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Citations de François Bon (118)


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  • Par brigetoun, le 11/03/2010

    apprendre l'invention de François Bon

    Les ateliers, pour nous, c’est un peu une écluse avec les forces vives du monde, là où des êtres rendent compte de leur propre intensité. On injecte dans l’inventaire de la langue et des mots des cailloux qui ne lui appartiennent pas d’avance, mais dont elle a besoin en permanence pour répondre à ce qu'on exige d'elle

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  • Par brigetoun, le 20/12/2009

    Tumulte de François Bon

    On passe devant la maison inhabitée, on s'arrête. Des carrés vides, troués. Des écroulements. On ne voudrait pas réparer, on ne voudrait pas s'installer : seulement ça a été habité. C'est une image de comment on installe un relief dans l'espace, des chemins, des fenêtres avec vue, et un toit et une coquille. .... L'inhabité appelle. Comme possibilité, dès qu'ici on vient et regarde, de refaire en soi, où tout est encombré, le même vide, la même ruine peut-être, mais où reconstruire se fera sans passé ?

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  • Par brigetoun, le 26/01/2011

    Après le livre de François Bon

    En général, par exemple, ceux qui vous répondent tant aimer « l’odeur du papier » n’ont pas connaissance des 4 ou 6% de chaux vive en couche fine sur la page qu’ils respirent, pour la rendre hydrofuge et économiser sur les micro-gouttelettes du jet d’encre. Ni d’ailleurs que cette odeur est plutôt celle de la colle et de l’encre que celle du papier (résidus de tri sélectif blanchis à l’acide puis agglomérés en mélasse colorée pour casser le blanc et ne pas se déchirer dans le nouveau roulage), et surtout éviter en ce cas de les informer des différents composants chimiques inhalés dans cette odeur d’encre, c’est à vous qu’ils en voudraient et non pas à la chimie.

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  • Par brigetoun, le 11/03/2010

    apprendre l'invention de François Bon

    chaque phase d’une séance est une prise de responsabilité indépendante : savoir ce qu’on demande comme appel au monde ou à soi-même, ce qu’on demande en tant que contrainte de forme ou de langue, la restitution du texte au groupe et la place fondamentale de la lecture à voix haute.

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  • Par brigetoun, le 11/03/2010

    apprendre l'invention de François Bon

    Les enseignants savent de plus en plus nombreux que poser l’écriture comme pratique et comme expérience, et non pas comme objet extérieur dont il faudrait se saisir des codes parce qu’ils sont les codes du dominant, du diplôme et du curriculum vitae, c’est permettre de réintroduire le poète dans son rôle de celui qui va en avant

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  • Par chartel, le 21/12/2007

    Quoi faire de son chien mort ? : Et autres textes courts pour la scène de François Bon

    Pauvre amie, les morts

    Tous nous hantent et nous bercent, tragédienne, quand en avant on marche et se porte, c'est eux qui dans leur bras nous ont pris et nous lancent,

    On ouvre le bec on a ses mots appris par coeur et voilà

    Que c'est eux les morts qui dans notre bouche parlent et les mots vous les volent:

    Liste qu'on a chacun de morts,

    Et mon père et la mère...

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  • Par brigetoun, le 15/02/2011

    Prison (nouvelle édition) de François Bon

    Ce texte-ci lui l’avait dicté puisqu’à ce que je demandais il restait sur sa feuille blanche, on se voyait pour la première fois et ce qu’il avait dicté c’était encore non pas des mots qui s’accumuleraient pour un texte mais ceux qui auraient dû rester en amont, dire l’obstacle, prétendaient seulement que ça ne valait pas d’être dit et c’est cela pourtant que je notais, disant même qu’un livre aussi peut s’écrire comme ça, sur ce qu’on n’arrive pas à dire ou qu’on ne veut pas dire, accumuler en amont, retenir parce qu’il n’y a pas droit à plus comme je ne prétendrai pas à autre droit que reprendre ici ces seuls mots parce qu’ils restent sans doute le partage possible et que si je viole pas ici ce droit (ces mots sont à lui, que je ne nomme pas, parce qu’aucun nom ne colle sauf celui qu’on porte et qui nous fait) rien ne se fera de ce partage possible et non pas pour un besoin affectif de ce partage mais pour le malaise où il nous met

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  • Par brigetoun, le 15/02/2011

