenaire par dépit, par défaut, par confort, adultère, rancoeurs, mesquineries), jusqu'à l'étouffement. Il est également question du vieillissement, des regrets personnels sur la vie passée, a fortiori lorsque les envies et rêves des deux partenaires divergent, ce hiatus pouvant s'accroître avec la retraite lorsque l'activité professionnelle n'offre plus d'échappatoire.
Bref, ce n'est pas rose, loin s'en faut, c'est même de plus en plus terrible au fil du récit, l'auteur est égal à lui-même. C'est toujours aussi bien écrit, aussi subtilement observé, décrit, analysé, aussi intense et dur. J'aurais volontiers sabré les passages sur la pêche et la construction de la cabane, mais cela a (forcément !) accru mon empathie pour Irene.
La plume et le propos de cet ouvrage, l'habileté à décortiquer le couple et la famille, me font beaucoup penser à la sensibilité d'Alison Lurie et à l'acuité d'analyse de Kate O'Riordan.
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Par yv1, le 28/10/2011
Désolations
de
David Vann
Vais-je oser ? Me mettrais-je à dos la quantité de lecteurs de David Vann depuis son formidable succès de Sukkwan Island ? Bon, je me lance : je n'ai pas aimé ! C'est lent, c'est long, c'est prévisible ! Ouf ! Voilà, c'est dit. Maintenant je pars en courant (je suis un grand sportif) de peur de recevoir des cailloux. .................................................................................................................................
Voilà, c'est bon ? Je peux revenir ? Vous avez bien vidé vos mains et jeté les projectiles qu'il vous restait ? Sûr ? pas un qui traîne encore ici ou là ?
J'argumente : j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre et pourtant j'avais un a priori très positif eu égard au roman précédent de l'auteur, qui malgré des longueurs, là aussi m'avait emballé. Las, je retrouve ici, en encore plus fort ce que je n'avais pas aimé dans l'autre. L'intrigue de départ est peu ou prou la même et le déroulement pareil. Le paysage est ressemblant : j'aime bien lorsque les auteurs se renouvellent, mais là ce n'est pas le cas.
J'ai été vraiment agacé par les les questionnements des personnages : toujours les mêmes tout au long des 300 pages ; ils n'évoluent quasiment pas, sauf dans les toutes dernières pages ; c'est redondant et longuet. Il a fallu des décennies à Irene pour comprendre, moi, en 100 pages j'avais compris qu'on tournait en rond. Pareil pour Rhoda et Jim qui se tournent l'un autour de l'autre : nous marions-nous ? Pourrais-je être infidèle ?
J'aime bien la lenteur et les paysages dans mes lectures, mais il faut que le style de l'auteur m'accroche, que j'aie du plaisir à lire ses phrases, l'enchaînement de ses mots. J'ai toujours du mal à parler style littéraire avec des ouvrages traduits, ce qui est de l'auteur, ce qui est de la traductrice (Laura Derajinski) et d'autant plus pour David Vann que son écriture n'a rien d'extraordinaire. Pas désagréable, certes non, mais point exceptionnelle non plus, avec même ça et là des phrases bizarres comme celle ci que j'ai repérée, celle du milieu : "Elle était la plus belle femme qu'il fréquenterait jamais. Elle était certain (sic). Il n'y aurait jamais rien de mieux et il avait pourtant encore la moitié de son existence devant lui." (p.167)
Je suis un peu dur, sûrement, mais ma déception est la mesure de ce que j'attendais de ce livre. Je l'ai fini en diagonale, vite fait pour tenter de ne rien rater, mais pour ce qui est du raté, je pense que c'est David Vann qui a commencé !
Lien : http://www.lyvres.over-blog.com
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Par LiliGalipette, le 10/09/2011
Désolations
de
David Vann
L’Alaska est une terre des confins, là où les hommes s’échouent ou se relancent. Pour Gary, c’est la terre des échecs. Son mariage avec Irene est en péril, mais jamais le courage ne lui est suffisant pour partir. Son envie d’ailleurs s’incarne dans un rêve vieux de trente ans : une cabane, celle qui aurait dû construire depuis des années. « L’idée était de bâtir une cabane à l’ancienne. Sans assise en ciment, sans permis de construire. La cabane devenue simple reflet d’un homme, à l’image de son propre esprit. » (p. 73) C’est avec des rondins inégaux qu’il décide de bâtir son rêve sur Caribou Island, une île au milieu du Skilak. Il espère apaiser les regrets de toute une vie et surtout oublier l’échec de son couple. « Un réconfort élémentaire, eux deux, le besoin qu’ils avaient l’un de l’autre. Pourquoi n’était-ce pas suffisant ? » (p. 56) Irene ne croit pas à cette folie de bâtisseur. Motivée par une culpabilité mêlée de reproche, et bien que terrassée par d’incessantes et inexplicables migraines, elle choisit d’aider son époux dans son entreprise.
Le couple monte un bivouac sur l’île et s’emploie à construire la cabane, se coupant peu à peu du reste du monde. « Presque un chariot de pionniers d’un nouveau genre, en route vers une nouvelle terre et la création d’un nouveau foyer. » (p. 17) Mais l’hiver est précoce et avec lui se précipitent les doutes froids et les haines pétrifiées. « Quand le lac commencerait à geler, il y aurait une longue période où aucun bateau ne pourrait effectuer la traversée, et la glace ne serait pas assez solide pour leur permettre de traverser à pied. Ils seraient isolés, sans aucun moyen de communication en cas de problème. » (p. 241) La cabane ne sera finalement qu’une tour de Babel : Gary échoue à renouer avec lui-même et tout n’est qu’inachèvement et incapacité. La fin de cette épopée nordique est dramatique, forcément, et éternellement figée dans des neiges mauvaises.
