La gamine était presque au bout du champ et elle ne semblait pas prête de ralentir. Dans quelques secondes, dix tout au plus, tout serait perdu.
Alors Lucien enleva son écharpe rouge.
Puis il fit glisser par terre son joli manteau bleu marine.
Et il prit son envol.
— Juliette, c’est ta maman que tu dessines ? C’est ça ?
La fillette s’arrêta net et se retourna vers son père, le visage rayonnant, toujours sans un mot. Puis elle se remit à dessiner.
Ces oreilles si délicates. Ces yeux verts en amande au fond desquels Léo aimait tant se perdre. Ce front bien dégagé. Ces cheveux blonds qu’elle attachait trop souvent.
« Comment une gamine de sept ans peut-elle dessiner un portrait de sa mère d’une telle acuité ? » se demanda Léo.
Le portrait semblait terminé, mais Juliette était toujours aussi absorbée. Elle pointa l’espace avec son crayon, puis plongea vers la feuille et de son écriture enfantine sortirent sous le portrait deux mots.
Deux mots tout simples.
Puis, elle s’allongea doucement sur le canapé et ferma les yeux pour s’assoupir.
Léo saisit le dessin en tremblant, les larmes aux yeux.
Gabrielle y rayonnait comme jamais.
Et sous ce merveilleux portrait, il pouvait lire :
REJOINS-MOI