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La route au tabac de
Erskine Caldwell
Ellie May s'approchait lentement de Lov. (...) Son bec-de-lièvre s'ouvrait sur ses dents, et elle semblait ne pas avoir de lèvre supérieure. D'habitude, les hommes ne s'occupaient pas de Ellie May ; mais elle venait d'avoir dix-huit ans, et elle commençait à s'apercevoir qu'en dépit de son physique il ne devait pas lui être impossible de conquérir un homme.
- Ellie May s' comporte tout comme votre vieux chien quand ça le démangeait, dit Dude à Jeeter. Regardez-la donc qui se frotte le cul sur le sable. Votre vieux chien, il faisait le même bruit aussi. Comme un petit goret qui couine, pas vrai ?
- Sacré nom de Dieu de bon Dieu, Lov, j' voudrais quelques bons navets, dit Jeeter. Tout l'hiver j'ai mangé que de la farine et un peu de lard et j'ai bien envie de navets. Tous ceux que j'ai fait pousser sont pleins de ces sales vers à tripes vertes. Du reste, où c'est-il que tu les as trouvés ces navets, Lov ? On pourrait peut-être faire un petit arrangement, tous les deux. J'ai toujours été honnête en affaires avec toi. Tu devrais me les donner, vu que j'en ai pas. J'irai chez toi dès demain matin, et je dirai à Pearl de cesser ses singeries. Elle devrait avoir honte de te traiter comme elle fait. J' lui dirai de te laisser prendre ce qui te revient. J'ai jamais entendu parler d'une femme qui préfère coucher sur un matelas par terre plutôt que d' coucher dans le lit que son mari a préparé pour elle. C'est pas des façons de traiter un homme une fois qu'il s'est donné la peine de vous épouser. Il est temps qu'elle le sache. J'irai dès demain matin lui dire de coucher avec toi.
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La route au tabac de
Erskine Caldwell
Et maintenant, j' peux plus trouver de crédit, et j' peux plus me gager parce qu'on ne veut plus de métayers. Si le bon Dieu s' presse pas de venir à mon secours, ça sera trop tard pour me tirer d'affaire.
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La route au tabac de
Erskine Caldwell
Dude lançait une balle de baseball toute cabossée contre la maison, et il la rattrapait au moment où elle rebondissait. La balle frappait la maison avec un bruit de tonnerre, faisant vibrer les planches disjointes à tel point que toute la masure oscillait de droite et de gauche. Avec une régularité infaillible, la balle, qu'il lançait sans arrêt, rebondissait jusqu'à lui, par-dessus la cour sablonneuse. (...)
- Sacré nom de Dieu de bon Dieu, Dude, dit Jeeter, t'as pas bientôt fini de lancer cette balle contre cette vieille maison ? T'as déjà démoli presque toutes les planches. Si tu continues comme ça, la sacrée baraque va chavirer et se foutre par terre un de ces jours.
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Par Woland, le 11/02/2009
La route au tabac de
Erskine Caldwell
[...] ... Le Seigneur m'a dit d'aller chez les Lester," dit l'évangéliste. "J'étais chez moi, en train de balayer ma cuisine, quand Il m'est apparu et Il m'a dit : "Soeur Bessie, Jeeter Lester fait en ce moment quelque chose de vilain. Va chez lui, et prie pour lui avant qu'il ne soit trop tard, et tâche de le faire renoncer à ses mauvaises pratiques." Alors, j'ai regardé le Seigneur bien en face, et je Lui ai dit : "Seigneur, Jeeter Lester est un grand pécheur, mais je prierai pour lui jusqu'à ce que le diable s'en retourne en enfer." C'est ça que je Lui ai dit, et me voilà. Je suis venue prier pour vous et pour les vôtres, Jeeter Lester. Peut-être n'est-il pas encore trop tard pour vous remettre dans les bonnes grâces du Seigneur. C'est les gens comme vous qui devraient être bons, au lieu de permettre au diable de leur inspirer un tas de vilaines choses.
- Je savais bien que le Bon Dieu ne me laisserait pas glisser entre les griffes du démon !" hurla Jeeter en dansant tout autour du fauteuil de Bessie. "Je le savais bien ! Je le savais bien ! Dieu a toujours été de mon côté, même quand les choses étaient au pire, et je savais bien qu'Il me retirerait de l'enfer avant qu'il ne soit trop tard. J'suis point pécheur par nature, Soeur Bessie. Seulement voilà, c'est ce vieux diable qu'est tout le temps à me harceler, à me pousser à faire des petites choses pas bien. Mais je ne le ferai plus. Je veux aller au ciel quand je mourrai.
- Est-ce que vous n'allez pas me donner un navet, Jeeter ?" dit-elle. "Je n'ai pas beaucoup mangé, ces temps-ci. Les temps sont durs pour les bons comme pour les méchants, bien qu'il m'arrive de trouver que ce n'est peut-être pas très juste. Les bons ne devraient pas être éprouvés tout le temps comme les pécheurs le méritent.