Pendant ce temps Rhoda, la fille de Gary et Irene, court à perdre haleine après un idéal de vie de couple et de mariage. Mais son compagnon Jim, de dix ans son aîné, prend conscience que sa vie ne peut pas se limiter à une seule femme. Son accomplissement passera par la possession et l’expression d’une sexualité sans complexe. Et Rhoda s’engage dans une voie qui pourrait être sans issue, sinon fatale.
L’intertextualité à l’œuvre dans ce texte est magique. Elle ressuscite les légendes et les épopées scandinaves tout en convoquant les accords parfaits de chansons inoubliables, qu’il s’agisse de «’Suzanne’ de Leonard Cohen ou des harmonies des Beatles.
Les éditions Gallmeister publient des œuvres qui s’inscrivent dans le courant du Nature Writing. Désolations est une magnifique expression de ce courant littéraire. Ici l’Alaska se livre entre immensités glaciales et territoires hostiles. Chacun des personnages part en quête d’une terre meilleure. Mais l’Alaska n’est pas l’El Dorado. Alors se pose une lourde question : peut-on vivre de rêves en Alaska ? La fin de l’été marque le crépuscule de certaines choses et l’on ne sait si ce qui suivra sera une hibernation avant un beau réveil ou une mort sans retour.
Je n’ai pas lu le premier roman de David Vann, Sukkwan Island, prix Médicis en 2010. Pour autant, impossible de passer à côté de tout ce qu’on en a dit. D’aucuns se demandent si le second roman sera à la hauteur du premier. Après lecture du magistral Désolations, je me demande plutôt de quel chef-d’œuvre je me suis privée en ne lisant pas Sukkwan Island. David Vann a un talent certain pour dépeindre les tourments des âmes livrées aux éléments. L’Alaska ne semble plus si hostile quand on a jeté un regard dans le cœur de Gary ou d’Irene. À se demander comment une telle terre n’a pas pu apaiser tant de haines et de rancœurs réciproques. Mais la réponse n’est pas là et il n’est pas certain qu’elle existe. Désolations n’est pas une œuvre à clés : c’est une vue d’hiver à travers une vitre froide. De l’autre côté s’accomplissent des choses grandioses et auxquelles rien ne s’oppose.
J’ai lu ce roman presque d’une traite. La plume de David Vann est hypnotique et elle trace dans les consciences des voies insoupçonnées, qu’on ne peut qu’emprunter au risque de s’y perdre.
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Par oops, le 16/11/2011
Désolations
de
David Vann
Comme dans le précédent roman de David Vann, l’histoire se passe dans les grands espaces de l’Alaska. Irène et Gary sont deux jeunes retraités, mariés depuis trente ans, ils ont deux enfants. Leur fille Rhoda est vétérinaire, elle vit avec Jim un dentiste qui a dix ans de plus qu’elle, ils sont sur le point de se marier. Mark est pêcheur, il habite avec Karen qui tient un Coffee Bus. Les deux enfants vivent sur le continent tandis que leurs parents se construisent une cabane sur un îlot, loin de toute civilisation. C’est un rêve de toujours pour Gary, de vivre en pleine nature avec le strict minimum. Au fur et à mesure de l’avancement du projet, Irène réalise qu’elle ne se fera pas à cette vie d’ermite, sans compter le froid et des migraines insupportables qui la rendent impotente. Comme dans Sukkwan Island on sent dès les premières pages qu’un drame familial se prépare. L’auteur décortique la vie des différents couples, révélant la naïveté de la jeunesse pour les uns et le désenchantement chez les autres. Dans ce roman tout ce qui ronge la vie de couple est mis au jour sans états d’âmes, les manques, les déceptions, le manque communication, le passé…Face à une nature froide et impitoyable, la solidité des couples est mise à rude épreuve, le couple peut être un éden mais aussi une prison. Un roman glaçant à tout point de vue qui analyse fort bien ce que peut-être la crainte de la solitude dans une vie de couple à long terme.
Lien : http://ma-bouquinerie.blogspot.com
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Par ChezLo, le 14/10/2011
Désolations
de
David Vann
Gary entraîne sa femme Irene dans une aventure aussi périlleuse qu'égoïste : vivre isolés dans un coin d'Alaska, en se construisant une cabane si possible avant l'hiver. Une retraite "nature" pour un couple au bord de la rupture. Gary ne témoigne plus d'aucune attention envers sa femme, qui se met, elle, à souffrir d'atroces migraines fulgurantes que rien ne calme. Leur fille Rhoda suit de près leur installation, s'inquiète pour sa mère plus que pour elle-même et son couple, qu'elle forme avec Jim. Jim, homme qu'elle aime et pour lequel elle rêve de mariage alors qu'il la trompe déjà allègrement.
Un homme entêté qui entraîne plus faible que lui sur une île gelée, ça ne peut que rappeler Sukkwan Island. Encore la même histoire donc ? Pas tout à fait. Désolations diffère grandement par le fait que le nombre de personnages y est plus étoffé, et par conséquent les histoires secondaires aussi. La structure familiale semble moins fantomatique que dans Sukkwan Island. Au moins entre enfants (surtout Rhoda, très attachée à sa mère) et parents subsiste une relation, des dialogues, des visites. Et les relations multiples tissent le roman, et non plus seulement les rapports entre un père et son garçon. Relation de couple, couple fané, couple en devenir et peut-être mort dans l'oeuf, couple de l'adultère... Ici la relation filiale semble l'unique lien durable, solide, honnête. Mais la condition humaine pousse les hommes et surtout les femmes à chercher dans la relation à l'autre, dans l'amour, une sécurité, un bonheur qui s'avère évanescent. Les erreurs et les drames se reproduisent de génération en génération sans être évités.
