Note moyenne : /5 (sur 11 notes)
Nationalité : France
Né(e) : 1965
Les auteurs que j`admire, qu`il s`agisse de Céline, Dickens, Philip K. Dick, Antonio Lobo Antunes ou Nabokov, ont toujours été des stimulants pour moi, jamais des freins. Ils me poussent à l`exigence, m`incitent à travailler ; leur lecture est un apprentissage permanent, inépuisable. Je ne me sens pas écrasé par ces génies, mais, avec mes moyens et mes limites, sollicité pour donner le meilleur de moi-même. Ecrire de la fiction est un mélange d`humilité, d`orgueil et d`inconscience : on se demande parfois ce que l`on peut ajouter à tous ces grands romans, mais l`envie d`écrire est la plus forte. le romancier est avant tout dans l`action.
Soleil Vert, de Harry Harrison, un roman d`anticipation écologique que j`ai lu à 15 ans. Il traite notamment de la surpopulation, de la famine, et me semble toujours d`actualité. Plus tard, à dix-sept ans, j`ai découvert Le Père Goriot de Balzac, dont l`évocation de la ville m`a fasciné.
Les trois volumes de Littératures de Nabokov. C`est une mine épuisable pour moi, un feu d`artifice d`intelligence, de drôlerie, et, parfois aussi, de mauvaise foi ! Nabokov nous apprend véritablement à (re)lire, à se méfier des généralités. Grâce à lui, j`ai pu aborder Ulysse de Joyce et mieux saisir La Métamorphose de Kafka. Son souci du détail est parfois déterminant : le fait, par exemple, qu`il s`agisse dans l`histoire d`un scarabée bousier (et non d`un cafard comme les mauvaises traductions le colportent) est déterminant : ça démonte toute l`analyse freudienne du texte sur le rapport au père…
Lanark, de l`écossais Alasdair Gray. C`est un roman à deux pistes qui entrelace deux histoires : celle d`un peintre dans le Glasgow des années 1950 et celle d`un jeune homme, thérapeute de dragons, dans une ville intemporelle, Unthank, toujours entourée de brume. C`est un texte hybride, absolument génial, une sorte d`Ulysse contemporain agrégeant SF et littérature générale.
La chartreuse de parme. Je ne suis jamais allé au bout d`un roman de Stendhal ! Sans doute parce que mon prénom, dirait un docteur viennois, vient d`un certain del Dongo. Tant pis. Ma passion pour Flaubert est aussi forte que mon indifférence pour Stendhal.
Non.Je me méfie des belles phrases, des maximes et du passage « très spirituel » qui résume tout – le monde, la vie, l`amour, la littérature. Les généralités me posent problème. Je suis plutôt un narratif qu`un conceptuel ; j`apprécie chaque phrase d`un texte, sur le plan du sens et de la musicalité, mais je la vois comme le point d`un tableau qui n`a de sens qu`agrégé aux autres éléments dont la structure d`ensemble se révèle à la fin.
Limonov, d`Emmanuel Carrère (dont je suis un grand fan). C`est un roman picaresque autour de la vie de cet écrivain-aventurier russe. le parcours d`Edouard Limonov est celui d`un siècle, de ses douleurs, de ses excès et de ses paradoxes. C`est un vrai bonheur de lecture. Carrère arrive à chaque fois à me surprendre ! Depuis L`Adversaire, il a gagné en densité et en intensité. Avec Limonov, où l`Histoire fait son apparition, il devrait toucher pas mal de monde et intéresser les jurés du Goncourt…
Ce n`est pas calculé. L`idée m`est venue un soir, sur le périphérique, en apercevant sur le flanc d`un immeuble cette affiche de Spiderman III qui m`a amusée. Je me suis demandé ce qui se passerait pour la personne qui habitait à hauteur de l`épaule du super-héros. Ça a démarré comme ça. J`ai tout de suite eu la première phrase du livre. Les romans,pour moi, naissent souvent d`une image, d`une situation, pas d`une idée abstraite. Pour Un certain Petrovitch tout est parti de là : j`ai exploré mon personnage, son passé et son devenir. C`est parti d`un côté presque anecdotique pour aboutir, par strates successives,à travers le parcours du personnage et la revisitation du « Manteau » de Gogol, à quelque chose, je l`espère, de plus universel.