    Prison (nouvelle édition) de François Bon

    Par la fenêtre, puisqu’on est à l’angle rentrant de deux blocs, les alignements vis-à-vis de cellules en premier étage et rez-de-chaussée s’élargissant jusqu’au grand grillage de la cour de promenade où ils jouent au foot, les gars collés aux barreaux noirs, accroupis par terre devant leur chiotte pour se crier d’un mur à l’autre ou d’un étage à celui du dessous, parmi les serviettes à pendre et les chaussettes qui sèchent, les fenêtres ouvertes donc et des mains et des jambes qui dépassent des barreaux noirs, se retournant Hurlin entré avec son pull de laine informe et ses cheveux trop longs sur son visage tout en os et surtout ses lunettes : la monture cassée d’un côté depuis ma garde-à-vue il avait dit et donc tout ça en équilibre précaire, lui une main aux lunettes pour vous parler, myope et parlant de trop près, puis bougeant, reparti vers la fenêtre, sa haute silhouette le dos un peu cassé et revenant, il s’agissait que je veuille bien lui ramener un paquet de tabac à rouler, moi non, pas le droit, et l’instituteur avec son accent des montagnes grognant gentiment que la veille il lui en avait déjà donné au moins pour quatre fois, lui offrant pourtant une nouvelle fois de sa blague, Hurlin racontant un bobard pour en ramasser dans ses doigts un peu plus que demandé, rituel ordinaire de nos séances avant de s’asseoir pour de vrai et qu’on commence.

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  • Par ignatus-reilly, le 04/11/2010

    Sortie d'usine de François Bon

    Et la meilleure des résistances, au bout du compte, même pour qui se refusait à cette simagrée peu orthodoxe, le défilement du cadavre, pour qui méprisait ce jeu du mausolée, était bien de faire encore plus de bruit que les autres, quitte à en rire ouvertement, ne serait-ce que pour se maintenir dans le délire agressif des bruits tout au long du Passage.

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  • Par brigetoun, le 11/04/2010

    Recherche d'un nouveau monde de François Bon

    Et qui se plaignait d’être désormais débarrassé même du sommeil ? Ce qui mangeait le temps, avant, c’était le temps de transit. Maintenant, c’était où on voulait. On s’installait là, tout confortablement. Le matin, on entrait dans ces établissements avec cabines, on y prenait soin de votre linge. On avait oublié la notion d’objets personnels. On se connectait où on voulait

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  • Par brigetoun, le 11/03/2010

    apprendre l'invention de François Bon

    nous nous retrouvons dans notre inscription en rupture contre une tendance apparue ces dernières années, adapter la transmission au hiatus selon un profil bas

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  • Par brigetoun, le 31/01/2010

    dans la ville invisible de François Bon

    ... faire le point, se regarder en face, écrire ça sert à ça, et creuser dans cela qu’on ne connaît pas, là, pile au fond de soi (et tant pis après, oui, on déchire)...
    ...le premier bloc était bizarre : un simulateur vidéo, j’ai pensé, comme de ces jeux. Le mannequin était debout à côté et indiquait le siège de la main. Je n’ai pas voulu m’asseoir. J’ai poussé la commande ON . J’ai reconnu mon balcon, mais je n’avais plus la capacité de m’étonner. Sauf que je ne voulais pas m’asseoir, obéir au mannequin. J’ai écarté vers la gauche la manette du jeu : un vertige bref, on quittait le balcon, on volait. On descendait, ons’éloignait de l’immeuble. Je voyais le feu rouge
    cher, et les voitures grossir. J’ai tiré la manette en arrièr

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  • Par brigetoun, le 02/12/2009

    Diptyque Chaissac de François Bon

    En jouant de l'harmonium l'idée m'est venue de dessiner un tableau avec mes deux mains à la fois. J'ai l'impression que le cerveau ne se sert que d'une seule main (d'une lettre de Chaissac)

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  • Par brigetoun, le 02/12/2009

    Diptyque Chaissac de François Bon

    Ce que décrivent les lettres de la passion à peindre ou de la chronique d’une vie de village est alors comme démultiplié par le fait que nous savons les trous et les manques : Chaissac produit devant nous l’illusion d’une écriture globale parce que nous savons n’avoir affaire qu’à des fragments arbitrairement retrouvés

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  • Par brigetoun, le 02/12/2009

    en voiture de François Bon

    voiture moyenne par laquelle une société s’indifférenciait, en tout cas plaçait déjà ses repères sociaux hors du champ automobile (à propos de la 203)