Roman bien écrit, j'ai aimé lire Désolations sans pour autant m'extasier pour ce roman mélancolique. Une lecture qui vaut par les ambiances et les atmosphères froides, inquiétantes, que David Vann peut créer en introduisant un personnage fétiche : la Nature et ses éléments tourmentés ou apaisés.
Un roman sombre, une tranche de vie familiale ou les femmes sont confrontées à l'enlisement conjugal et les hommes écoutent, sourds aux autres, leurs pulsions et leurs chimères...
Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2011/10/desolations.html
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Par yokai, le 22/01/2012
Sukkwan island
de
David Vann
J'avais lu un peu partout qu'il s'agissait d'un livre très noir. J'ai pris cet avertissement à la légère en me disant que j'en avais vu d'autres: American Psycho et les livres de James Ellroy sont deux exemples qui me viennent à l'esprit. Et puis Sukkwan island est quand même publié par les éditions Gallmeister, grands spécialistes du genre nature writing qui n'a pas pour caractéristique principale de raconter des histoires sordides.
Je suis donc parti confiant et même un brin moqueur envers ceux qui s'offusquaient de la noirceur de ce roman. Il faut bien avouer que j'ai été surpris. Tout avait pourtant bien commencé. Un père et son fils partent sur une île emménager dans une cabane pour passer un bout de temps ensemble — enfin assez longtemps à vrai dire. Ce qui paraît plutôt pas mal sympa dit comme ça. Mais, dès les premiers temps, vont apparaître quelques signes n'augurant rien de bon.
Il faut le dire tout de suite tout ceci est très bien fait, le prix Médicis étranger 2010 n'est pas usurpé. Les signes annonciateurs, l'instabilité des personnages, l'ambiance pesante, tout est parfaitement bien retranscrit et vous arrive en plein dans l'estomac. Ce qui est un résultat admirable sur un plan technique — est-ce dû à l'utilisation opportune du courant de conscience — est aussi un peu dur à encaisser. C'est le genre d'histoire difficile à digérer dans lesquelles on peut appréhender de se replonger. Heureusement, la souffrance ne sera pas trop longue, l'auteur ne nous torture que pendant à peine plus de 200 pages. Si vous cherchez une aventure bucolique du vaillant père et de son jeune fils renforçant leurs liens en se frottant à la dure mais belle mère nature, ce n'est pas vers ce livre qu'il faut vous tourner. Ne considérez cependant pas mes propos comme négatifs. L'expérience est très intéressante et le livre a le très grand mérite d'oser, de raconter autre chose autrement — il n'est pas près d'être adapté par un studio de cinéma américain. Rien que pour cela, il mérite toute notre considération.
Lien : http://www.aubonroman.com/2011/10/sukkwan-island-par-david-vann.html
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Par Bartleby, le 22/04/2010
Sukkwan island
de
David Vann
Lecteurs exclusifs de littérature postmoderne, passez votre chemin… Sukkwan Island, le premier roman de David Vann, n’innove ni dans la forme ni dans le fond. Sukkwan Island est un texte classique dans sa structure, dans sa langue et dans son style. Sukkwan Island est simplement un très bon livre et, en tant que tel, il s’inscrit dans une filiation tout en en déjouant les codes.
C’est à quelques encablures de Sukkwan Island, une île au large de l’Alaska, qu’un hydravion amerrit. Le pilote a pour mission de déposer Jim et son fils Roy, âgé de treize ans :
« Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. »
Jim, dentiste à Ketchikan, vient de divorcer de Rhoda et a invité Roy, qu’il a eu d’un précédent mariage et qui vivait confortablement en Californie avec sa mère et sa sœur, à passer une année avec lui sur cette île, à goûter à la vie sauvage. Sans même parler de Jack London dont le nom s’impose sitôt que l’on nomme l’Alaska, ce retour à la nature évoque Walden ou la vie dans les bois : s’agira-t-il de montrer, comme l’écrit Thoreau, que l’on ne peut « affronter les actes essentiels de la vie » qu’à l’écart d’une société de plus en plus chronophage ? Il semble y avoir, de la part du père tout au moins, une volonté de retour à l’essentiel, retour confirmé par le pilote de l’hydravion qui s’étonne de voir les provisions réduites au strict minimum. Aucune inquiétude cependant de la part du père qui affirme qu’ils vivront du produit de leur pêche et de leur chasse ; n’y a-t-il pas assez de chèvres, de cerfs et d’ours dans ces montagnes ? L’imaginaire du lecteur voit alors le visage d’Ernest Hemingway se superposer à celui de Jim. C’est une affection virile qui semble devoir se développer entre Jim et Roy. Sur cette île, Jim est venu chercher en compagnie de son fils une sorte de rédemption. Lui qui se sentait si atopique espère que les lieux permettront d’annihiler ce sentiment d’étrangeté :
« Je ne sais pas à quoi c’est dû, je ne me suis jamais senti chez moi toutes ces années, je ne me suis jamais senti à ma place nulle part. Quelque chose me manquait, mais j’ai le sentiment qu’être ici avec toi va tout arranger. »
L’île sera-t-elle une nouvelle Utopia ? Ce lieu en dehors de tout lieu aura-t-il une fonction édénique ? Ce début de roman revêt une telle dimension mythologique que c’est par un mythe que commence ce livre ; la première leçon du père à son fils :
