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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
C’est entre les mots rares échangés ce jour-là, en marchant à leur rythme, en silence, alors qu’un soleil maigre nous caressait la peau, que j’ai cru apercevoir ce que ces hommes avaient pu vivre pendant ces longs mois au bout du monde.
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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
Alors que le "je" fait place au "nous", chacun semble plongé en lui-même.
Peu à peu, nous prenons la mesure de l'infini qui nous entoure. De notre vulnérabilité.
Nous sommes seuls.
Plus de retour possible, plus de portable, plus d'internet, plus rien de ce qui, aujourd'hui, régit notre quotidien et nous rassure n'existe ici.
Les terres australes seraient comme la promesse d'un temps qui n'est plus.
Et le voyage, une nostalgie.
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Par emmyne, le 02/11/2011
Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
Ce qui est étrange avec le voyage, c'est qu'on ne comprend qu'après - et encore pas toujours - ce qu'on est allé chercher.
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Par ChezLo, le 14/01/2012
Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
Ker-gue-len. Un mot qui racle la gorge puis se couche sur le palais. Ker-gue-len. Un nom breton égaré en Antarctique. Je n'imaginais pas terres plus perdues, plus lointaines. C'était le monde du bout du monde...Et voilà qu'on me proposait de m'y rendre...J'allais affronter une mer que les marins qualifient de rugissante, de hurlante même. La mer que je ne connais que de la côte, la mer que je contemple chaque matin, sans jamais l'avoir prise pourtant. [...] ...peut-être, enfin, la comprendre...et savoir la dessiner à mon tour.
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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
Il me faudrait des jours, des semaines, des mois même, pour appréhender ces lieux, en saisir l'essence, percer l'étrange fascination qu'ils exercent.
Mais le temps manque, et je ne suis pas seul.
Une sourde frustration s'installe en moi et ne me quittera plus.
Je ne fais... que passer.
J'envie ces hivernants qui sillonnent cette île pas après pas, jour après jour. Qu'apprennent-ils de l'île, qu'apprennent-ils des autres, qu'apprennent-ils d'eux-mêmes ?
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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
Le Marion vient de franchir la ligne de convergence des eaux chaudes de l’océan Indien et celles, glacées, de l’océan Antarctique. De bleu outremer la mer est devenue gris de Payne. Métallique. Le brouillard nous enveloppe et nous engloutit. Pas besoin de corne de brume. Nous sommes seuls. Ainsi qu’en témoignent les récits mythologiques, le bout du monde est précédé de nuées.
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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
- Je crois que si on met des gens sur les îles, il faut leur donner les moyens de vivre normalement. Ce choix, pour moi, est radical. Plus politique que scientifique.
- Politique ?
- Il y a, je crois, au fond, une nostalgie d’un état originel. On a fait des erreurs au cours des décennies passées en introduisant des espèces étrangères. Comme les chats, par exemple, pour éradiquer les rats amenés par les navires au fil des siècles. Les chats, en fait, ont trouvé bien plus facile de manger les poussins et les œufs des pétrels ! On a introduit dans les années 50 la myxomatose pour tuer les lapins, qui sont les plus grands responsables de la dégradation des îles. Ils sont progressivement devenus résistants au virus… Bref, la liste est longue des tentatives ratées ! Pour moi, il y a quelque chose de très « catho » dans ce choix de supprimer radicalement les serres : en gros, l’homme a fauté en introduisant des espèces étrangères, il lui faut encore expier par la privation !
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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
Il y a quelque chose à saisir en ce lieu et je me sens impuissant à le traduire. Le vent s’est levé.
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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
- Ca doit être parfois dur de vivre ainsi loin de tout, loin des siens, dans ces conditions climatiques ?
- Non, c’est de revenir qui est difficile. La seule chose que nous avons à faire là-bas, c’est de nous consacrer à notre travail. Pas de courses, pas de cuisine. Nous n’avons même pas d’argent ! Surtout, il y a les autres, la vie de groupe, les manips à travers l’île quand nous partons pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines loin de la base, par petits groupes de quatre ou cinq.
Les mots sont plats. Pourtant, à leurs silences, je sens confusément la complicité qui fut la leur pendant ces mois au bout du monde. Je les envie.
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Voyage aux îles de la désolation de
Emmanuel Lepage
Des éléphants de mer ! Si j’avais déjà vu des photos de ces bêtes étranges, je n’avais pas pour autant appréhendé leur taille ! Où sont les yeux ? Où est la bouche ? Comment ça marche ? Je n’arrive pas à comprendre ce que je dessine.