- Certainement, Bessie," dit Jeeter en lui donnant plusieurs navets qu'il avait choisis parmi les plus gros. ... [...]
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Par Woland, le 11/02/2009
La route au tabac de
Erskine Caldwell
[...] ... Il y avait déjà quelques semaines que Lov envisageait la possibilité de prendre des cordeaux de labour pour attacher Pearl, la nuit, dans son lit. Il avait essayé tous les moyens auxquels il avait pu penser, sauf la force, et il était toujours bien décidé à la faire agir comme, à son avis, une femme devait le faire. Il en était arrivé au point où il lui fallait l'opinion de Jeeter avant d'oser aller plus loin. Il croyait que Jeeter saurait lui dire si son idée était sage du point de vue pratique, car Jeeter avait eu affaire à Ada [sa femme et la mère de Pearl] pendant toute sa vie ou à peu près. Il savait que, pendant un temps, Ada avait agi comme Pearl agissait maintenant. Toutefois, Jeeter n'avait pas été traité comme lui car Ada lui avait donné dix-sept enfants alors que Pearl n'en avait pas encore commencé un. ... [...]
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Par Woland, le 11/02/2009
La route au tabac de
Erskine Caldwell
[...] ... En automne, le jour où il avait vendu sa récolte, il ne lui était resté que sept dollars. Pour commencer, il lui fallait payer trois pour cent par mois pour son emprunt, et, au bout de dix mois, il avait dû payer trente pour cent, sans compter un autre trente pour cent sur les intérêts non payés. En plus, pour assurer la sécurité de l'emprunt, Jeeter avait dû verser la somme de cinquante dollars. Il n'avait jamais pu comprendre pourquoi il avait dû payer cela, et la banque ne prit pas la peine de le lui expliquer. Quand il avait demandé ce que représentaient ses cinquante dollars, on lui avait dit que c'était simplement le droit de contracter un emprunt. Quand tous les comptes furent réglés, Jeeter s'aperçut qu'il avait payé plus de trois cents dollars et qu'il en retirerait personnellement un profit de sept dollars. Sept dollars au bout d'une année de travail ne lui paraissaient pas une juste rétribution pour la culture du coton, surtout étant donné qu'il avait fait tout le travail et avait, par-dessus le marché, fourni le terrain et la mule. Il était même encore endetté car il devait encore dix dollars à celui qui lui avait prêté la mule pour faire pousser son coton. Avec l'aide de Lov et d'Ada, il avait découvert qu'il avait perdu finalement trois dollars. L'homme qui lui avait loué la mule insistait pour être payé, et Jeeter lui avait donné les sept dollars, et il en était encore à chercher les trois autres pour finir de solder sa dette. ... [...]
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Par lecassin, le 04/12/2011
La route au tabac de
Erskine Caldwell
Lov posait des questions à Pearl. Il lui donnait des coups de pied, il lui jetait de l'eau à la tête, il lui lançait des pierres et des bâtons, il lui faisait tout ce qu'il croyait susceptible de la faire parler. Elle pleurait beaucoup, surtout quand Lov lui avait fait sérieusement mal, mais Lov ne considérait pas cela comme une conversation. Il aurait voulu qu'elle lui demandât s'il avait mal aux reins, quand il irait se faire couper les cheveux, s'il croyait qu'il allait pleuvoir. Mais Pearl ne disait pas un mot.
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Par Walden-88, le 22/10/2012
Le petit Arpent du bon Dieu de
Erskine Caldwell
Mais quand on a Dieu dans son cœur, on se rend compte que la vie, ça vaut bien une lutte pour elle, nuit et jour. J'parle pas du Dieu dont on vous parle dans les églises, je parle du Dieu qu'on a dans le corps. J'ai la plus grande considération pour Lui parce qu'Il m'aide à vivre. C'est pour ça que j'ai placé le petit arpent du Bon Dieu, ici sur ma terre, dès que j'y suis arrivé, tout jeune homme. J'aime avoir quelque chose près de moi, quelque chose où je peux aller, où je peux rester, où je peux sentir Dieu.
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Par Walden-88, le 22/10/2012
Le petit Arpent du bon Dieu de
Erskine Caldwell
Le Bon Dieu m'a béni en me donnant les trois plus jolies filles qu'un homme puisse jamais avoir dans sa maison. Il m'a montré ainsi toute Sa bonté car je sais que je ne mérite pas tant que cela.[...] Ainsi le Bon Dieu m'a béni, mais, d'un autre côté, Il me l'a fait payer en me mettant le chagrin dans le cœur. Il me semble que le bon et le mauvais doivent toujours aller ensemble. L'un ne vient point sans l'autre.
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Par lecassin, le 04/12/2011
Le petit Arpent du bon Dieu de
Erskine Caldwell
Le défaut des gens, c'est qu'ils cherchent toujours à se tromper eux mêmes, à se figurer qu'ils sont différents de ce que Dieu les a faits.