« Le monde était à l’origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n’y voyait rien à redire. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s’agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu’à ce que l’humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde. Son père fit une pause et Roy demanda : Et après ? Au fil du temps, les extrémités ont fini par se toucher. Elles se sont recroquevillées pour se rejoindre et former le globe, et sous le poids de ce phénomène la rotation s’est déclenchée, hommes et bêtes ont cessé de tomber. Puis l’homme a observé l’homme, et comme il était devenu si laid avec sa peau nue et ses bébés pareils à des cloportes, il s’est répandu sur la surface de la Terre, massacrant et revêtant les peaux des bêtes les plus correctes. Ha, lança Roy. Mais ensuite ? La suite devient trop compliquée à raconter. Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d’argent, d’impôts, et tout est parti en vrille. Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t’es marié avec Maman ? Son père le dévisagea d’un œil qui prouva à Roy qu’il était allé trop loin. Non, c’est parti en vrille un peu avant, je crois. Mais difficile de dire quand. »
Ce qui est vrai du monde, l’est de la relation entre le père et le fils : tout commençait bien et tout est « parti en vrille ». Progressivement, certes, mais irrémédiablement. Jim ne donnera aucune autre leçon à son fils. Il ne l’emmènera pas chasser l’ours ; ce sont les ours qui, pendant leur absence, dévasteront la cabane, dévoreront leurs maigres provisions, sucre et conserves, et détruiront la radio, rendant impossible l’appel des secours. Le lecteur découvre petit à petit que n’est pas Robinson qui veut. Sukkwan Island est l’antithèse de Robinson Crusoé : géographiquement d’abord, puisque nous ne sommes pas sur une île située sur l’équateur, quelque part au large du Venezuela, mais sur le cercle arctique ; humainement ensuite, parce que Jim est loin d’être le héros que nous commencions à imaginer. Il a voulu jouer les aventuriers alors qu’il n’en a pas la stature. On se souvient par exemple que Robinson, échoué sur son île, parvenait, avec une hache et une herminette pour seuls outils, à fabriquer tout ce dont il avait besoin : sa cabane et ses meubles [1]. Sans doute, Jim a-t-il lu et pris au pied de la lettre le roman de Daniel Defoe avant de décider de s’installer sur Sukkwan Island. Bien que Jim et Roy aient l’avantage de posséder une cabane et des meubles, des armes et tous les outils nécessaires, ils ont encore à construire une réserve et un fumoir pour faire sécher la viande. La tâche va vite s’avérer impossible, Jim étant si malhabile qu’il ne parvient pas à faire grand-chose. Et quand il y parvient, c’est grâce aux conseils de son fils. Lorsqu’il l’emmène en randonnée, il se perd et manque de les faire périr en se montrant incapable de construire un abri de fortune. Encore une fois, c’est Roy qui doit prendre les choses en main. Les relations s’inversent et, au fil des pages, on s’aperçoit que le fils est bien plus mûr que son père qui se révèle être un homme instable, un veule de la pire espèce. Roy est non seulement confronté à ses angoisses d’enfant, mais il ne peut se confier à son père qu’il est obligé de soutenir, celui-ci se mettant dans un premier temps à pleurer la nuit, à gémir puis à se confier :
« Cette nuit-là, son père lui parla de nouveau. Roy se répétait : Plus qu’un mois ou deux, et après je me tire et je remets plus les pieds ici, il se le répétait encore et encore, comme un mantra, tandis que son père gémissait, pleurait et se confessait. J’ai trompé ta mère, disait-il à Roy. C’était à Ketchikan, quand elle était enceinte de ta sœur. Je sentais que c’était la fin de quelque chose, je crois, la fin de toutes mes possibilités, et Gloria travaillait toujours tard le soir, elle venait dans mon bureau et me jetait de ces regards, je n’ai pas pu me retenir. Dieu que je me sentais mal. J’avais la nausée en permanence. Mais j’ai continué. Et même après avoir vu tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai détruit, je ne suis pas sûr que j’agirais différemment si j’en avais encore l’occasion. Le truc, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche chez moi. Je ne peux jamais faire ce qu’il faut, jamais être celui que je suis censé être. Il y a quelque chose en moi qui m’en empêche. […] Dehors la pluie tombait en continu, la pièce était petite et sombre. Son père s’adressait à lui en chuchotant, reniflait, émettait des sons étranges et effrayants à travers son désespoir ; il était allongé à quelques pas de lui et Roy n’avait nulle part où aller. »
La suite ici : http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/2010/04/les-naufrages-david-vann-sukkwan-island.html?showComment=1271919838804
Lien : http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/
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Par chocobogirl, le 25/10/2011
Désolations
de
David Vann
Irène et Gary, mariés depuis 30 ans, vivent en Alaska, au bord du lac Skilak. Un choix de vie qui s'est fait il y a 10 ans, pour se rapprocher d'un idéal de communion avec la nature. Pourtant, c'est une autre vie que le couple s'est construit. Gary s'est perdu dans bon nombre de projets inaboutis. Irène lui a donné 2 enfants, désormais adultes : Rhoda et Mark. Aujourd'hui, à l'heure de la retraite, Gary est pourtant décidé à mener la vie qu'il a toujours rêvé. Ils vont désormais vivre dans une cabane en bois sur une île isolée, au coeur de la nature. Il entraîne dès lors sa femme dans la construction de leur future habitation et s'acharne sur ce projet quelque peu utopique, de manière un peu égoïste et sans être vraiment préparé. Irène, dont le mal-être ne cesse de grandir, voit surtout dans cette entreprise une tentative de Gary de se séparer d'elle et se prête bien malgré elle au projet pour sauver son mariage.
