L'etreinte, le temps. poesie, 1980-1985 de
Eugène Durif
La peau sentie contre les lèvres
douceur bue et toute honte,
la douceur de l'oubli qui ne peut venir
fermer les yeux.
A tout instant, je crois te serrer contre moi
et te voir comme si je voyais au premier jour.
Paroles qui n'en finissaient pas dans le noir,
je te parle
et ce moment où nos mains l'une contre l'autre,
tendues l'une en l'autre à jamais.
(Ce jour là)
Et je t'appelle et crois te saisir,
l'écho de ton nom dans toutes les pièces vides.
(J'ai senti sur mon visages les étoffes, caresses d'absence,
dans l'armoire où sont tes vêtements et le parfum dessous)
Et je crus te serrer dans la blancheur de ce jour de novembre ;
croyais te serrer contre moi,
ce n'étaient que mains qui s'effleuraient
dans le pauvre jour, à peine s'effleuraient
et ce sourire tout à coup d'humanité.
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Laisse les hommes pleurer de
Eugène Durif
[Incipit.]
Un jour, je ne pouvais plus. Peut-être que c'était là depuis longtemps et que je ne m'en étais pas rendu compte. Enchaîné aux circonstances, aux événements, à la suite des jours, et voilà qu'on se retrouve un matin à ne plus savoir quoi faire, à ne plus pouvoir continuer. Vingt-cinq années avaient passé, la succession des jours les uns après les autres. Et un jour je ne pouvais plus. Quand ou comment ça a commencé, je ne sais pas si c'est le plus important. J'étais devenu vulnérable, moi qui avais réussi à ne pas être touché. Tout devenait possible, même le pire. Je suis sorti de la cellule de Selim, la succession des couloirs, que je connaissais si bien, à une éraflure dans le mur près, et je me suis dit, avec une détermination qui m'a étonné moi-même, que je ne reviendrais plus ici, que c'était la dernière fois. Je ne pouvais plus, ou quelque chose en moi ne pouvait plus.
Si vous êtes malade, c'est que vous ne pouvez plus supporter les faux-semblants et le mensonge et c'est plutôt sain, il faut le voir comme ça. Le psy avait l'air sûr de ce qu'il avançait. Ça lui arrive de parler. Quand je vais chez lui, je reste de longs moments à ne plus pouvoir ouvrir la bouche. Plus d'une fois, j'ai failli pleurer. Si on m'avait dit qu'un jour les larmes me viendraient aussi facilement aux yeux, je n'y aurais pas cru. Il faudrait que je note tout ce qui m'échappe, tout ce que je n'arrive pas à dire quand je suis chez le psy. Souvent, ça me vient après, très clairement, dans ma tête, je lui parle, je lui explique. Je voudrais lui crier parfois. Je pourrais peut-être lui lire, ce serait plus facile.
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