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Par csapin, le 04/07/2011
Juste avant de
Fanny Saintenoy
J'adorais ça, les fous rires entre filles, surtout ceux qui durent, que ça monte de plus en plus jusqu'à l'étouffement et qu'il faut s'arrêter parce qu'on a trop mal au ventre. Je trouve que les garçons, ils savent pas bien avoir des fous rires, c'est pas pareil. Question d'aigus peut-être, c'est sûrement faux ce que j'avance, mais j'en resterai persuadée.
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
Un jour je leur ai raconté l’arrestation aux filles, c’était le première fois il me semble, j’aurai attendu quarante ans pour ça. Elles se sont foutues de moi parce que j’avais précisé que mon mari n’avait pas pu manger sa soupe avant de partir. Il était de la Corrèze, Louis, il a toujours gardé cette manie de la soupe à cinq heures du matin. Qu’est-ce que ça m’énervait ! Je me rappelle, y avait Marie, la petite filleule de Fanny, elle était pliée en deux, elle ne pouvait plus s’arrêter. C’est resté ça aussi. Ca ne m’a pas choquée. Moi, après, je rigolais comme elles. C’est vrai qu’un type qu’on emmène dans les bureaux de la Gestapo, il a sûrement d’autres préoccupations.
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
« Le cancer n’aime pas les vieux, ça l’excite pas, il lui faut de la cellule fraiche »
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
Pendant des années, j'avais une copine à l'étage du dessous, Mme Garrigue, nous passions presque toutes nos journées ensemble. Elle est morte d'un seul coup, ça ne m'a rien fait, pas une larme, pas un regret, rien qu'un peu de dégoût devant son corps jauni. J'irai regarder "Tournez manège !" chez une autre, voilà tout. Incroyable, l'indifférence des vieux pour les autres vieux.
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Par Inextenso, le 14/11/2011
Juste avant de
Fanny Saintenoy
Ma petite-fille va bientôt dépasser l'âge de sa mère, ça fait un drôle d'effet, je me rappelle, de se dire qu'on est plus vieux que ses parents. J'ai plein d'amis à qui ça a fait ça, ils allaient sur la tombe de leur père, mort à la guerre de 14, et ils avaient l'impression de prier pour un gamin, un gamin d'une vingtaine d'années qui était censé les élever et veiller sur eux.
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
“Le cancer à cinquante ans c’est trop tôt, mais en passer quinze dans un mouroir, c’est juste une torture. Je ne m’arrête pas de fumer, j’ai une bonne descente, je ne mange pas bio, ne fais pas beaucoup de sport et j’habite à Paris. Je tiens à garder toutes mes chances de ne pas croupir des années dans un fauteuil.”
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
De toute façon, quand on est très vieux, la compagnie n'a plus tellement d'importance, il s'agit seulement de tromper un minimum la solitude avec une présence, la moins agaçante possible.
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
Ma vieille pomme, dans le couloir, quand je venais te voir à la Madeleine, j'avais toujours l'appréhension d'en prendre un coup, il faut se gonfler un peu les épaules avant de pénétrer dans une maison de retraite, se faire une petite carapace de protection. Rien que l'odeur, et puis pousser la porte du service, on entrait dans un autre monde, celui de la désespérence. J'avançais lentement, la décrépitude impose le silence. Je jetais des coups d'oeil à droite et à gauche, toutes les deux portes. Les vieilles dans leurs fauteuils, le fauteuil ou le lit, regards vides et perdus devant la télé allumée seulement pour faire du bruit, une pure tristesse de chien dans les yeux quand elles se tournaient pour me voir passer. Des bras secs et pendants au-dessus des couvertures miteuses, éventail d'odeurs âcres et fades. Un autre genre de couloir de la mort. Comme un film au ralenti, je vois ta silhouette tout au bout, frêle, accoudée à la barre, l'épaule qui traîne un peu le long du mur. Ton visage se transformait tout doucement, le temps que tu plisses les yeux plusieurs fois pour nous reconnaître. J'aimais que tu oublies toujours les dates de nos visites, comme ça tu avais l'air surpris, à chaque fois, c'était ma récompense.
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
J'ai peur, j'ai un peu peur quand même. Ca va venir, ça me rôde autour, j'ai chaud et j'ai froid, je me rétrécis. Cette odeur, l'hôpital, on reconnaît tout de suite, rien à voir avec la maison de retraite ; ça sent plus les produits et moins la chair qui se fane. J'entends des voix au loin, douces, je devine les jeunes femmes en blanc, parfois je sens qu'on me prend la main, ça devient chaud, je respire, je n'ai plus mal.
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Juste avant de
Fanny Saintenoy
L'autre jour à la télé, j'ai vu un reportage sur une maison de retraite.Une jeune fille adorable, pleine de convictions, venait chanter avec les mémés et elle leur faisait battre le ryhthme avec des grelots ou des claves, je ne sais plus. La salle s'appelait "Espace tendresse", c'était d'une tristesse à vomir.Je ne peux plus voir ce genre de scène, je ne veux plus.