Après le formidable Sukkwan Island, voici le génial Désolations ! Si ce dernier prend place lui aussi dans les paysages tourmentés de l'Alaska, David Vann fait preuve de renouvellement tout en y replaçant avec succès ses propres obsessions.
On y retrouve une famille dont l'auteur prend plaisir à décortiquer les sentiments, les peurs, les espoirs, la folie même.
Gary construit sa cabane envers et contre tout. Malgré le temps. Malgré sa femme. Malgré les problèmes qui ne manquent pas de se présenter faute de préparation suffisante. Son obstination est peu compréhensible, il donne l'impression de fuir quelque chose, de se prouver quelque chose, qu'il est capable d'aller au bout de sa volonté. Seul compte ce but qu'il s'est fixé, alternative à tous ses autres projets précédents qui n'aboutirent jamais.
Irène est hantée par le suicide de sa mère, dont elle a découvert le corps pendu lorsqu'elle était enfant. Elle semble être une femme résignée qui s'accroche désespérément à son mari, qui ne le contredit pas par peur de le perdre. Depuis qu'elle s'est lancé dans la construction de la cabane, des migraines atroces viennent l'assaillir et aucun médicament ne semble faire effet.
A leurs côtés, il y a pourtant leur fille Rhoda qui leur rend visite régulièrement, qui s'inquiète de leur absence, qui voit la détérioration de leur relation. Rhoda vit avec Jim, un dentiste fortuné qui lui offre tout le confort nécessaire. Mais sa relation avec lui ne la satisfait pas complètement. Jim semble de pas s'impliquer totalement. Le mariage dont il parle reste un projet lointain. Son frère Mark vit avec Karen et continue de mener une vie insouciante : kart avec les copains, fumette entre amis. Le sort de sa famille lui importe peu et il reste en retrait de tout ce qui la concerne.
Dès le début, la tension est palpable. Le couple Gary / Irène communique avec violence, s'envoie des piques régulières et réagit avec susceptibilité. Même le silence entre eux semble synonyme de reproches. Les maux de tête d'Irène ne font qu'accentuer la pression et Gary semble y prêter peu d'attention. Alors que Rhoda s'interroge de plus en plus sur sa vie avec Jim, ce dernier se laisse séduire par Monique, une amie de Mark venue passer quelques jours chez eux en compagnie de son petit ami Carl. La jeune femme est peu farouche et prête à utiliser ses charmes pour obtenir quelques faveurs sans débourser un centime.
Vous l'aurez compris, cette famille, ces différents couples sont tous au bord de la rupture, de la faille. La tension que l'on ressent dès l'entrée en matière du roman ne fera que s'accentuer. Et le drame ne peut être bien loin avec David Vann.
David Vann nous offre ici un roman encore plus abouti que son précédent. C'est à un véritable drame psychologique auquel nous allons assister. Les personnages sont tous extrêmement détaillés, leur propre individualité, leur propre peur ou espoir. Leur propre voix aussi : l'auteur utilise 7 narrateurs différents et le procédé nous permet de pénétrer leur inconscient encore plus profondément. Pourtant le trait commun de tous, c'est une certaine peur de la solitude. Gary semble fuir les hommes, Irène craint l'abandon de son mari à l'image de celui de sa mère, Rhoda semble se satisfaire d'une relation bancale pour éviter un célibat peu enviable, Mark s'enferme dans son insouciance pour mieux se protéger des autres, Carl très amoureux refuse de voir la trahison de Monique. La solitude semble être la situation ultime à éviter à tout prix. Quitte à faire des compromissions, à trahir ses proches ou même trahir ses propres aspirations.
Le mariage ou le couple est vu, non pas comme une alliance amoureuse, mais plutôt comme un rempart à la solitude. Et c'est un constat très amer qui ressort du mariage à l'issu du roman.
Désolations est un livre véritablement désenchanté qui s'attache à montrer le côté sombre en chacun de nous.
La terre d'Alaska, synonyme de pureté originelle, de retour à un état de nature simple et harmonieux, s'avère ici le miroir réfléchissant de leur propre lâcheté. Vu sous un jour menaçant, elle n'est pas l'antre hospitalière que l'on veut bien nous faire croire. Elle ne fait qu'accentuer ou souligner nos propres sentiments, bons ou mauvais.
Il sera aussi ici question d'héritage et de transmission. POur Irène, l'histoire se répète inlassablement, de générations en générations. Elle tente de mettre en garde sa fille contre l'illusion confortable du mariage, elle veut briser le cycle des déceptions. Mais pour Rhoda, ce n'est que l'expression désespérée d'une femme malheureuse dans son propre couple.
Désolations se révèle véritablement un roman puissant et déchirant qui vous emmène au coeur de l'âme humaine et vous retourne par un final extrêmement fort qui, s'il ne m'a pas étonné, m'a complètement pris au dépourvu.On y retrouve les thèmes de l'auteur : la famille, le manque de communication entre ses membres, la solitude, la folie, le suicide et la mort. Des obsessions que David Vann réussit à transcender ici avec brio pour donner un roman universel sur la désillusion des hommes.
Un roman indispensable !
Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-desolations-david-vann-85208333...
