-
Par Axelinou, le 09/05/2013
Le gang de la clef à molette de
Edward Abbey
- Est-ce qu'on sait ce qu'on fait, et pourquoi ?
- Non.
- Est-ce que c'est gênant ?
- On élaborera ça au fur et à mesure. Laissons notre pratique informer la doctrine, cela garantira la précision de notre cohérence théorique.
-
Un fou ordinaire de
Edward Abbey
« Au-delà du mur de la ville irréelle, au-delà des enceintes de sécurité coiffées de fil de fer barbelé et de tessons de bouteille, au-delà des périphériques d’asphalte à huit voies, au-delà des berges bétonnées de nos rivières temporairement barrées et mutilées, au-delà de la peste des mensonges qui empoisonnent l’atmosphère, il est un autre monde qui vous attend. C’est l’antique et authentique monde des déserts, des montagnes, des forêts, des îles, des rivages et des plaines. Allez-y. Vivez-y. Marchez doucement et sans bruit jusqu’en son cœur. Alors… Puissent vos sentes être légères, solitaires, minérales, étroites, sinueuses et seulement un peu en pente contraire. Puisse le vent apporter de la pluie pour remplir les marmites de grès lisse qui se trouvent à quatorze miles derrière la crête bleue que vous apercevez au loin. Puisse le chien de Dieu chanter sa sérénade à votre feu de camp, puisse le serpent à sonnette et la chouette effraie vous distraire dans votre rêverie, puis le Grand Soleil éblouir vos yeux le jour et la Grande Ourse vous bercer la nuit. » « Je me souviens du vent sec et brûlant. De l’odeur de la sauge et du genévrier, du sable et de la lave noire et dure cuisant sous le soleil. Je me souviens de la vue d’un hogan navajo au pied d’un à-pic, de la poussière rouge, d’un cheval solitaire broutant dans le lointain au creux d’un lit à sec, d’une éolienne et d’un réservoir d’eau au croisement de pistes de bétail irradiant vers l’horizon dans une douzaine de directions différentes, et du vert suave des saule, des tamaris et des peupliers de Virginie au fond d’un canyon minéral. »
> lire la suite
-
Par Walden-88, le 18/10/2012
Désert solitaire de
Edward Abbey
Nous avons besoin de la nature, que nous y mettions le pied ou non. Il nous faut un refuge même si nous n'aurons peut-être jamais besoin d'y aller. Je n'irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l'Alaska soit là. Nous avons besoin de pouvoir nous échapper aussi sûrement que nous avons besoin d'espoir; sans cette possibilité, la vie urbaine pousserait tous les hommes au crime ou à la drogue ou à la psychanalyse.
> lire la suite
-
Désert solitaire de
Edward Abbey
"Je ne suis pas ici seulement pour échapper un temps au tumulte, à la crasse et au chaos de la machine culturelle, mais aussi pour me confronter de manière aussi immédiate et directe que possible au noyau nu de l'existence, à l'élémentaire et au fondamental, au socle de pierre qui nous soutient. Je veux être capable de regarder et d'examiner un genévrier, un morceau de quartz, un vautour, une araignée, et de voir ces choses comme elles sont en elles-mêmes, vierges de toute qualité attribuée par l'homme, catégories scientifiques comprises. Voir Dieu ou la Méduse face à face, même si cela implique de risquer tout ce que j'ai d'humain en moi. Je rêve d'un mysticisme âpre et brutal dans lequel le moi dénudé se fonde dans un monde non humain et y survit pourtant, toujours intact, individué, discret. Paradoxe et socle de pierre."
> lire la suite
-
Edward Abbey
"La plupart des choses dont je parle ici ont déjà disparu ou sont en train de disparaître rapidement. Ce livre n'est pas un guide de voyage; c'est une élégie. Un tombeau. Ce que vous tenez entre vos mains est une stèle. Une foutue dalle de roc. Ne vous la faites pas tomber sur les pieds ; lancez-là contre quelque chose de grand, fait de verre et d'acier. Qu'avez-vous à perdre ?"
-
Par Phinou, le 25/03/2008
Désert solitaire de
Edward Abbey
Ne sautez pas dans votre voiture en juin prochain pour vous précipiter au pays des canyons afin d'y voir certaines des choses que j'ai essayé d'évoquer dans ces pages.D'abord vous ne pouvez rien voir d'une voiture; vous devez sortir de votre sacré fourbi et marcher ou, mieux encore, ramper, à l'aide de vos mains et de vos genoux, sur le grès et dans les buissons épineux et les cactus. Lorsque des traces de sang commenceront à signaler votre passage, vous verrez quelque chose peut être. Probablement pas.
