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Le garçon de joie de
Eric Jourdan
Pourquoi ? C’était clair, il voulait le garçon, l’avoir comme on dit, c’est-à-dire le faire mettre nu devant lui, le faire s’humilier en s’agenouillant devant son gros sexe d’homme habitué à ça, lui faire accepter tout ce dont il aurait envie, le chevaucher enfin avec des coups de reins les plus brutaux pour que cette monture l’emportât au ciel ou en enfer, c’était la même chose et ça ne signifiait rien d’autre que croire posséder l’insaisissable, et lui faire avaler enfin ses rêves et ses meurtres sous forme d’une gelée blanchâtre, lui faire aussi désirer revenir et revenir encore pour subir de plus en plus. Ce petit visage violent méritait ça. Aimer, c’est tuer quelqu’un. En soi d’abord. D’où tenait-il une telle violence ? De quel sombre passé resurgissait-elle ?
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Le garçon de joie de
Eric Jourdan
Il regrettait aussi le pourvoyeur de leurs plaisirs, il s’était habitué à une forme de jouissance qui ne pouvait pas l’exclure, Didier lui manquait aux moments inavouables. La chasse sans lui perdait de ses charmes et le gibier n’avait plus sa fraîcheur ; l’amour lui faisait horreur, quand il s’agissait d’abandons déjà consentis, de victoires sans combats, de faiblesses à deux, et non plus ces corps à corps dont il se relevait sans savoir où était le sol.
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L'Amour brut de
Eric Jourdan
Soudain quelqu’un entra. J’entendais une des voix qui m’avait fait battre le cœur et qui l’avait fait s’arrêter. J’eus l’impression que son ombre cachait le jour. Nicolas dit que ce n’était pas possible, je ne pouvais pas être mort. Mais il avait voulu que je sois mort, il était seul à le savoir. Je ne lui en voulais pas. On est si bête quand on est mené par les sens et par eux seulement. Puis de nouveau Adam alla vers la porte.
-Entre Renaud, dit-il. N’aie pas peur, on est entre nous.
Soudain j’eus sur les mains un visage humide. Il me serra dans ses bras. J’avais gagné. J’entendis qu’il me demandait pardon devant tous les autres. Une seconde j’imaginais lui et Nicolas liés par mon secret et se livrant leurs corps en souvenir de celui qui n’était plus. Mais ça ne se passe jamais comme ça. Et puis tandis que mon corps se déferait dans la pierre, pourrissant et se desséchant, ne gardant plus rien de ma beauté terrestre, je serais vivant pour eux dans leur cœur, un Tom idéal, le Tom qu’ils avaient eu dans les bras et qui demeurait inchangé dans leurs rêves, Peut-être le retrouveraient-ils un jour à jamais jeune comme ils l’avaient aimé, car l’amour ne connaissait pas la mort.
J’avais envie d’éclater de rire, mais sans doute ça ne se faisait pas. On m’aurait encore collé des adjectifs comme pas sérieux pour m’apprendre à vivre et à vouloir me mettre tout le monde dans la poche. Mais c’était trop tard, cette fois.
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L'Amour brut de
Eric Jourdan
J'essayai de le voir avec d'autres yeux que ceux d'un copain, après sa déclaration d'amour contrarié. Si j’avais été amoureux de la beauté des hommes, (…) Mais l’amitié n’avait-elle pas suivi les mêmes critères ? L’amitié, c’était tout sauf le lit, sauf les gestes d’amour dont le seul but était une possession fugitive, l’amitié c’était la possession sans fin d’un regard, d’un sourire, d’une attitude, des paroles, tout, sauf les abandons d’un corps en proie à son délire. Dans l’amitié, l’autre existait à côté de moi, pour moi ; l’amour, c’était le meurtre de l’autre à tout prix, tuer dans la douceur. Je n’avais aucune raison physique de vouloir ce meurtre avec un garçon, toutes avec une femme. Tuer ce qui m’était contraire, posséder comme pour mettre mon propre démon dans cette chair qui me resterait toujours étrangère et inconnue, quand elle sortirait des étreintes désordonnées de l’amour.