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Désolations
de
David Vann
Laissez-vous emporter dans l‘univers sombre et hostile de cet écrivain hors du commun. Dans une ambiance froide, brutale et terrifiante, on assiste, impuissant, au naufrage de relations amoureuses dont on devine avec horreur l’issue tragique et inéluctable.
Le froid polaire semble avoir glacé les habitants d’Alaska. Enfermés dans leur morosité, prisonniers de leurs échecs, leurs pitoyables gesticulations sont autant de vaines tentatives pour forcer le destin, telles des abeilles engluées dans le miel. Prisonniers consentants de relations amoureuses désolantes, mari et femme finissent par se retourner l’un contre l’autre et se détruire mutuellement.
Désolations, c’est aussi une réflexion sur la notion de responsabilité face à son destin, sa vie, son bonheur. Jusqu’où puis-je entrainer l’autre dans mes errances? Qui accabler pour l’échec de ma vie? Torturer mon conjoint et mes enfants permet-il d’évacuer l’agressivité que nourrissent l’amertume et le désespoir? Mari, femme, enfants, personne n’échappe à la vindicte de ces personnages noyés dans leur mal-être.
Quant aux talents de l’écrivain, ils sont indéniables. Quel auteur peut encore se targuer de maîtriser suffisamment les codes narratifs et littéraires pour créer son propre style? Dans ce roman, les dialogues se fondent dans la narration, aucun des échanges n’est mis en exergue, comme pour mieux marquer la dissolution des personnages dans leur environnement et leur impossible maîtrise des évènements. Porté par l’intrigue, l’auteur est phagocyté par ses personnages, le dénouement lui échappe, et on sombre avec lui dans un tourbillon infernal.
Lien : http://litteratureetchocolat.wordpress.com/2011/10/22/desolations-de-david-vann/
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Par pile, le 11/10/2011
Sukkwan island
de
David Vann
A la première lecture de Sukkwan Island, comme beaucoup de lecteurs j’avais reçu un choc. J’avais pourtant senti la tension monter, j’avais cru imaginer le pire mais, à la fameuse page 113, j’avais été assommée par ce que je n’avais su anticiper. Ensuite, malheureusement, la seconde partie du roman m’avait paru moins convaincante, presque de trop. Puis il y a eu cette seconde histoire, la vraie, qui s’est superposée à la fiction. David Vann a raconté dans les médias le suicide de son père. Quelque temps auparavant, son père lui avait proposé d’aller vivre un an avec lui sur une île en Alsaka, mais il avait refusé. Longtemps il a essayé d’écrire de manière frontale sur le suicide de son père, puis il a écrit Sukkwan Island. On devrait pouvoir lire les romans sans rien savoir de la vie de leurs auteurs, mais quand on connaît celle de David Van, elle devient indissociable du roman. Elle ajoute une émotion supplémentaire, car à la lecture on est touché de voir en quoi le roman est une consolation, comment il compense, apaise la culpabilité de l’enfant. Aujourd’hui nous savons aussi que Sukkwan Island a d’abord été une nouvelle. S’achevait-elle à la fameuse page 113 ? Quoi qu’il en soit, alors que je venais de lire Désolations, le deuxième roman de David Vann, c’est la première partie de Sukkwan Island que j’ai eu envie de relire.
Au début de ma relecture, j’étais simplement admirative de la manière dont David Vann crée un univers inquiétant, sur lequel plane d’entrée de jeu l’ombre de la mort. Admirative aussi de la manière dont il crée des personnages auxquels il donne tout de suite une épaisseur psychologique, une histoire, des personnages qu’il va laisser glisser tous les deux petit à petit vers une forme de folie. Mais tout à coup, alors que je cheminais dans cette lecture tout de même beaucoup plus sereinement que la première fois, j’ai découvert quelque chose de vertigineux. J’avais oublié les prénoms des personnages de Sukkwan Island. Si je n’avais pas relu Sukkwan Island juste après avoir lu Désolations, je n’aurais jamais compris comment les deux romans s’imbriquaient. L’action de Sukkwan Island est en fait postérieure à celle de Désolations, de dix mois très précisément. Le père de Roy dans Sukkwan Island n’est autre que le Jim de Désolations. Dans Sukkwan Island, il est encore en couple avec Rhoda, même si leur relation est en train de prendre fin. Mais le plus incroyable, c’est que la fin de Désolations figure déjà dans Sukkwan Island. Elle nous est explicitement racontée, comme le passé de Rhoda. Expédiée en une phrase, cette fin qui nous a pourtant fait frémir pendant toute la lecture de Désolations !
Bref, j’ai relu Sukkwan Island et de nouveau j’ai eu un choc, mais pas le même. Avec ses personnages qu’il retrouve d’un livre à l’autre, peut-être que David Vann est parti pour nous écrire sa Comédie humaine. Je l’espère en tous cas !
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Par raton-liseur, le 26/02/2011
Sukkwan island
de
David Vann
Sukkwan Island est dédié à James Edwin Vann, 1940-1980, le père de l’auteur, qui s’est suicidé lorsque ce dernier avait 13 ans. Similarités de noms, d’âges, de lieux aussi avec les personnages de ce roman, similarités non fortuites. Comme l’explique lui-même David Vann dans les entretiens qu’il donne pour accompagner la sortie de ce roman, il a pendant de nombreuses années cherché à écrire un livre qui lui permette de comprendre le geste de son père. Après avoir essayé le style de l’enquête ou de la biographie, c’est l’écriture de ce roman, où, paradoxalement peut-être, si le père peut être considéré comme suicidaire, il ne se donnera pas la mort, qui a permis à David Vann de trouver la voix nécessaire pour tenter de mieux comprendre son père. Même si ce roman, de l’aveu même de l’auteur, ne lui aura pas permis de faire le tour de la question, qui continue à le hanter.
