Dix de
Eric Sommier
[ Incipit ]
Le soleil inondait le jardin et tout autour les montagnes glacées se découpaient sur le ciel. C’était le début du printemps, le lendemain même de l’équinoxe. La veille, le jour était strictement égal à la nuit.
Son grand corps accroupi sur le sol, comme recroquevillé, Lucio souriait. Les saxifrages étaient sur le point d’éclore et les grappes blanches des roses de Noël flottaient dans l’ombre légère du camélia. Le camélia lui-même était couvert de bourgeons. Leur vert plus clair tranchait sur le feuillage sombre. Bientôt, ils s’épanouiraient en masses blanches, d’une blancheur plus soutenue et plus éclatante que le pastel vieilli des roses de Noël ou que celle, ourlée de violet et presque transparente, des crocus de printemps.
La main de Lucio progressait minutieusement entre les fleurs. Il procédait avec méthode, ôtant délicatement du bout des doigts les pousses désordonnées des mauvaises herbes, et se rapprochait peu à peu des bruyères des neiges, là où tout semblait se confondre avec le parfum du chèvrefeuille d’hiver, entêtant comme la promesse de ce nouveau printemps.
Lucio souriait parce qu’il savait maintenant proche ce moment où il serait possible de voir à l’œil nu pousser les plantes et la vie jaillir de toutes parts.
C’était un dimanche et, bien qu’il fût encore tôt, l’après-midi tirait déjà à sa fin. Les jours restaient courts et le froid ne tarderait pas à recouvrir d’un coup toute chose. Mais à cette heure, le foehn qui courait dans la vallée et hâtait la fonte des neiges caressait son visage.
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