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Par littleone, le 22/05/2012
Ce qu’on peut lire dans l’air de
Dinaw Mengestu
... Il y a cette discrète nausée qui noue le ventre de ma mère, et le fait que mon père a besoin de lunettes depuis des années, mais refuse de l'admettre.
Chacun de ces signes, à lui seul, aurait dû suffire à avertir mon père que les problèmes s'accumulaient peu à peu, de la même façon qu'une tempête met parfois du temps à rameuter de lointains nuages avant de donner libre cours à sa furie. Le vacarme de tous ces éléments pris ensemble aurait dû quasiment assourdir un homme qui avait prétendûment passé sa vie d'adulte a prêter attention aux discrètees vibrations annonciatrices du danger imminent. Comment avait-il pu les rater, alors ? Simple. Il avait fermé les yeux. Il s'était bouché les oreilles et avait déployé des efforts désespérés pour être heureux. Il s'était regardé de loin et n'avait vu qu'un homme au volant d'une assez jolie voiture accompagné d'une belle femme par un après midi du début de l'automne au milieu d'un pays qui promettait la liberté, la démocratie et des perspectives d'avenir ; ce faisant, il avait évité un zoom délicat sur des détails qui lui auraient tous signalé que quelque chose allait clocher, que c'était écrit. S'il s'était montré plus vigilant, il aurait pilé et aurait fait demi-tour. Il serait rentré tout droit à Peoria, pied au plancher, sans fournir la moindre explication à sa femme. Mais, faute de savoir tout cela, il avait poursuivi sa route, bêtement convaincu que des jours meilleurs les attendaient enfin.
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Par littleone, le 22/05/2012
Ce qu’on peut lire dans l’air de
Dinaw Mengestu
J'ai dit plus tôt que je ne me rappelais pas ce qui était arrivé à ma mère la nuit avant qu'elle m'emmène à l'école, et c'est peut-être vrai. Peut-être que je ne peux pas m'en souvenir, pas plus aujourd'hui qu'avant. Pourtant je savais bien, déjà à l'époque, que les femmes étaient facilement victimes de choses terribles quand on les perdait de vue. Elles recevaient des coups violents et, après, elles venaient dans votre lit, où vous pouviez les protéger.
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Par saphoo, le 21/11/2009
Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
Il y a quelque chose de perturbant dans le printemps à Washington, comme un conte édifiant mettant en garde contre une trop grande complaisance et des attentes trop fortes, qui semblent inscrites dans l’herbe et dans les arbres. Je croyais avoir appris depuis longtemps à juguler ces attentes, mais ça n’empêche rien, pars vrai ? Nous oublions qui nous sommes et d’où nous venons, et nous croyons avoir droit à beaucoup plus que ce que l’on mérite
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Par litolff, le 06/12/2010
Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
«Vous avez des enfants ? me demanda-t-elle un jour.
- Pas à ma connaissance. Mais j'y travaille.
- Dommage. C'est plus facile si on les connaît.
- J'essaierai de m'en souvenir, la prochaine fois.»
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Par ChezLo, le 18/12/2010
Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
"Tu sais, les enfants ne devraient pas parler comme ça", lui dis-je un jour.
Elle haussa à nouveau les épaules, en baissant les yeux d'une façon qu'elle semblait avoir répétée.
"Je sais, dit-elle. Mais je ne suis pas une enfant.
- Tu es quoi, alors ?
- Je suis une adulte.
- Tu as onze ans.
- Et toi, tu as quel âge ?
- Beaucoup plus.
- Et alors, tu veux prouver quoi ? Que je dois être stupide jusqu'à ce que je sois plus vieille ?
- Exactement. Pourquoi crois-tu que les gens aiment les enfants ?"
Un après-midi, nous avions épuisé tous nos sujets de conversation, il nous fallut en inventer de nouveaux. A l'issue de sa visite, nous avions créé tout un univers alternatif, uniquement peuplé d'animaux. Le monde s'en trouvait bien simplifié. Debout devant la caisse, les coudes à peine posés sur le comptoir, Naomi avait fait ce qu'elle savait le mieux faire. Ordonner.
"Raconte-moi une histoire", dit-elle."
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Par oops, le 01/04/2010
Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
Un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait assez longtemps que je vis ainsi, en suspension.
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Par litolff, le 06/12/2010
Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
'Si ça te manque tellement, lui hurla-t-il un jour, pourquoi tu n'y retourne pas ? Comme ça t'auras plus besoin de dire sans arrêt, 'C' est comme l'Afrique', et 'On dirait l'Afrique'. Mais tu veux pas y retourner. Tu préfères que ça te manque confortablement ici plutôt que la détester chaque jour sur place.' Joseph n'avait rien à répondre à cela. Pour une fois, sa grandiloquence symbolisante le dépassait, lui aussi. Les mots 'Voilà ce que c'est qu'être Africain' planaient sans cesse au-dessus de toute conversation que pouvait avoir Joseph. C'était parfois miraculeux, sa façon d'arriver à caser ces mots-là. Il n'y avait pas de sport au monde qu'un esprit africain ne pût comprendre mieux que personne.
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Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
Le récit… C’est peut-être ça, le mot que je cherche. Où est le grand récit de ma vie ? Celui que je pourrais déployer pour y chercher les signes et les clés m’indiquant ce que je suis en droit d’espérer pour la suite. Il semble s’être épuisé, si jamais une telle chose est possible. Il est plus difficile d’admettre que peut-être il n’a jamais existé du tout. Ai-je le courage d’expliquer tout ça comme accidentel ?
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Par litolff, le 06/12/2010
Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
'Si ça te manque tellement, lui hurla-t-il un jour, pourquoi tu n'y retourne pas ? Comme ça t'auras plus besoin de dire sans arrêt, 'C' est comme l'Afrique', et 'On dirait l'Afrique'. Mais tu veux pas y retourner. Tu préfères que ça te manque confortablement ici plutôt que la détester chaque jour sur place.' Joseph n'avait rien à répondre à cela. Pour une fois, sa grandiloquence symbolisante le dépassait, lui aussi. Les mots 'Voilà ce que c'est qu'être Africain' planaient sans cesse au-dessus de toute conversation que pouvait avoir Joseph. C'était parfois miraculeux, sa façon d'arriver à caser ces mots-là. Il n'y avait pas de sport au monde qu'un esprit africain ne pût comprendre mieux que personne.
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Par litolff, le 06/12/2010
Les belles choses que porte le ciel de
Dinaw Mengestu
Dans l'unique lettre quej'écrivis à Naomi après l'incendie, je voulus lui expliquer ce qui s'était passé. Je voulus lui dire que cela n'avait pas beaucoup de sens de s'accrocher à une épicerie, de s'accrocher à quoi que ce soit si, au fond, cela ne comptait pas au moins pour quelqu'un d'autre que soi-même. 'Tu as raison, écrivis-je. Tu me manques, quand je suis dans cette boutique. Il est difficile d'y retourner chaque jour, maintenant que je sais que toi et ta mère vous ne reviendrez jamais. Je ne parviens pas à trouver de raison pour ouvrir le matin.'