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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
Il faut forcément avoir quelque chose à dissimuler pour écrire. Est-ce que j’exagère ? Ce n’est pas si évident. Quand on a consacré dix ans de sa vie à une activité, soit presque la totalité de ses années adultes, il faut se poser des questions. Je n’attends pas de réponses bien sûr. D’épiphanies. D’ailleurs, le chemin amenant à se poser une question m’a toujours plus intéressé que la réponse elle-même.
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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
Aujourd’hui que j’ai renoncé à l’écriture romanesque, il n’y a plus de doute, et encore moins de romans en chantier pour l’embellir ou l’auréolé de mystère, ce doute : ma naissance précipita bien cette course contre la montre qui me charrie inexorablement, sauf-conduits littéraires ou pas, vers le jour où il faudra me taire à jamais.
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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
Je suis en manque de ma ferme, des chevreuils qui me rendent visite le soir, que je nourris des reinettes du pommier. Des serpents qui vivent dans la grange. Des chats sauvages qui se battent jusqu’au sang les nuits de pleine lune. Des coyotes qui rôdent autour de l’étable à l’approche du mauvais temps. Des routes désertes de la péninsule où on ne croise jamais personne si ce n’est un vieux rancher dans un pick-up brinquebalant.
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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
Toute la soirée, la tempête de neige s’est déchaînée, tandis que j’écoutais en boucle les Leçons de ténèbres pour viole de gambe de François Couperin, que la maison en bois craquait sous la furie des éléments, que j’assistais au spectacle de derrière les vitres de la cuisine, enfournant de longues bûches dans le poêle à bois, savourant ce qui me restait de sou-chong, comme si j’étais le dernier homme sur terre.
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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
Je ne vais pas bien depuis quelques jours, vomis des filets de sang noir. Le sang des tripes. Le sang des tripes est noir comme ses yeux, me dis-je soudain à voix haute, connement. Je l’écris quand même sur un bout de papier, avec le sentiment de tenir une piste, d’avoir un début de paragraphe. Rien de plus ne vient, mais je comprends d’un coup que c’est comme ça qu’il faut écrire : sans se forcer, au moment exact de la souffrance, tous les sens en alerte ; écrire pour ne plus avoir mal.
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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
C’est vrai, il a fallu du temps, mais ça y est ; j’ai finalement supprimé l’Autre, celui qui squattait mon corps depuis plus de dix ans. L’écrivain, il se faisait appeler, le saprophyte. Je lui ai fait la peau, attendu qu’il soit à bout de nerfs et, l’ai éliminé une nuit de septembre alors qu’il était au plus bas.
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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
En fait, j’ai tout de suite aimé Key West. Les rues portent des noms de femmes : Angela Street, Catherine Street, Carolina Street, Louisa Street, etc., et les armes héraldiques des premiers colons y sont partout, gravées dans le fer rouillé des ancres de construction.
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Par brigetoun, le 29/12/2011
Door County de
Dominique Falkner
C’est vrai, l’anglais est un punching-ball ; cogné et attaqué de toutes parts, mal conjugué et estropié, il n’en conserve pas moins un sens, même modifié. Le français, lui, est beaucoup plus rigide. Une erreur de frappe et la phrase mord la poussière.