Mon narrateur a en effet perdu son manteau comme Akaki Akakievitch dans la nouvelle de Gogol. J`ai découvert cette nouvelle à 17 ans, dans les mêmes circonstances que mon personnage. Elle m`a tout de suite touché, sans que je puisse le formuler précisément – je n`étais pas très littéraire à cette époque. Ce n`est que plus tard, quand j`ai commencé à écrire et que j`ai relu plusieurs fois ce texte, que j`ai compris à quel point il était beau, fort, universel, et à quel point l`interprétation qu`en fait Nabokov était juste.
La citation placée en début d`un livre est souvent sa clef de sol, elle donne le ton du roman. C`est aussi un hommage à un auteur qu`on admire. Nabokov a exprimé avec une clarté, une profondeur d`analyse et, en même temps, une extraordinaire simplicité, la portée de cette nouvelle, qui résume tout le pathétique de la condition humaine. Comment vit-on sans une passion, une obsession qui donne un sens à notre existence et, dans le même temps, en rappelle la futilité et la triste finitude ?
Je ne voulais pas faire un essai sur Gogol ; j`ai essayé de donner ma vision, à la fois personnelle et littéraire, de cette nouvelle, et de voir comment critiques et écrivains l`avaient abordée : Henri Troyat (qui a consacrée une biographie à Gogol), Andreï Siniavski, Nabokov, etc.
Tout à fait. Ces deux ouvrages ont deux points communs : un ton burlesque, un peu débridé, et l`imbrication de ce que l`on appelle la « culture haute » – Joyce pour Contretemps, Gogol pour celui-ci –, à la culture « populaire » : Retour vers le futur pour Contretemps, les super-héros pour Pétrovitch. Je ne voulais pas que ces deux romans soient réservés à des spécialistes, ou de Joyce ou de Gogol, mais qu`au contraire le lecteur soit progressivement amené à cette littérature.
Ma formation d`autodidacte m`a détourné pendant longtemps du genre. J`avais cette vision sérieuse, ce mépris aristocratique très français à l`égard du burlesque. Ce n`est plus du tout le cas, heureusement. Le rire, même dans un comique dit de « situation », est pour moi un grand bonheur en soi. Passé ce premier degré, je trouve que le burlesque a un aspect vengeur et dénonciateur tout fait salutaire, que ce soit dans un roman ou dans un film. J`ai autant appris de Pierre Desproges, Pierre Richard ou Woody Allen, que de Céline, Rabelais ou Boulgakov. Dans Criticon, une de ses « Chroniques de la haine ordinaire », Pierre Desproges s`en prenait à un critique de cinéma qui avait assassiné avec condescendance un film de Claude Zidi en disant : « ce film n`a d`autres ambitions que de faire rire ». Pierre Desproges rétorquait que l`ambition ou la prétention de faire rire était immense. Je le pense aussi.
J`aime beaucoup l`univers de Iegor Gran ou d`Eric Laurrent. Houellebecq, à mes yeux, est aussi un grand auteur comique. Plus récemment, j`ai lu avec beaucoup de plaisir le premier roman de Jean-Claude Lalumière, le front Russe. Les livres burlesques sont assez rares dans notre pays cartésien où la littérature est assimilée à une forme de sérieux qui, croit-on, est incompatible avec le comique. On pense que le rire est superficiel, qu`il ramène le lecteur à un état bestial, animal. On se méfie de ses moments d`absence où le sujet abandonne sa raison.
