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Un matin de grand silence de
Eric Pessan
il a raté l'école,
il le savait, en se réveillant il a su qu'il était déjà tard,
il a été étonné par le silence de l'appartement d'habitude si bruyant. Dans une version sonore du jeu des sept différences, il faudrait noter que la radio est éteinte, que la douche ne coule pas, que la cafetière ne siffle pas, qu'aucune porte ne s'ouvre, qu'aucune chaise ne ripe sur le carrelage de la cuisine, qu'aucune cuillère ne touille aucun liquide et qu'aucune voix ne lui demande de se dépêcher. Les sept différences, le garçon pourrait les décliner sens par sens. Son nez lui raconterait la même évidence que ses yeux ou ses oreilles : pas d'odeur de vapeur chaude en provenance de la salle de bain, pas de mélange entre l'odeur du café et le parfum dont s'inonde sa mère, pas de pain grillé, de laque pour faire durer la mise en plis, d'après-rasage, de chocolat chaud. L'absence de ses parents, ce matin, contamine toutes ses perceptions. L'appartement est silencieux inodore insensible creux, l'appartement est un trou. Le garçon ferme une seconde les yeux de peur de basculer dans le trou,
c'est comme un vertige, l'appel du vide, puis ça passe,
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Par brigetoun, le 27/12/2010
Moi, je suis quand même passé de
Eric Pessan
s'enroule pour la nuit dans une page. Aperçoit le mot "douceur" qui se détache du texte. Se dit que cela tombe bien. Ferme les yeux.
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Par brigetoun, le 27/12/2010
Moi, je suis quand même passé de
Eric Pessan
plonge la phrase dans l'eau ; elle ne se délite pas. En empoigne une seconde et se trouve muni de rames. Peut diriger son embarcation.
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Par brigetoun, le 27/12/2010
Moi, je suis quand même passé de
Eric Pessan
regarde les vagues accomplir leur travail de vague, le vent souffler comme seul souffle le vent, le ciel faire le ciel à son exacte place.
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Par brigetoun, le 27/12/2010
Moi, je suis quand même passé de
Eric Pessan
se répand, réalise que les images ne correspondent pas aux mots, que les souvenirs sont obliques. S'en doutait un peu, mais à ce point !
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Par brigetoun, le 27/12/2010
Moi, je suis quand même passé de
Eric Pessan
voilà, c'est provisoirement fini, comme suspendu dans l'attente du prochain voyage. L'envie demeure vive, cela arrivera.
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Par orbe, le 08/05/2012
Quelque chose de merveilleux et d'effrayant de
Eric Pessan
Un instant, c'était comme si le monde entier vacillait, comme si la moindre parcelle de nos certitudes allait s'ébouler. Puis, les choses ont repris leur train habituel. On ne peut pas vivre chaque seconde en attente d'une nouvelle catastrophe, au bout d'un moment il faut bien reprendre ses habitudes.
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Incident de personne de
Eric Pessan
Je rentre après une fuite folle, j'ai voulu disparaitre, j'aimais cette idée : l'absence brusque, la ramification des destins possibles. Seulement, j'ai échoué à m'estomper. Je reviens. Si la fuite est un mystère excitant, le retour est un échec pathétique. Je rentre pour retrouver je ne sais quoi.
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Par brigetoun, le 06/02/2011
Incident de personne de
Eric Pessan
Je déborde de toute cette misère : ces éclats de vie, ces phrases mal foutues souvent, magnifiques parfois, pour dire que l'on a des mots-rasoirs en soi et que l'on a peur de les manipuler par crainte de s'y trancher les veines.
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Incident de personne de
Eric Pessan
Vous avez posé une question sur le suicide, une question si violente que je ne peux m'empêcher de m'interroger à mon tour : mourir, avez-vous déjà songé à mourir? Vous donner la mort volontairement. Vous allonger sur la voie et attendre sans bouger la venue du train, figer chaque muscle au moment où tremble le rail, au moment où le bruit devient assourdissant, fermer les yeux et dominer les instincts qui voudraient vous forcer à vous relever, à rouler sur le bas-côté, à préserver votre vie précieuse.