Il est très difficile de parler de ce livre sans en dévoiler les faits importants. Même la quatrième de couverture en dit trop à mon sens. Je vais pourtant essayer. Car ce roman est, désolée pour l’expression éculée, “un coup de poing”. Un livre à la limite du supportable, je crois que j’avais presque envie de vomir en le reposant après en avoir lu la dernière page hier soir, et il m’a tenue éveillée un bon moment.
Le livre se passe sur une île déserte du sud de l’Alaska, qu’un homme, Jim, achète afin d’y passer une année solitaire avec son fils de 13 ans, Roy. Une année solitaire à vivre comme des pionniers, une année pour se connaître et renouer une relation père-fils plus forte. Mais on comprend vite que ce rêve est aussi une fuite en avant, celle d’un homme qui rate tout ce qu’il entreprend, qui ne sait pas comment faire face aux petits obstacles quotidiens qui se présentent sur sa route, des petites bosses pas même des obstacles. Une aventure si mal préparée et entreprise pour de si mauvaises raisons ne peut que tourner à la catastrophe, et c’est bien ce qui arrivera.
La force du livre réside, entre autres, dans la confrontation entre d’un côté les paysages que l’on imagine grandioses du Grand Nord, la pureté et la vérité simple qu’on leur attribue de clichés en clichés et de l’autre la plongée jusqu’à la nausée dans la pensée des personnages, principalement de Jim, le père, dans ses doutes, ses raisonnements fallacieux, sa lâcheté incommensurable et ses abîmes de désespoir et d’indécision.
David Vann nous fait réfléchir sur la relation entre être suicidaire et se suicider (entre l’état d’esprit et le passage à l’acte). Il nous fait réfléchir sur la difficulté de vivre que peuvent ressentir certains êtres, une profonde et peut-être irréversible peur face à tout ce qui fait la vie, ou la vie en société. Y a-t-il quelque chose que l’on peut faire pour aider ces hommes sans direction ni gouvernail, pour combattre ces peurs infinies. David Vann aurait-il pu sauver son père ? Il portera probablement longtemps la culpabilité de ne pas avoir pu éviter sa mort et pourtant ce livre me laisse penser que tous les hommes ne peuvent pas être sauvés, qu’on ne peut pas secourir quelqu’un contre sa volonté, ou, il serait peut-être plus exact de dire contre son absence de volonté. Et c’est là le drame de ceux qu’on laisse derrière, qui ont la force de vivre, mais pas la force de vivre pour deux.
Un grand coup de chapeau à David Vann pour ce livre, pour la persévérance dont il a fait preuve pour trouver le ton de son écriture, puis pour le faire publier. Je ne sais si cela lui était nécessaire pour mieux apprivoiser son propre passé, en tout cas c’est un livre qui m’a fait réfléchir sur un sujet difficile, souvent tabou. Avec un ton cru, une écriture factuelle, loin du romantisme noir ou de la condamnation de principe. Un livre que je recommande chaudement, pour un jour où vous avez les tripes et l’optimisme bien accrochés.
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Par carre, le 23/01/2012
Sukkwan island
de
David Vann
Ce roman commence dans la ligne éditoriale de Gallmeister (le nature writer), mais d'entrée une menace pèse sur l'histoire et ces deux personnages Jim, le père et Roy le fils, sans que l'on devine ou veut nous emmener David Vann. Et puis, il y a cette fameuse page ou tout bascule, l'auteur nous envoie au tapis avec un événement imprévisible.
Comment dire notre ressentiment s'en dévoiler une part de l'intrigue.
Toute la force du roman prend forme, la folie, la peur, la dépression, la mort, le mensonge tout ces thèmes Vann nous les décrit sans jugement,
sans explications rationnelles, au lecteur de se débrouiller avec ces propres démons.
Ca remue sacrément les tripes et Vann ne nous accorde aucun répit.
Formidablement éprouvant.
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Par raton-liseur, le 31/10/2011
Désolations
de
David Vann
Un livre froid, froid à l’extérieur, froid à l’intérieur, j’ai eu froid de façon physique pendant toute ma lecture. David Vann l’avait dit lors de la parution de son précédent roman, Sukkwan Island, il n’avait pas fait le tour de la question. Et encore une fois, il est question de vie ratée, d’espérances déçues et de pensées suicidaires, cela dans les mêmes paysages que le précédent roman.
Les thèmes sont les mêmes donc, les ressorts dramatiques sont similaires, en particulier l’environnement et la façon dont les conditions climatiques extrêmes poussent les véritables sentiments à se révéler. Mais ce n’est pas le même livre. Celui-ci me paraît beaucoup plus dur, car il n’est pas question d’un homme, d’un cas isolé, mais d’un couple, d’une famille, d’une vie banale, trop banale, à laquelle beaucoup d’entre nous peuvent s’identifier. Il est question de la difficulté à accepter une vie médiocre lorsque l’on espérait plus.
Si ce livre n’est pas aussi réussi que le précédent, s’il y a quelques maladresses et des passages qui semblent manquer de travail (ce ne semble pas être la traduction puisque les deux traductions sont l’œuvre de la même personne), il fait tout de même assez froid dans le dos pour que l’on veuille être plus intransigeant avec nos choix de vie, afin de ne pas éprouver à l’heure des bilans ces regrets qui battent aux tempes comme une migraine persistante.
