Dominique Eddé est née en 1953 à Beyrouth. C'est une romancière libanaise de langue française, issue d'une grande famille maronite. Successivement enseignante, critique littéraire, traductrice et éditrice elle publie aussi des articles analysant les problèmes politiques du Moyen orient dans le Monde et le Nouvel Observateur.
les matins - L'impasse syrienne . Dominique Eddé, romancière franco-libanaise et essayiste qui publie un roman, Kamal Jann (Albin Michel) Salam Kawakibi, chercheur syrien en sciences politiques, ancien directeur de l?Institut Français du Proche-Orient à Alep en Syrie (2000-2006), chercheur et coordinateur de projets à l?Arab Reform Initiative, auteur de "Syrie : entre contestation civile et politique" (Monde arabe, 2010)
Kamal.... est pris de vertige. Pas le vertige de la tête qui tourne. Pas celui que l’on ressent à l’appel du vide. Ni celui que déclenche un handicap physique ou le grand âge. Non. Un vertige mental, froid, glacé, qui provient d’une tête terriblement claire ; d’une conscience menée jusqu’à sa perte. Une conscience retournée contre elle-même, contre sa prétention à faire exister le monde. p 17
Wafa, qui était très silencieuse, depuis la mort de son père, laissa tomber son couvert : «Elles sont d’un autre âge, ces visites de condoléances !»
«Moi qui suis d’un autre âge, répliqua sa grand-mère, je vais te dire une chose ! Si l’on s’en prend un jour aux visites de condoléances dans nos pays, ce sera l’effondrement général. La fin de tout.(...) Une visite de condoléances, ma petite-fille, cela apprend à vivre, à se tenir. A oublier le mort. Eh oui, c’est comme ça ! Il faut oublier pour se souvenir.
p 62 63 Vue du dehors, Damas est un livre fermé, à la reliure ordinaire. Une ville voilée. Il faut, pour la voir un peu, l’entrevoir beaucoup. Pousser une porte après l’autre. S’asseoir. Attendre. Entrer en captivité. Le temps se divise au fur et à mesure.
(...) A Damas tout se tient et s’emboîte, le vide et le plein, le noir et le blanc, la nacre et le bois. Il y a partout un endroit qui fuit : de la vie à la mort, de la mort à la vie. L’une renforçant l’autre.
p 64 Madar aime par-dessus tout les rigoles de lumière. Ses lignes brisées. Son or pris au piège des murs et des volets. Elle aime le règne simultané du soleil et de l’obscurité. Ensemble ils donnent à l’ombre le statut d’un jardin.
p 73 Sa tante l’avait prévenue, au premier jour de son installation à Damas. «A Beyrouth on apprend à garder la parole quand on vous la donne, ici on apprend à se taire, en apprenant à parler.»