> lire la suite
-
Désert solitaire de
Edward Abbey
Que puis-je dire à ces gens ? Comment puis-je libérer, désincarcérer ces mollusques à roulettes enfermés dans leurs coquilles de métal hermétique ? La voiture comme boîte de conserve, le ranger du parc comme ouvre-boîte. Hé ho ! ai-je envie de crier, hé ho les gars, bon sang sortez de vos foutues machines, enlevez-moi ces putains de lunettes de soleil et ouvrez grand les yeux, regardez autour de vous ; jetez-moi ces satanés foutus appareils photo ! Bon Dieu les gars, qu'est-ce que c'est que cette vie, si à tant s'inquiéter il n'est de temps pour s'arrêter, pour contempler ? Hein ? Enlevez un peu vos chaussures, descendez la braguette, pissez joyeusement, plantez les orteils dans le sable chaud, éprouvez-moi cette terre crue et rude, cassez-vous un peu les ongles de pied, que du sang coule ! Et pourquoi pas ? Bon sang, Madame, ouvrez-moi cette fenêtre ! Vous ne voyez rien du désert si vous ne le sentez pas. C'est poussiéreux ? Bien sûr que c'est poussiéreux – c'est l'Utah ! Mais c'est de la bonne poussière, de la bonne poussière rouge de l'Utah, riche en ferraille, riche en raillerie. Coupez-moi ce moteur. Sortez de cette caisse de tôle et étirez un peu ces jambes variqueuses, enlevez votre soutien-gorge et prenez un peu de soleil sur vos vieux trayons ridés ! Et vous, Monsieur, qui regardez la carte pendant que votre radiateur bout et qu'un tampon de vapeur bouche votre circuit d'essence, exfiltrez-vous de cette boîte de merde chromée siglée GM et allez marcher un peu – oui, laissez donc la vieille bourgeoise et les gnards hurlants, tournez-leur le dos et allez marcher droit dans les canyons, perdez-vous un moment, revenez quand foutu bon vous semble, ça vous fera sacrément bien à vous et à elle et à eux. Et aussi : lâchez un peu la grappe à vos enfants, laissez-les sortir, qu'ils aillent escalader les rochers et chasser les serpents à sonnette et les scorpions et les fourmis rouges – oui, Monsieur, laissez-les sortir, libérez-les ; comment osez-vous emprisonner des petits enfants dans votre foutue carriole toutes options sauf les chevaux ? Oui, Monsieur, oui, Madame, je vous en conjure, sortez de vos fauteuils roulants motorisés, levez vos culs vulcanisés, tenez-vous debout comme des hommes ! comme des femmes ! comme des humains ! et marchez – *marchez* – MARCHEZ sur notre terre douce et sacrée.
> lire la suite
-
Par horline, le 12/10/2011
Désert solitaire de
Edward Abbey
La pauvreté des Navajo est guérissable et sera guérie d’une manière ou d’une autre – par la justice ou par la guerre. Il est en revanche peu probable que le mode de vie navajo, distinct des Navajo eux-mêmes, puisse survivre. Inférieurs en nombre, encerclés et débordés, les Navajo se verront sûrement forcés, en réaction d’autodéfense, à se corrompre pour se couler dans le moule imposé par les diktats de l’économie industrielle. Aujourd’hui Noirs à peau rouge, ils doivent apprendre à devenir des Blancs marron à carte de crédit et sensibilité cravatée.
> lire la suite
-
Par Madimado, le 12/10/2011
Le feu sur la montagne de
Edward Abbey
- Mais à qui appartient cette lumière ? Cette montagne ? Cette terre ? Qui possède cette terre ? Répond à ça vieux cheval. L’homme qui en a le titre de propriété ? L’homme qui la travaille ? L’homme qui l’a volée en dernier ?
Le soleil brillait dans notre dos tandis que nous chevauchions vers la montagne, la montagne de Grand-père, et devant nous nos ombres s’étiraient de manière grotesque [...].
- Je suis la terre, dit Grand-père. Ca fait soixante-dix ans que je bouffe cette poussière. Qui possède qui ? Il faudra qu’ils me labourent.
> lire la suite
-
Par ChezLo, le 27/11/2010
Le gang de la clef à molette de
Edward Abbey
Content, Hayduke se tape une autre bière, la dernière des six achetées à Flagstaff, et conduit sa jeep vers la rivière à la vitesse tranquille et raisonnable de soixante-dix miles à l'heure en braillant une chanson incohérente. Il est en fait un danger pour les autres conducteurs mais il se justifie de cette manière : si vous êtes sobre ne conduisez pas, si vous buvez conduisez comme un fou. Pourquoi ? Tout simplement parce que le pied c'est la liberté, pas la sécurité. Parce que les routes devraient être largement ouvertes à tous : enfants sur des tricycles, petites vieilles dans des Plymouth Eisenhower, lesbiennes homicides conduisant des tracteurs à remorque Mack de quarante tonnes. Foin des choix, des permis, au diable les codes de la route. Que nos routes accueillent tout le monde.
> lire la suite