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  • Par brigetoun, le 02/12/2009

    en voiture de François Bon

    En 1925 il revient au village avec sa Bretonne d’épousée et le bébé de six mois, pend un garage au tailleur de pierre, et devient motoriste
    (...) …le garagiste est l’homme-voiture dans toutes ses déclinaisons……. Il est taxi, non pas qu’on ait beaucoup besoin de taxi, sauf lorsqu’on le frète à plusieurs pour aller consulter les guérisseurs les plus célèbres, le rebouteux de Feliveau ou la dormeuse de Chaix. Chez la dormeuse, le chauffeur se rend à la cuisine, on lui sert un verre de vin rouge. Il est ambulancier, il a aménagé sa Traction pour installer un brancard à la place des sièges arrières…. Et continuité du service de l’ambulance au service des morts : pour simplifier les procédures administratives, le décès est déclaré au domicile, on convoque le grand-père pour ramener de Luçon les morts directement sur les brancards. A la maison on en plaisante, puisque le mort est censé être vivant on réinvente la conversation que l’on a avec lui…

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  • Par brigetoun, le 02/02/2012

    L'incendie du Hilton de François Bon

    «Et tu appelles ça roman ?» Ne pas entrer dans ces conversations. On a déjà donné merci. Il existerait une frontière définie entre l'invention et le réel ? Il n'y a pas de fiction qui ne la déplace. De ce déplacement, organiser savamment la scène : c'est cela qui définirait non pas le genre, mais ces livres qui le représentent au plus haut. Failli rayer, dans le texte, la mention d'Au dessous du volcan, à cause de ce manuscrit perdu par Lowry dans l'incendie de sa maison (ce dont nous avions d'ailleurs parlé avec les Rolin, qui connaissaient le lieu, à Calgary, de l'incendie). «Ce n'est pas du roman»: l'attaque de Jérôme Lindon, dès 1985, à la première version de mon Enterrement, où tout, lieux, personnages, paroles (scène en cut-up faite uniquement de phrases concernant les enterrements dans la littérature : dans l'Ulysse de Joyce, dans les Karamasov, dans Bleak House, dans la Correspondance de Flaubert, dans les Lettres de Van Gogh, il n'avait rien vu), était reconstruit, fictif – n'être par sorti de la rupture. «On écrit toujours avec de soi.» (Barthes)

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  • Par brigetoun, le 02/01/2012

    L'incendie du Hilton de François Bon

    Instinctivement regarder là-haut : dans les images classiques d'incendie, des flammes rouges sortent des fenêtres. Et dans les scènes de guerre ou d'attentat, l'armature du bâtiment apparaît soudain dans la nuit, toutes parois éclatées, avant que tout s'effondre. Une tour en feu, lesquels de nous n'avaient pas vu ça dans les films ? Mais non, rien. Il y a bien un épais dégagement de vapeur blanche, mais c'est le joujou du Hilton, pas vraiment un modèle d'économie : au douzième étage, avec juste en surplomb les trois étages restants, une piscine chauffée à l'air libre en toutes saisons. L'hiver, l'évaporation est massive, continue

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  • Par brigetoun, le 17/11/2011

    apprendre l'invention de François Bon

    On ne fait pas oeuvre en littérature si on ne touche pas quelque part à l’état de la langue, même si ce n’est pas une condition suffisante. C’est parce que je suis redevable à ceux que je fais travailler de phrases inadvenues, d’une inscription neuve de la frontière de la langue et du monde, à nous sinon invisible, que je m’engage dans ce type d’expérience

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  • Par brigetoun, le 17/11/2011

    apprendre l'invention de François Bon

    J’ai parlé presque quarante minutes, puis chacun a pris une grande feuille, on s’est dispersé dans toutes la bibliothèque. Certains allongés par terre au milieu des livres, d’autres parmi les coussins du coin lecture des petits. D’autres encore sur la terrasse, qu’on avait ouverte pour l’occasion. Moi je tournais, je lisais par dessus les épaules, on s’expliquait s’il fallait. Je m’enquérais des noms de lieux. Je les mettais au défi : connaissaient-ils un livre où soit décrite la Tiarde, la rivière qui traverse Saint-Gourson en Charente ? Ensuite ils m’ont donné les pages, et c’est moi-même qui les ai lues, l’une après l’autre..

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