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L'Amour brut de
Eric Jourdan
Un déluge de lumières de plus en plus agressives tombait sur cette masse d’adolescents agités et hurleurs, comme les lanières d’un fouet immobile. Tout un tas restait debout au pied de la scène, les oreilles bouchées des inévitables pastilles noires de leurs petites boîtes à musique. Il leur fallait se défoncer de toutes parts, se faire éclater les tympans toujours plus comme s’ils voulaient se remplir de tout le bruit du monde, avaler l’univers, se transformer en ce vacarme, s’y diluer avec les autres dans la fausse communion idéale des sensations fabriquées, incapables d’être autre chose, de penser ou de naître d’eux-mêmes, sans démon intérieur.
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L'Amour brut de
Eric Jourdan
L’amitié aussi a son cordon ombilical. Je ne dis presque rien, j’étais prêt à lui tendre les ciseaux pour le libérer de cette tendresse qu’il voulait tout entière reporter sur elle.
J’avais l’habitude de me retrouver seul, et il s’en irait comme tous les copains, la vie les prendrait, ils auraient leur nouveau monde, ils voyageraient, ils feraient des enfants, auraient d’autres passions, mais toujours ils reviendraient en secret aux heures mystérieuses où l’univers tenait dans une discussion, une bagarre, des découvertes communes.
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Les Mauvais Anges de
Eric Jourdan
« Qu’as-tu, me répétait-il, pourquoi ces larmes, parles-moi, je t’en supplie. » Mais je m’enfonçai dans la solitude par à-coups comme un noyé. Il eut beau supplier, se faire câlin, exiger, je restai muet. J’aimais la chaude impatience des larmes.
Au moment où il me redisait : « Qu’as-tu ? » dans un souffle, je lui jetai ma raison de souffrir : « Je t’aime, c’est tout. »
Il parut ne pas comprendre. Je savais bien qu’elle était impossible à décrire cette peine faite de trop de bonheur. L’amour est un désastre.
Pierre pouvait m’adorer, Pierre pouvait me poursuivre jusqu’au cœur du sommeil, Pierre pouvait me vouloir comme on veut un corps qu’on admire, il ne réussirait pas à me rejoindre si seulement je fermais les yeux pour songer à la nuit, au vent dans le jardin, à la mélancolie d’une promenade nocturne. Un mur de chair était entre nous, et dans ce mur l’amour se refugiait avec son cri d’oiseau blessé comme le rouge-gorge des murailles.
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Les Mauvais Anges de
Eric Jourdan
La peur était mon drame : j’avais peur de vieillir. Non pas perdre le velouté de notre peau, la fraîcheur de la jeunesse, mais peur de ce que nous allions devenir. Le monde ne m’intéressait pas : la société et toutes ses intrigues ne menaient à rien, ne signifiaient rien, en somme n’étaient que riens. Je m’évadais dans l’amour, et la mort était dans chacun de mes actes. J’étais environné par elle, une fenêtre, un tube de soporifique, un couteau me l’offraient. Ma vie était faite de morts refusées. Cela donnait le prix de mon amour. Pierre le savait sans que je lui en eusse parlé. Mes paroles l’enivraient, il me suppliait de demeurer calme, mais lorsque je l’étais, il craignait à son tour le silence. Ainsi je devais parler à Pierre d’avenir, de passion, de cette vie partagée, et il me cachait la mort et les abîmes de l’amour étaient là contre les abîmes du vide…
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Les Mauvais Anges de
Eric Jourdan
"Tu as reveillé mes désirs. La nuit est longue quand tu dors, mais je t'ai plus vrai qu'au grand jour. L'amour, c'est la violence. Je suis jaloux de ce qu'ont fait les autres."
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Les Mauvais Anges de
Eric Jourdan
"Pourquoi m'attaches-tu? Je ne peux plus te fuir, si tu m'ouvrais les yeux, tu t'y verrais toi-même. Ton coeur contre mon coeur, sans se dire qu'on s'aime. Je veux entre tes bras mourir de trop jouir. J'ai crié, tout éclate et mon âme ravie monte dans un abîme... Il faut prendre ma vie. Tu me rends immortel quand tu crois me tuer. Viens, je suis ton désert sans oasis ni terme, je rêve de t'y perdre et j'ai pour abreuver toutes tes soifs mon sang, ma salive et mon sperme."
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