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Le Dîner de cons de
Francis Veber
FRANCOIS — (Au téléphone.) Monsieur Leblanc, pardon de vous déranger de nouveau, c’est encore monsieur Van Brueghel à l’appareil…
LEBLANC — (Le coupant, off.) Excusez-moi, je suis sur une autre ligne avec mon agent, je vous appelle dans une minute, quel est votre numéro ?
FRANCOIS — (Il regarde le numéro inscrit sur son téléphone.) Quarante-cinq, nonante, cinquante-six, zéro trois.
PIERRE — (Catastrophé.) Oh, nom de Dieu ! (Il coupe la communication.)
FRANCOIS — (Au téléphone.) Allô ?... Allô ?... (A Pierre.) Il a coupé.
PIERRE — Mais non, c’est moi, abruti !
FRANCOIS — Pardon ?
PIERRE — Vous lui avez donné mon numéro de téléphone !
FRANCOIS — Eh bien, oui, il me demande où il peut me rappeler !
PIERRE — Vous ne vous reposez jamais, vous, hein ?
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
FRANCOIS — (Il compose un numéro.) On va vous tirer de là, monsieur Brochant, ne vous inquiétez pas, on va vous tirer de là. (Au téléphone.) Allô ? Je voudrais parler au Dr Archambaud, j’appelle de la part de Monsieur Pierre Brochant… Ah, excusez-moi, je me suis trompé de numéro, j’ai dû sauter une ligne dans le répertoire, il faut dire que c’est écrit tellement petit…
PIERRE — Bon, ça va, raccrochez, on s’en fout.
FRANCOIS — … Ah non, il ne va pas bien du tout, il a un tour de reins… Oui, le sale truc, il ne peut plus bouger, il est affalé sur le plancher comme un vieux sac, c’est pathétique…
PIERRE —Mais à qui il parle, là ? A qui vous parlez, bordel ?
FRANCOIS — (Au téléphone.) Excusez-moi, mais qui est à l’appareil ?... Ah bon, eh bien, je peux vous le dire, alors. Ça va très mal, sa femme l’a quitté, en plus. C’est un homme brisé, le cœur, les reins, tout…
PIERRE — (Il crie.) Mais arrêtez, enfin !
FRANCOIS — (Au téléphone.) Il faut que je vous quitte, ses nerfs sont en train de lâcher… Mais je vous en prie, au revoir.
(Il raccroche et se tourne, souriant, vers Pierre.)
C’était votre sœur.
PIERRE — Je n’ai pas de sœur.
FRANCOIS — (Surpris.) Vous n’avez pas de sœur ? (Geste vers le téléphone.) Je lui ai dit : « Qui est à l’appareil ? » Et elle m’a dit : « Sa sœur. »
PIERRE — (Accablé.) Il a appelé Marlène !
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
LEBLANC — Dis-moi, il ne serait pas un peu con ?
PIERRE — C’est pour ça que je l’ai invité.
LEBLANC — (Incrédule.) Ne me dis pas que c’est le type ?...
PIERRE — (Cri du cœur.) Si… C’est horrible… horrible…
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
PIERRE — C’est le 47.45… (Prudent.) Je vais le faire moi-même. (Il décroche.) Il s’appelle Juste Leblanc.
FRANCOIS — Il n’a pas de prénom ?
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
PIERRE — C’est ça, je ne lui ai pas parlé depuis deux ans, je l’appelle et je lui dis : « Est-ce que la femme que je t’ai piquée est revenue chez toi ? »
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
FRANCOIS — Le garçon avec qui elle est partie, c’est pas pour dire, mais qu’est-ce qu’il est bête !
PIERRE — Non !
FRANCOIS — Si, mais bête, c’est pas croyable !
PIERRE — Mais plus bête que ?... (Il se reprend.) Enfin, je veux dire, vous êtes intelligent, vous, et par rapport à vous ?
FRANCOIS — Ecoutez, je n’aime pas être grossier, mais il faut employer le mot, c’est un con.
PIERRE — Mon Dieu !
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
FRANCOIS — Marlène… Vous me permettez de vous appeler Marlène ?
CHRISTINE — Mais je vous en prie.
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
PIERRE — (Leblanc se met à rire.) Sois gentil, Juste, c’est assez dur comme ça… Arrête de rigoler comme un abruti !...
LEBLANC — (Hilare.) Un con, qui en moins d’une heure amène ta femme à l’adultère et toi au contrôle fiscal, c’est tout de même prodigieux, non !
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Le Dîner de cons de
Francis Veber
CHRISTINE — C’est irrésistible d’inviter un malheureux pour se moquer de lui toute la soirée ?
PIERRE — C’est pas un malheureux, c’est un abruti, il n’y a pas de mal à se moquer des abrutis, ils sont là pour ça, non ?