Comme mon personnage, j`ai été batteur dans des groupes de rock – mais j`ai arrêté la musique de manière beaucoup moins tragique ! La musique est très liée à mon adolescence, période toujours sensible ; c`était le langage commun d`une génération, au début des années 1980. Il n`y avait pas internet, pas de CD, peu de clips, le partage de la musique était différent. le disque était un objet en soi, il avait une valeur d`objet précieux, de trésor à la dimension affective. Mon roman parle aussi de ça, de l`importance que la musique peut avoir dans notre vie. Nick Hornby a très bien décrit cette imbrication entre la musique pop et l`intimité des individus dans High Fidelity ; son personnage retrace ses amours à travers ses goûts musicaux successifs. Beaucoup d`instants de ma vie sont étroitement associés à des chansons qui m`ont éveillé à la politique, à l`amour, voire à l`écriture : le désir d`écrire a été le prolongement de certains textes de chansons que j`écrivais à l`époque.
L`entreprise est un cadre de départ assez banal, que beaucoup partagent, et dont je me sers pour basculer sur des éléments fantastiques ou loufoques. J`avais déjà exploré cet univers dans Une Fuite Ordinaire, paru en 1997, qui m`avait valu les suffrages de Houellebecq. Il a exploré ce monde avec beaucoup de talent dans Extension du domaine de la lutte. Il est l`un des premiers à avoir fait entrer le romancier dans l`entreprise. Il a su donner une expression littéraire à ce monde où des millions de gens en occident passent parfois une grande partie de leur vie. L`entreprise permet de comprendre beaucoup de choses sur l`homme et la société contemporaine : le romancier doit s`en emparer.
J`ai été très marqué par la lecture de Dr Jekyll et Mister Hyde de Stevenson, puis, plus tard, par un livre très étonnant de Luigi Pirandello : Un, personne et cent mille. Encore plus que celle du double, c`est l`idée de la multiplicité qui m`intéresse. J`aime cette idée que l`on est plein de gens à la fois et que selon les situations, les interlocuteurs qu`on a, une ou plusieurs de nos facettes s`expriment. Ce qui m`intéresse chez Stevenson – Nabokov, encore une fois, en fait une très bonne analyse –, c`est qu`il ne s`agit pas de deux personnalités distinctes, moralement et psychiquement scindées, mais qu`elles sont imbriquées : il y a toujours un peu de Jekyll en Hyde, et vice-versa. Je voulais que ce phénomène intervienne dans mon roman. Il y a une porosité entre les deux récits, qui se répondent : on trouve un peu du super héros dans le comptable et des considérations de comptable dans le super-héros.
Ces deux villes ont pas mal de points communs… Elles sont bâties sur l`eau, très emblématiques de leurs pays respectifs, et en même temps très à part. Souvent, on entend les américains dire que New York n`est pas vraiment une ville américaine : elle est d`ailleurs tournée symboliquement vers l`Europe, tout comme Pétersbourg qui est située très à l`ouest de la Russie. Ce sont par ailleurs deux villes très littéraires. J`utilise les icônes de ces deux villes dans mon roman, mais je voulais aussi les aborder d`une manière un peu comique, en mettant en présence le Spiderman de New-York City et le Nicolas Gogol de Saint-Pétersbourg. J`aime, dans la langue comme dans le récit, assembler des éléments assez disparates, éloignés, et voir ce qu`ils produisent. Je revendique ce télescopage entre culture « haute » et « populaire » dont on parlait tout à l`heure.
Un certain Petrovitch de
Fabrice Lardreau
Un certain Petrovitch de
Fabrice Lardreau
Un certain Petrovitch de
Fabrice Lardreau
Un certain Petrovitch de
Fabrice Lardreau
Nord absolu de
Fabrice Lardreau
Nord absolu de
Fabrice Lardreau
Nord absolu de
Fabrice Lardreau
Nord absolu de
Fabrice Lardreau
Nord absolu de
Fabrice Lardreau
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Fabrice Lardreau
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