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Une seconde vie de
Dermot Bolger
J'ai été brièvement libéré de ce stress. Deux silhouettes se penchent au-dessus de moi, rajustent des sangles. Lequel de ces salauds m'a ramené à la vie ?
J'ai le corps gourd. Les piqûres de calmant ont agi. Mais ne peuvent-ils pas me donner quelque chose qui empêche de penser ? Honnêtement, dans quel état croient-ils que je vais me retrouver ?
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Une seconde vie de
Dermot Bolger
Je suis envahi d'un chagrin inconsolable, pourtant mes larmes n'ont pas la force de couler le long de mes joues.Elles stagnent à la surface de mes yeux comme des pièces de monnaie. Il y a quelques instants, j'étais emmitouflé dans une couverture d'amour. Maintenant je pleure sur moi-même, obligé d'affronter cette douleur.
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Une seconde vie de
Dermot Bolger
Quand vous perdez quelqu'un que vous aimez, une nouvelle forme de peur vous envahi : vous vous mettez à craindre qu'il n'y ait pas de fantôme, rien de mystérieux, qu'il n'y ait que l'oubli et aucune possibilité de revoir l'être aimé.
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Par canel, le 17/09/2012
Une seconde vie de
Dermot Bolger
Il fallut que je devienne moi-même parent pour commencer à imaginer ce que mon absence avait dû représenter pour [ma mère biologique]. Pendant les premiers mois de la vie de [mon fils], je m'éveillais souvent, m'agenouillais à côté de son berceau, retenais ma respiration, tendu, pour entendre la sienne, et je me sentais envahi d'un tel bonheur et d'un tel soulagement au faible bruit de son souffle que rien d'autre au monde ne semblait plus compter. Même si elle m'avait confié à l'adoption, elle avait dû pendant des années, chaque fois qu'elle se réveillait, instinctivement tendre l'oreille pour savoir si je respirais. (p. 58)
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Par canel, le 16/09/2012
Une seconde vie de
Dermot Bolger
Selon votre dossier, votre coeur s'est brièvement arrêté. Cela arrive plus souvent qu'on ne croit. (...)
Au début, beaucoup de patients semblent avoir l'impression qu'on leur a volé leur mort. Ne me demandez pas pourquoi, je déteste l'idée de la mort, mais lorsque le cerveau est privé d'oxygène, il s'offre une dernière grande fête d'adieux hallucinés. Peut-être se sent-on, dans ce moment d'euphorie, libéré de tous ses problèmes, avant de devoir soudain les affronter à nouveau. (p. 25)
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Par canel, le 20/09/2012
Une seconde vie de
Dermot Bolger
Le problème, quand tu as été adopté (...) c'est que tu peux être n'importe qui. Tu essayes des vies différentes pour voir si elles te vont. J'ai voulu poursuivre un fantôme afin qu'il finisse par reposer en paix : peut-être le fantôme de quelqu'un que j'ai été dans une vie antérieure. Tout cela paraît fou, mais j'ai des souvenirs qui semblent appartenir à un autre, des souvenirs qui remontent à la surface depuis le matin où j'ai été cliniquement mort. (p. 175)
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Par canel, le 18/09/2012
Une seconde vie de
Dermot Bolger
Les suicides n'intéressent personne en Irlande, les gens ne veulent pas en parler. Ils ont peur qu'une simple mention dans le journal inspire dix autres morts similaires. C'est une épidémie silencieuse. Chaque génération a son tabou. (p. 97)
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Par ph_hugot, le 28/12/2012
Une seconde vie de
Dermot Bolger
L’Irlande dans laquelle elle vivait était infectée par un terrible virus appelé respectabilité. Dieu était souvent évoqué, mais pas à propos de l’amour qu’il fallait ressentir pour son prochain ni de l’éternelle damnation : la vie tournait uniquement autour de ce que tes voisins pensaient de toi, de secrets à garder, du scandale à éviter, il ne fallait donner à personne l’occasion de te mépriser. Ta mère avait honte de ne pas pouvoir mettre au monde. Elle se sentait inutile car à cette époque c’était le seul destin des femmes. Nous ne faisions pas carrière : nous nous mariions et élevions nos soldats de Dieu.
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Par Nadael, le 09/11/2012
Une seconde vie de
Dermot Bolger
Nous étions nombreuses. Nous étions jeunes et apeurées. On nous conseillait de ne pas nous servir de nos vrais noms, de nous en dire le moins possible les unes aux autres. On nous humiliait, et on nous faisait avoir honte de nous. Je me sens toujours coupable. J'ai quatre enfants, et pourtant je mourrai coupable. Vous pouvez essayer de retourner à l'agence. Il vous faudra peut-être les harceler pendant des années avant qu'ils vous disent quelque chose, mais qui sait ? La loi peut changer. Vous au moins – en tant qu'enfant – vous avez une chance. Nous, les mères, nous n'en avons aucune. Nous avons signé le formulaire dans l'enveloppe de papier marron, nous leur avons confié nos enfants et elles nous ont, ensuite, fermé la porte au nez.
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Par canel, le 17/09/2012
Une seconde vie de
Dermot Bolger
La fascination de [mon fils] pour ce qu'il voyait, juché sur mes épaules (...) était contagieuse. (...) Je lui apprenais les noms des choses que nous regardions, mais il m'apprenait à les voir sous un jour nouveau. Son monde possédait une fraîcheur éternelle que l'ombre de la mort n'entachait pas encore. (...) je ne me sentais totalement bien que lorsque nous étions seuls tous les deux, dans un monde où chaque question pouvait être résolue par la dénomination d'un nouvel objet. (p. 55-56)
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