La mort ne m’effraie pas plus que ça. Un jour j’ai rencontré un vieux philosophe. Il la décrivait ainsi : la mort est comme une montagne sur l’horizon. Je marche vers elle et elle semble toujours aussi lointaine. Parfois, une colline ou une forêt la cache. À l’abri dans une maison bien chauffée, entouré d’amis, je ne la vois même plus. Mais je sais qu’un jour elle grandira et je me trouverai à son pied plus vite que je ne l’aurais cru. Le vent des cimes se lèvera, il fera plus froid et quand je m’en rendrai compte il sera bien sûr trop tard pour faire demi-tour. En revanche, qui aurait envie de faire le voyage avec le dos brisé, une jambe en moins ou le ventre en feu ? Voilà ce que disait cet homme.
Il la regarda un long moment sans prononcer un mot. Éline - l'amour avec elle - appartenait au passé. Il brillait dans un coin de sa mémoire comme un diamant au milieu d'un nœud de ronces. Il ne pouvait l'atteindre sans se blesser, sans la blesser.