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Par beroune, le 28/10/2011
Désolations
de
David Vann
Dès les premières pages de ce roman, je me suis laissée entraînée dans les tréfonds de l'Alaska. Une terre glaciale et hostile qui déteint visiblement sur ses habitants. C'est une atmosphère que j'aime beaucoup car elle nous transporte, elle nous permet de vivre aux côtés des personnages. Je n'ai pas encore lu le précédent roman de l'auteur (Sukkwan Island), mais cela ne devrait plus tarder.
Désolations décortique les sentiments humains. Les personnages sont le point central du roman. Chacun des membres de cette famille est passé à la loupe pour nous dévoiler ses faiblesses. Irene et Gary sont mari et femme depuis des dizaines d'années mais rien ne semble plus aller. D'ailleurs ont-ils vraiment été heureux un jour ? Ils ont deux enfants : Mark et Rhoda que l'on suit également à travers leur travail, leur vie de famille et leurs amis.
C'est le personnage de Rhoda qui m'a le plus touchée. Mais je dois avouer que la plupart des protagonistes m'ont semblé antipathiques et froids. Certains sont même détestables (Monique, Jim ou Mark) mais ce roman s'attarde à expliquer pour quelle raison ils agissent ou pensent ainsi. On pourrait parfois regretter ce trop plein de questionnements. On suit les états d'âme de chacun et les personnages semblent s'enliser dans leurs émotions. La lecture, quant à elle s'essoufle par moments, cette atmosphère qui me plaît tant m'a étouffée et a pris possession des personnages.
Parallèlement, on voit se dessiner une intrigue et une question revient sans cesse dans la tête du lecteur : "Mais comment tout cela va-t-il donc se terminer ?"
La fin du roman est tragique, il fallait s'en douter. Je n'ai pas été surprise plus que cela car je n'en attendais pas moins de ces personnages complètement désespérés.
Lien : http://ulaz.vefblog.net/Desolations_de_David_Vann_1
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Désolations
de
David Vann
Ayant beaucoup aimé Sukkwan Island, c'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé la plume et l'univers glacé et glaçant de David Vann. Je préfère ne pas m'étendre sur l'histoire afin de ne pas la trahir. Désolations s'attarde sur la psychologie des personnages et leurs rapports familiaux ou non. Très vite le climat devient pesant, les pensées, les mots et les actes blessants. Les personnages et le lecteur sont entraînés vers ce qui semble être inéluctable. David Vann nous montre les dégâts du quotidien sur un couple, la dangerosité des non-dits et de la résignation. Le style est impeccable et l'écriture toujours aussi belle. Le cadre glacial et magnifique de l'Alaska sert à merveille cette histoire dramatique et au bout du compte Caribou Island (île sur laquelle comptent s'installer deux des personnages et titre original du livre) se révélera hostile et accablante.
Désolations est un livre noir, pessimiste et désespéré. Une lecture qui laisse un goût amer et une furieuse envie de se retrouver en famille, mais pour profiter des uns et des autres.
Tout comme Sukkwan Island, j'ai beaucoup aimé, même si cette fois le drame est sous jacent et rend donc peut-être le livre moins percutant mais tout aussi prenant.
Lien : http://lesbonheursdesophie.over-blog.fr/article-desolations-david-vann-866457...
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Par pile, le 11/10/2011
Désolations
de
David Vann
A peine un an après la parution de Sukkwan Island, nous retrouvons David Vann avec un roman qui à première vue lui ressemble beaucoup. Caribou Island, le titre original que j’aurais volontiers conservé, accentue encore un peu cette ressemblance. Le cadre est le même : l’Alaska et ses îlots. Les thématiques sont proches également, puisqu’il s’agit encore d’un rêve de pionnier, d’une histoire de famille, et d’un suicide qui cette fois survient dés la première page. Mais Désolations est aussi très différent et surtout plus abouti.
Dans Désolations, plusieurs histoires s’enroulent autour de l’histoire principale. Le coeur du roman est l’histoire d’Irène et Gary qui tentent désespérément de construire leur cabane, malgré les tempêtes et les réticences d’Irène. Autour de ces deux personnages principaux, gravitent ceux de leurs enfants et leurs conjoints. Leur fils Mark, bien qu’habitant tout près, a pris beaucoup de distance par rapport à sa famille et est de ce fait un personnage secondaire. En revanche leur fille Rhoda, très proche de sa mère, est un personnage très important du roman, aux côtés de Jim, son conjoint. Rhoda rêve de mariage jusqu’à l’obsession et refuse de croire au délitement du couple de ses parents. Enfin deux vacanciers, Monique et Carl, vont croiser la route de Mark, Jim et Rhoda…
La nature de David Vann rappelle celle des littératures scandinaves, une nature menaçante mais à laquelle l’homme ne peut résister à se confronter. Le lecteur chemine dans Désolations conscient de tous les dangers : la tempête, le froid, les ours… la maladie d’Irène, son « héritage », l’amour-haine qui la lie à Gary… Il sait qu’un drame va se produire, la catastrophe est inéluctable. Mais quel drame ? Quand ? Comment ? Comme un plaisancier pris dans la tempête, le lecteur sent son angoisse monter à mesure que l’étau se resserre autour des personnages. Pour cette raison, Désolations est de ces romans que l’on ne peut lâcher.
La fin du roman laisse le lecteur anéanti. Ce qui arrive finalement est pourtant d’une évidence absolue. Mais la circularité du roman, d’un pessimisme inouï, achève le lecteur. Pas de grands effets pourtant chez David Vann, une écriture très sobre, mais une construction diabolique et une histoire qui renvoie chacun à son propre parcours de vie. Magistral !